Européennes : les militants socialistes invités à valider la liste conduite par Glucksmann

Les militants socialistes sont invités jeudi (8 février) à valider la liste de leur parti aux Européennes, qui sera conduite par le leader de Place Publique Raphaël Glucksmann, même si les deux formations n'ont toujours pas trouvé d'accord, et en dépit de critiques sur le manque de diversité des candidats.

Election campaign meeting of candidates for the European parliamentary election
L'essayiste de 44 ans, résolument proeuropéen, peut se targuer d'avoir en cinq ans réussi à se faire identifier sur ses combats au Parlement européen, comme la cause des Ouïghours en Chine ou son soutien sans réserve à l'Ukraine. [JULIEN DE ROSA/EPA]

Les militants socialistes sont invités jeudi (8 février) à valider la liste de leur parti aux Européennes, qui sera conduite par le leader de Place Publique Raphaël Glucksmann, même si les deux formations n’ont toujours pas trouvé d’accord, et en dépit de critiques sur le manque de diversité des candidats.

Le vote des militants est prévu de 17H00 à 22H00, dans les fédérations et sections, et les résultats attendus dans la nuit.

Après ce vote – et une ratification formelle des résultats samedi -, Raphaël Glucksmann sera officiellement le candidat du PS, comme il l’avait été en 2019, lorsqu’il avait recueilli 6,19 % des voix.

Mais le Parti socialiste et Place publique n’ont toujours pas trouvé d’accord, notamment sur le nombre de places réservées au petit parti sur la liste.

Créditée selon les sondages d’entre 8% et 10% des voix, cette alliance peut viser pour l’instant l’envoi d’une dizaine d’eurodéputés à Bruxelles et Strasbourg. Mais Place publique réclame trois places éligibles alors que le PS ne veut lui en accorder que deux : celles de Raphaël Glucksmann, et d’Aurore Lalucq, eurodéputée sortante.

« On a fait une analyse rationnelle de la situation, on a une demande hyper claire, ça va aboutir », assure l’entourage de Raphaël Glucksmann, soulignant qu’« on n’est plus en 2019 ».

L’essayiste de 44 ans, résolument proeuropéen, peut se targuer d’avoir en cinq ans réussi à se faire identifier sur ses combats au Parlement européen, comme la cause des Ouïghours en Chine ou son soutien sans réserve à l’Ukraine.

Du côté du PS, le patron Olivier Faure souligne que M. Glucksmann est le candidat idéal et « l’homme politique le plus suivi sur Instagram ».

Mais en interne, on affirme que les bons sondages actuels, qui positionnent Glucksmann en tête des partis de gauche, sont surtout liés à « l’étiquette PS » de la liste, qui « porte une ligne de gauche radicale dans ses propositions, refuse l’outrance dans sa forme, et porte une forme de crédibilité ».

Un parlementaire socialiste remarque aussi que « ça va être une négociation financière: qui apporte l’argent et les militants ? ».

Avec une majorité présidentielle qui s’est « droitisée », et La France insoumise qui « s’enfonce dans l’outrance », le PS espère bien récupérer « les déçus de la Macronie et les déçus de la Mélenchonie », explique un cadre socialiste.

Si « l’érosion des listes Insoumise et macroniste se confirme, la liste socialiste-Place publique, qui figure pour l’instant en troisième position des intentions de vote, pourrait être le foyer d’une reviviscence d’un pôle + social-démocrate+ significatif », note aussi le politologue Pascal Perrineau dans Le Figaro.

Image de « Parisien »

Dans la majorité, certains s’inquiètent en tout cas du candidat Glucksmann : « Des électeurs par paquets entiers sont prêts à voter pour lui aux européennes », pense un député.

Au RN, Marine Le Pen estime aussi en privé que « Glucksmann va faire un score », peut-être supérieur à celui de Renaissance.

Raphaël Glucksmann est aussi vu comme un danger par ses concurrents à gauche, Léon Deffontaines, tête de liste du PCF, l’accusant « d’incarner la social-démocratie qui s’est toujours très bien accommodée du modèle libéral », et LFI, par la voix de son député François Ruffin, d’être « hors sol et déconnecté ».

L’eurodéputé, fils du philosophe André Glucksmann et compagnon de la journaliste Léa Salamé, pâtit d’une image de « Parisien » qu’il tente de corriger, promettant d’aller « partout » sur le terrain, y compris là où la gauche est accusée d’avoir « trahi ».

« On ne va pas faire croire qu’il est fils de paysan de la Creuse, mais la liste c’est pas une seule personne », temporise la sénatrice PS Corinne Narassiguin.

Reste que le casting fait aussi des remous côté PS. Plusieurs responsables socialistes ont critiqué un manque de diversité, le député Philippe Brun ayant même quitté la direction face à l’absence de représentants des classes populaires en position éligible.

Dans un courrier mercredi, la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, qui estime son courant politique mal servi, dénonce aussi « une déconnexion réelle » de la liste.

Le résultat du vote sera « serré », craint une élue. « Mais le rejet de la liste nous mettrait dans un sacré pétrin ».