Européennes 2024 : Marine Le Pen et Giorgia Meloni doivent « guider » les souverainistes, selon l’extrême droite roumaine

Malgré l’invitation de Marine Le Pen à Giorgia Meloni pour former un grand groupe d’extrême droite européen, les divergences entre les partis nationalistes de droite rendent ce projet peu probable, selon Adrian Axinia, vice-président du parti d’extrême droite roumain AUR.

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Anti government protest in Bucharest
La Roumanie va envoyer des responsables politiques d’extrême droite au Parlement européen pour la première fois, mais le score de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR) est moins élevé que prévu. [EPA-EFE/ROBERT GHEMENT]

Malgré l’invitation de Marine Le Pen à Giorgia Meloni pour former un grand groupe d’extrême droite européen, les divergences entre les partis nationalistes de droite rendent ce projet peu probable, a déclaré à Euractiv le vice-président du parti d’extrême droite roumain AUR, Adrian Axinia. Il a également appelé à la nécessité d’un « guide fort » pour unir les forces souverainistes de l’Europe.

Peu après l’exclusion de l’AfD allemande du groupe d’extrême droite Identité et démocratie (ID), Marine Le Pen, du Rassemblement national (RN, ID), a invité Giorgia Meloni, Première ministre italienne et présidente des Conservateurs et réformistes européens (CRE), à fusionner les deux groupes.

« Le moment est venu de s’unir […]. Si nous réussissons, nous pouvons devenir le deuxième groupe au Parlement européen », a déclaré Mme Le Pen au quotidien italien Corriere della Sera.

En avril, le leader du parti polonais PiS, Mateusz Morawiecki, avait exprimé à Euractiv son souhait d’accueillir le parti Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, actuellement non-affilié, et d’autres délégations au sein des CRE, afin d’élargir leur champ d’action, tout en exprimant son intérêt pour une collaboration étroite avec Mme Le Pen.

Récemment, Giorgia Meloni a également exprimé son désir de consolider les forces de droite au sein de l’UE.

Selon les projections d’Europe Elects, un groupe composé par ID et CRE pourrait atteindre 168 sièges, et devenir ainsi la deuxième force du Parlement après le Parti populaire européen (PPE) de centre droit avec 182, suivi des Socialistes et Démocrates (S&D) qui devraient obtenir 134 sièges.

« C’est un peu idéaliste parce qu’il y a beaucoup de tensions entre les différents partis […] chaque parti a un compte à régler avec un autre parti conservateur », a expliqué à Euractiv Adrian Axinia, vice-président du parti d’extrême droite Alliance pour l’unité des Roumains (AUR).

Il espère cependant que Mme Meloni ou Mme Le Pen pourraient jouer le rôle de leader de l’extrême droite pour régler les conflits internes et unifier les partis en un groupe politique plus grand, afin de « contrebalancer toutes les lois néo-marxistes établies lors du dernier mandat ».

« Nous avons besoin d’un guide fort », a insisté M. Axinia, qui a également exclu l’AfD allemande de ses potentiels partenaires.

Cependant, il ne sera pas facile de créer un grand groupe d’extrême droite composé de toutes les forces « souverainistes » d’Europe, en raison de profonds désaccords internes, l’AUR en étant un clair exemple.

Le parti, actuellement en négociations pour rejoindre ID ou CRE, est en deuxième position dans les sondages en Roumanie, et devrait obtenir 7 sièges après les élections européennes de juin. L’AUR prône les valeurs de la foi, la liberté, la famille et la nation. Il défend également une « Europe des nations ».

Par ailleurs, il soutient l’idée controversée de la réunification de la Roumanie et de la Moldavie dans le cadre d’une idéologie nationaliste chrétienne.

AUR contre Fidesz

Bien qu’il aspire à faire partie d’un groupe d’extrême droite unifié, l’AUR est en conflit de longue date avec le parti hongrois Fidesz, en raison de l’hostilité du parti roumain envers l’Union démocrate magyare de Roumanie (RMDSZ), qui représente la minorité hongroise du pays, située principalement en Transylvanie.

D’après M. Axinia, le Fidesz a en quelque sorte bloqué la candidature de l’AUR chez les CRE, en cours depuis 2021, à cause des liens étroits qu’entretient Viktor Orbán avec les forces « nationales-conservatrices » et de l’influence qu’il exerce sur ces dernières.

Il soutient toutefois que cela leur a donné la chance de développer des liens bilatéraux avec des partis au sein d’ID et des CRE, tout en affirmant que leur allié le plus proche est actuellement le PiS polonais.

« Ils savent que nous sommes prêts et ouverts au dialogue pour identifier des objectifs communs […] ils [le Fidesz] ne sont pas disposés à dialoguer », a-t-il déclaré.

Le directeur politique du Fidesz, Balázs Orbán, a confié à Euractiv que « la droite européenne ne peut pas et ne veut pas s’associer à un parti politique qui agit violemment contre une minorité nationale en Transylvanie ».

Néanmoins, les Roumains ne sont pas les seuls à avoir des réserves envers le Fidesz. Les Hongrois rencontrent aussi une opposition grandissante de la part d’autres partis comme le Parti démocratique civique (ODS) de la République tchèque et les Démocrates de Suède (SD), qui ont tous deux menacé de quitter les CRE si le Fidesz les rejoignait, en raison de son orientation pro-Russie.

Ces derniers mois, l’AUR a tenté de se faire connaître parmi les forces de l’extrême droite au Parlement européen, en entretenant des relations bilatérales avec de nombreux partis d’ID et des CRE.

Plus récemment, Euractiv a appris qu’ils essayaient de construire une coalition de partis d’extrême droite pour voter contre la réélection de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (PPE), en faisant circuler un « mémorandum » pour recueillir les signatures des partis.

« 2024 est une année cruciale, au cours de laquelle l’Union peut soit être remise sur ses rails naturels, soit s’enfoncer davantage dans un super-État fédéral qui ne valorise plus les nations, leurs constitutions et leurs citoyens », peut-on lire dans la déclaration.

Malgré leurs tentatives de consolider leur position au niveau de l’UE, leur adhésion au groupe CRE est en suspens depuis 2021, et ils n’ont pas été invités au rassemblement d’extrême droite de Vox en Espagne les 18 et 19 mai, auquel participaient de nombreux membres d’ID et des CRE.

Il reste à voir si les forces « nationales-conservatrices » et d’extrême droite d’Europe accepteront l’AUR comme l’une des leurs.

[Édité par Anna Martino]