Européennes 2024 : le RN attaque sa campagne à Marseille par l'angle de l'Europe civilisationnelle
Drapée d’un voile gris inhabituel, Marseille accueillait dimanche (3 mars) le meeting de lancement de campagne des élections européennes du Rassemblement national. Jordan Bardella et Marine Le Pen ont insisté sur les aspects civilisationnels de l'Europe qu'ils défendent.
Drapée d’un voile gris inhabituel, Marseille accueillait dimanche (3 mars) le meeting de lancement de campagne des élections européennes du Rassemblement national. Jordan Bardella et Marine Le Pen ont insisté sur les aspects civilisationnels de l’Europe qu’ils défendent.
« La France revient, l’Europe revit », pouvait-on lire en grosse lettre sur les écrans d’une salle comble de 5000 à 8 000 sympathisants et militants du parti à la flamme, selon les comptages. « Je ne sais pas si d’autres personnalités politiques que Jordan Bardella aujourd’hui font se déplacer autant de gens », distille un jeune cadre local du parti.
Il faut dire que la star du meeting, c’est lui, Jordan Bardella, le président du RN et tête de liste du parti pour les élections européennes.
« Ils viennent pour lui, pas forcément pour le RN », poursuit le cadre. Sa simple apparition sur les écrans déclenche, surtout chez les jeunes, une liesse déraisonnée, qui ferait presque oublier qu’à Marseille, le parti à la flamme n’est pas en terrain conquis, loin s’en faut.
D’abord, la ville est dirigée par un maire socialiste. Ensuite, en 2017, le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, en avait fait le fief de sa députation.
En 2022, le président de la République, Emmanuel Macron, y avait donné un discours fleuve sur l’écologie, marqueur de sa campagne présidentielle.
La même année, l’unique sénateur RN des Bouches-du-Rhône (région de Marseille) d’alors, Stéphane Ravier, rejoignait le parti d’extrême-droite Reconquête! dont la tête de liste aux élections européennes n’est autre que Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen.
Élections européennes : le Rassemblement national veut « réécrire les traités » contre le « vonderleyisme »
Jeudi (29 février) en fin d’après-midi à Paris, la tête de liste du Rassemblement national…
5 minutes
La civilisation européenne
Marseille, c’est aussi un symbole civilisationnel.
La cité phocéenne, phare commercial et culturel méditerranéen depuis plus de trois millénaires, rappelle d’ailleurs M. Bardella à ses origines italiennes, confiait-il dans un reportage diffusé sur France 2 mi-janvier.
Le discours fut l’occasion de lier son histoire à celle d’une Europe commune dont l’UE, selon lui, devrait être « ce manteau qui protège », plutôt qu’une organisation « punitive », tançant le programme mené entre 2019 et 2024 par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dont la simple évocation par Marine Le Pen quelques minutes en amont a provoqué l’emballement de la foule, huant copieusement la « technocrate ». « Crève von der Leyen ! » a-t-on même entendu, hurlé du premier rang par une sexagénaire visiblement remontée.
M. Bardella, lui, s’en est pris en particulier au Pacte vert et au Pacte asile et migration.
En provoquant la « décroissance agricole » et la « submersion migratoire », ils auraient en effet engagé « qui nous sommes et qui nous voulons être », autant « qu’ils remettent en cause le travail d’un côté, et l’identité de la France de l’autre », a-t-il avancé.
Dès lors, la tête de liste considère que « peu d’élections façonneront l’avenir comme celles qui viennent ». « Il n’y a pas de petites élections, et celle qui vient moins qu’aucune autre », a confirmé Mme Le Pen.
Européennes 2024 : l’ancien directeur de Frontex rallie le Rassemblement national
L’ancien directeur de Frontex, Fabrice Leggeri, rejoint la liste du Rassemblement national pour les élections…
4 minutes
La géopolitique
La triple candidate aux élections présidentielles a surtout mis l’accent sur les positions géopolitiques prises par le président de la République, Emmanuel Macron, ces dernières semaines, notamment sur l’envoi de troupes en Ukraine.
De cette prise de position « La France en est d’ailleurs sortie totalement isolée ; l’ensemble des capitales de Berlin à Washington, de Madrid à Stockholm, ont rejeté fermement cette annonce aussi fracassante que déraisonnable », a-t-elle regretté.
Mme Le Pen accuse même M. Macron de vouloir « retirer » à la France les « atouts de sa puissance » puisque « c’est notre dissuasion nucléaire ou notre siège au conseil de sécurité de l’ONU qu’il [Emmanuel Macron] veut mutualiser au bénéfice de l’UE », a-t-elle déclaré.
L’UE, elle, est accusée de vouloir faire « disparaître […] notre mémoire ». En témoignerait une résolution europarlementaire adoptée en janvier qui chercherait à « revisiter » l’histoire de l’UE.
L’évocation de ce texte non juridiquement contraignant permet également à Mme Le Pen de lancer un pic contre la tête de liste de Les Républicains, François-Xavier Bellamy, qui s’est abstenu de vote sur ce texte.
Pouvaient d’ailleurs en attester les eurodéputés RN présents à Marseille comme Jean-Lin Lacapelle, Eric Minardi, Thierry Mariani, André Rougé, Philippe Olivier ou encore Catherine Griset, en bonne place au premier rang.
Jean-Paul Garraud, président du groupe RN au Parlement européen, devait assister au meeting, mais a finalement été retenu pour des raisons familiales, a appris Euractiv France.
En d’autres termes, ces élections seront l’occasion du « retour des peuples et des Nations », selon Marine Le Pen, à la faveur de droites nationalistes et/ou souverainistes qui gagnent du terrain en France, en Allemagne, mais aussi en Autriche, aux Pays-Bas, au Portugal, ou encore en Italie. Des membres d’autres délégations du groupe Identité et Démocratie dans lequel siège le RN au Parlement européen étaient d’ailleurs présents. Euractiv France a en effet croisé une collaboratrice du parti italien la Lega.
Et bien que cette « Europe des Nations » ne se fasse pas en dehors du cadre de l’UE, a précisé M. Bardella, des observateurs, notamment au sein du gouvernement, ont fait remarquer qu’aucun drapeau de l’UE ne figurait au côté du drapeau français derrière le pupitre de discours.