Européennes 2024 : la campagne électorale en Suède ternie par le scandale d’usine à trolls de l’extrême droite

À l’aube des élections européennes, le débat public en Suède est dominé par un scandale d’usine à trolls alors que la coalition de centre droit au pouvoir tente de limiter sa collaboration avec l’extrême droite en envisageant une coopération élargie avec les Sociaux-démocrates au Parlement européen.

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This article is part of our special report "Tour d’horizon des capitales à l’approche des élections européennes"
Party leaders address media about formation of new Swedish government
(De gauche à droite) Le leader des Libéraux Johan Pehrson, le leader du parti des Démocrates de Suède Jimmie Akesson, le leader des Modérés Ulf Kristersson et la leader des Démocrates chrétiens Ebba Busch arrivent à une conférence de presse commune au bureau de presse du Parlement concernant la formation du gouvernement à Stockholm, Suède, le 14 octobre 2022. [EPA-EFE/JONAS EKSTROEMER]

À l’aube des élections européennes, le débat public en Suède est dominé par un scandale d’usine à trolls alors que la coalition de centre droit au pouvoir tente de limiter sa collaboration avec l’extrême droite en envisageant une coopération élargie avec les Sociaux-démocrates au Parlement européen.

La campagne suédoise pour les élections européennes de juin a été perturbée par un scandale impliquant le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD), deuxième plus grand parti du pays qui appartient au groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE).

En effet, plus tôt ce mois-ci, la chaîne suédoise TV4 a révélé que le service de communication du parti avait utilisé de nombreux comptes anonymes pour promouvoir des contenus favorables à ses opinions sur les réseaux sociaux, parfois au détriment de ses alliés de coalition, qui ont condamné CES actions et réclamé plus de transparence et d’intégrité dans les campagnes politiques.

Bien que les Démocrates de Suède ne font pas partie de la coalition de centre droit au pouvoir — composée des Modérés, des Démocrates chrétiens et des Libéraux —, ils la soutiennent en échange d’une politique d’immigration plus stricte. Sans ce soutien, la coalition risque de s’effondrer.

L’affaire est devenue un cauchemar pour Premier ministre Ulf Kristersson, accentuant les divisions entre les partis de la coalition. Les Libéraux, qui sont les plus opposés au parti d’extrême droite au sein de la coalition, redoublant de critiques à leur égard.

« Ce scandale convient également à certains partis qui, par conséquent, n’ont pas à aborder les questions européennes qui sont parfois jugées trop complexes », a confié à Euractiv Johan Varland, candidat aux élections européennes pour le parti libéral-conservateur Coalition citoyenne (Medborgerlig Samling, MED).

Il y a des débats importants sur l’UE et ses politiques en Suède, en particulier sur la migration, la sécurité climatique et la politique économique, a confié à Euractiv Amna Handzic, analyste à l’Institut suédois des relations internationales.

« La migration et la politique de sécurité ont occupé une place importante dans le débat et ces questions ont rendu les différences entre les partis particulièrement visibles », a-t-elle expliqué, ajoutant que le développement de politiques climatiques ambitieuses de l’UE restait également une préoccupation majeure pour les Suédois.

Un centre affaibli

Selon un sondage Europe elects pour Euractiv, les partis centristes pro-UE devraient être ceux qui enregistrent la plus grande perte au terme du scrutin, au profit de l’extrême droite et de l’opposition de gauche.

Les Libéraux suédois, officiellement liés à l’extrême droite par un accord politique au niveau national, devraient perdre leur seul eurodéputé, tandis que le Parti du centre pourrait perdre un voire ses deux eurodéputés, d’après certains sondages.

Ces prédictions reflètent non seulement la dynamique politique interne du pays, mais aussi l’absence de noms forts sur les listes des deux partis centristes : selon un sondage DN/Ipsos, plus de 60 % des électeurs suédois ne savent pas qui sont les eurodéputées Karin Karlsbro des Libéraux et Emma Wiesner du Parti du centre.

Avec environ 20 % d’intentions de vote, les Démocrates de Suède devraient gagner un siège, tandis que les Modérés (Parti populaire européen) du Premier ministre Kristersson devraient conserver leurs quatre sièges.

De l’autre côté de l’hémicycle, les sociaux-démocrates devraient conserver leur position de premier parti de Suède avec 30 % et sept députés.

Le Parti de gauche devrait quant à lui progresser grâce à son ancien leader Jonas Sjöstedt, alors que les Verts devraient perdre du terrain avec 10 %.

Pas de cordon sanitaire

Malgré les différences idéologiques et les scandales au niveau national, les eurodéputés suédois des partis au pouvoir collaboreront probablement avec les Démocrates de Suède.

« Il n’y a plus de cordon sanitaire du côté des trois partis gouvernementaux suédois, à l’exception de la coopération avec les partis d’extrême droite qui sont clairement pro-russes », a analysé Tobias Hübinette, professeur à l’université de Karlstad, pour Euractiv.

Le Premier ministre Ulf Kristersson a publié mercredi (29 mai) une tribune dans le grand quotidien Aftonbladet appelant à la création d’une grande coalition comprenant les trois plus principaux partis du pays : les Sociaux-démocrates (S&D), les Démocrates de Suède (CRE) et les Modérés (PPE.).

Toutefois, les Démocrates de Suède ont décliné l’offre car, selon Jimmie Åkesson, chef de file du SD, Magdalena Andersson, cheffe des sociaux-démocrates, refuse toute négociation avec les CRE et ni les Modérés ni les Sociaux-démocrates ne voteraient contre leur groupe respectif au Parlement européen en faveur des CRE.

À la place, Charlie Weimers, tête de liste du SD et vice-président des CRE, a déclaré être en faveur d’un accord avec le PPE et Renew similaire à celui de la coalition au pouvoir en Suède, en l’étendant au groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID), dont l’AFD allemande a été récemment exclue.

Cependant, la collaboration avec les partis centristes de Renew pourrait s’avérer plus difficile que les attentes de M. Weimers : en mai, plusieurs partis du Parlement européen, dont les Libéraux et le Parti du centre, ont signé une déclaration s’engageant à ne pas coopérer ou former des coalitions « avec des partis d’extrême droite et radicaux à quelque niveau que ce soit ».

Bien qu’une majorité de droite composée du PPE, des CRE et de l’ID d’extrême droite semble peu probable, les forces de droite pourraient encore collaborer sur des dossiers particuliers lors de la prochaine législature, comme elles l’ont fait par le passé en s’opposant conjointement à la loi de l’UE sur la restauration de la nature.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]