Le sommet Trump-Poutine à Budapest divise l’UE

À leur arrivée lundi 20 octobre à une réunion à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l’UE sont apparus divisés sur les négociations qui se dérouleront à Budapest entre Vladimir Poutine et Donald Trump au sujet de la guerre en Ukraine.

EURACTIV.com
Russian President Vladimir Putin visits Hungary
Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) et le Premier ministre hongrois Viktor Orban (à droite). [Getty Images/Arpad Kurucz_Anadolu Agency]

LUXEMBOURG — Le président américain Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine ont convenu la semaine dernière d’organiser une série de pourparlers dans la capitale hongroise, bien que la date n’ait pas encore été confirmée. Le 16 octobre, Donald Trump avait annoncé que ce sommet aurait lieu « dans les deux prochaines semaines ».

Un groupe de ministres des pays de l’Est et des pays baltes, mené par la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, a fermement rejeté la perspective que la Russie et les États-Unis décident entre eux de l’avenir de l’Ukraine, sous le regard attentif du Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

« J’aurais souhaité que ce soit le président [Volodymyr] Zelensky qui rencontre [Vladimir] Poutine, car ce sont eux qui doivent s’entendre sur ce point », a déclaré Kaja Kallas à son arrivé pour la réunion du Conseil lundi.

De son côté, la ministre finlandaise des Affaires étrangères, Elina Valtonen, a indiqué aux journalistes que personne ne pouvait prendre de décisions « au-dessus de la tête de l’Europe » sur des questions qui concernent l’Europe.

Mais au-delà des discours musclés, plusieurs capitales semblent résignées à accepter la tenue du sommet de Budapest et se concentrent désormais sur l’obtention de résultats.

« C’est une bonne chose qu’une telle réunion ait lieu », a estimé le ministre allemand chargé des affaires européennes, Gunther Krichbaum, tout en mettant en garde contre les risques liés à l’exclusion de l’Ukraine de tout accord.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a quant à lui affirmé qu’il était « utile » que les Américains puissent discuter avec les Russes. Toutefois, « la présence de Vladimir Poutine sur le territoire de l’Union européenne n’a de sens que si elle permet d’acter un cessez-le-feu immédiat et sans condition », a-t-il ajouté.

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, David van Weel, a de son côté suggéré que certains dirigeants européens étaient partagés sur le lieu choisi pour la rencontre. « D’un autre côté, le plus important est que nous ayons une table de négociation, que nous réunissions les parties autour de cette table », a reconnu David van Weel. « Jusqu’à présent, cela ne s’est pas produit, et c’est pourtant absolument nécessaire. »

Interrogé sur le rôle de la Hongrie dans l’organisation du sommet, le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a tenu à préciser que Budapest n’en était « que le lieu de réunion ». « Ce n’est pas organisé par la Hongrie ou par un autre pays européen, c’est une décision prise par le président américain », a insisté le ministre, ajoutant qu’il n’y avait « rien qu’il puisse faire à ce sujet, si ce n’est souligner que nous soutenons l’Ukraine ».

« Nous soutenons la proposition du président américain d’un cessez-le-feu sur la ligne de contact, rien de plus, ce serait un pas en avant important », a poursuivi Lars Løkke Rasmussen. Il a aussi démenti les affirmations du Financial Times selon lequel Donald Trump aurait fait pression sur lui pour qu’il accepte les demandes de la Russie visant à mettre fin à la guerre.

David van Weel a par ailleurs déclaré qu’il pensait que les Ukrainiens étaient moins négatifs que ce que l’on pourrait supposer d’après l’article du FT. « Je pense qu’ils sont pleinement convaincus que le président Trump souhaite mettre fin à la guerre à des conditions équitables », a-t-il noté.

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Kęstutis Budrys, a affirmé que le seul endroit où Vladimir Poutine devrait se trouver en Europe était La Haye (où se situe la Cour pénale internationale). « Je ne peux pas imaginer [Poutine] traverser notre espace aérien », a-t-il ajouté. Mais il a admis que le président russe disposerait d’autres itinéraires pour se rendre à Budapest depuis Moscou.

Son homologue hongrois, Péter Szijjártó, était accompagné de deux caméramans personnels et ne s’est pas adressé à la presse avant la réunion du Conseil.

Thomas Møller-Nielsen, Magnus Lund Nielsen et Jeremias Lin ont contribué à la rédaction de cet article.