La nouvelle stratégie de l'UE en Afrique cible la question migratoire

Après « des années d’indifférence », la crise migratoire a remis  l’Afrique en haut de la liste des priorités politiques de l'Union européenne. Un article d’Euractiv Allemagne.  

EURACTIV.de
Permaculture learning program
Pratique de la permaculture. [[EPA-EFE/NIC BOTHMA]]

Après « des années d’indifférence », la crise migratoire a remis  l’Afrique en haut de la liste des priorités politiques de l’Union européenne. Un article d’Euractiv Allemagne.

Un sommet entre l’UE et l’Union africaine se tiendra à Abidjan les 29 et 30 novembre, en Côte d’Ivoire. Les représentants européens ne comptent pas rentrer les mains vides. Le Parlement a récemment adopté une résolution qui liste les priorités de la nouvelle stratégie européenne vis-à-vis de l’Afrique.

D’ici le printemps 2018, les représentants des 79 pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifiques (ACP) et de l’UE prévoient en effet revoir leur stratégie commune, qui devrait ensuite être intégrée à un nouveau traité qui devrait remplacer le cadre actuel de l’accord de Cotonou, signé en 2002.

« Un partenariat juste et équitable entre nos continents est plus nécessaire que jamais afin de répondre à tous ces défis, à court et long terme, et pour créer un avenir plus sûr et prospère aux citoyens africains et européens, en particulier les jeunes, les femmes et les plus vulnérables », a déclaré Gianni Pittella, chef de file du groupe S&D, après l’adoption de la résolution.

Selon les estimations, la population africaine devrait augmenter de 2,5 milliards d’ici 2050. Pour les auteurs du rapport, il est donc essentiel d’assurer des relations commerciales équilibrées, une industrialisation plus rapide et la création d’infrastructures adaptées, surtout pour pouvoir intégrer les jeunes au marché du travail.

Pour ce faire, les États africains devront créer environ 18 millions de nouveaux emplois tous les ans  jusqu’à 2035. Rien qu’en termes d’infrastructures, les besoins sont estimés à 75 milliards d’euros par an. Un partenariat durable et moderne entre les deux partenaires semble donc absolument nécessaire.

Pour l’Europe, les priorités sont de prévenir l’immigration vers son territoire et d’obtenir des garanties pour l’investissement de capital européen en Afrique. Ces deux souhaits ne sont cependant réalisables que si l’ensemble du continent africain se développe, à la fois au niveau économique et constitutionnel.

La stratégie européenne précédente était de promouvoir le développement via un simple apport de liquidité. Cela n’a pas fonctionné. La nouvelle stratégie de développement se concentre donc sur l’investissement privé. Pour favoriser cet investissement, les pays africains devraient toutefois créer des conditions plus attrayantes et fournir des garanties et une protection du risque.

Dans l’intérêt de l’Afrique, les investissements arrivant de l’UE devraient ensuite être orientés de manière à ce que des chaines de valeur soient créées au niveau local, à ce que l’industrialisation soit favorisée et à ce que des changements structurels aient lieu.

L’éducation et l’état de droit jouent ici un rôle clé. Les propositions faites par l’UE, comme le lancement d’une stratégie jeunesse pour l’Afrique et l’extension au continent du programme Erasmus+, pourraient constituer des initiatives prometteuses, à condition d’éliminer l’écart entre les besoins du marché du travail africain d’un côté, et les qualifications des diplômés dans les pays ciblés.

En ce qui concerne les migrants et réfugiés africains, cette stratégie n’a de sens que si elle est élaborée de manière durable, estime le rapport de la commission développement. Le mélange de lutte contre les raisons de l’immigration et de coopération au développement fondée sur un partenariat privé-public proposé par l’UE n’est pas durable, comme l’ont d’ailleurs souligné l’ONU et les ONG.

Il est donc important « que l’aide au développement ne soit pas utilisée comme un levier permettant de gérer la question migratoire », avertit Norbert Neuser, porte-parole socialiste de la commission et rapporteur fictif du rapport sur la stratégie européenne. Il faut au contraire mettre en place des canaux légaux permettant aux Africains de migrer vers l’Europe.

Pour que le sommet d’Abidjan marque un vrai tournant dans les relations UE-Afrique, il faudra que les dirigeants européens et africains prennent des engagements sérieux, cohérents avec les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU.