Espagne : pour Pedro Sánchez, l’année 2025 s’annonce semée d’embûches

Pris dans la tourmente de deux affaires de corruption, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez doit également composer avec les pressions du Partido popular et du parti Vox sur sa coalition de gauche avec Sumar, ainsi qu’avec les exigences des indépendantistes catalans.

EFE avec EURACTIV.com
[Shutterstock OSCAR GONZALEZ FUENTES]
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez. [Shutterstock/OSCAR GONZALEZ FUENTES]

À l’aube de 2025, le gouvernement espagnol semble plus fragile que jamais. Pris dans la tourmente de deux affaires de corruption très médiatisées, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez (PSOE) doit également composer avec les pressions du Partido popular de centre droit et du parti d’extrême droite Vox sur sa coalition de gauche avec Sumar, ainsi qu’avec les exigences des indépendantistes catalans.

La première affaire de corruption est surnommée l’affaire « Koldo », en référence à Koldo García, nom d’un ancien collaborateur de l’ex-ministre des Transports José Luis Ábalos, également membre du PSOE (Socialistes et Démocrates européens) et proche de Pedro Sánchez. L’ex-ministre aurait reçu 4 millions d’euros de pots-de-vin pour l’achat de masques durant la pandémie de Covid.

Lors de l’éclatement du scandale, José Luis Ábalos occupait un siège à la Chambre des députés depuis qu’il avait quitté le gouvernement en 2021 à l’issue d’un remaniement.

L’affaire a atteint son apogée médiatique le 12 décembre, lorsque José Luis Ábalos — exclu du PSOE en février dernier en raison de ce scandale — s’est volontairement présenté devant la Cour suprême d’Espagne pour clamer son innocence.

Koldo García, cerveau présumé du plan, a également témoigné devant la Cour le 17 décembre, niant les accusations.

Mais l’affaire Koldo est loin d’être la seule source d’inquiétude de Pedro Sánchez pour l’année à venir.

Un deuxième scandale de corruption concerne une personne encore plus proche du Premier ministre : son épouse, Begoña Gómez.

En avril 2024, un juge espagnol a ouvert une enquête à son encontre sur des allégations de trafic d’influence et de corruption, à la suite d’une plainte déposée par le syndicat de fonctionnaires Manos Limpias (« Mains propres » en espagnol). Ce syndicat est associé aux forces d’extrême droite, notamment à Vox (Patriotes pour l’Europe), troisième parti au parlement espagnol.

L’affaire a poussé Pedro Sánchez à annoncer fin avril 2024 qu’il prenait cinq jours de réflexion pour envisager de démissionner en raison de la pression que lui et sa famille subissaient suite aux accusations de l’extrême droite.

Ces deux dossiers, épineux sur le plan politique pour le Premier ministre, devraient rester très médiatisés en 2025, et devraient encore ébranler Pedro Sánchez et son fragile gouvernement de coalition avec la plateforme de gauche Sumar — ces derniers restant toutefois confiants et espérant aller au terme de leur mandat, qui s’achève en août 2027.

Un éternel recommencement

De son côté, le Partido popular de centre droit (PP, affilié au Parti populaire européen), principal parti d’opposition espagnol, et Vox capitalisent sur les difficultés rencontrées par le gouvernement pour appeler à des élections anticipées.

Les deux partis exploitent notamment les divergences d’opinions entre le PSOE et son partenaire Sumar, sur la guerre en Ukraine ou encore celle à Gaza, pour exposer la fragilité de la coalition au pouvoir.

Lors du dernier débat parlementaire de l’année, Alberto Núñez Feijóo, président du PP, a également exhorté Pedro Sánchez à ne pas « jouer la victime devant les juges », tout en résumant ironiquement les déboires judiciaires du Premier ministre en 2024 par la formule « 12 mois, 12 affaires judiciaires ». Le président du PP a fait état de diverses enquêtes de corruption impliquant des fonctionnaires socialistes.

Cependant, Alberto Núñez Feijóo s’est gardé de rappeler que Pedro Sánchez a accédé au pouvoir en 2018 après une motion de censure contre le Premier ministre de l’époque, Mariano Rajoy, membre du PP, à la suite d’une grave affaire de corruption au sein du parti de centre droit connue sous le nom de « Gürtel ».

C’était la première fois qu’un gouvernement tombait en Espagne depuis la fin de la dictature de Francisco Franco.

Pressions des séparatistes catalans

Selon nombreux analystes politiques, l’ancien président catalan Carles Puigdemont, président du parti séparatiste de droite Ensemble pour la Catalogne (JxCat), devrait constituer une autre épine dans le pied du Premier ministre.

En effet, il devrait faire pression sur Pedro Sánchez pour obtenir davantage de concessions, la fragile coalition de Pedro Sánchez avec la plateforme de gauche Sumar dépendant du soutien de plusieurs mouvements, dont le parti JxCat.

Pour rester au pouvoir, Pedro Sánchez a accordé de lourdes concessions politiques au parti catalan. Par exemple, l’approbation d’une loi d’amnistie controversée visant à gracier des centaines de militants séparatistes impliqués dans des actions illégales entre 2012 et 2023, y compris la tentative séparatiste d’octobre 2017.

Mais depuis, le « manque de volonté politique pour rendre effectifs, de manière complète et agile, les accords » entre les deux partis a été pointé du doigt par le parti de Carles Puigdemont.

Si JxCat a soutenu la réélection de Pedro Sánchez en 2023 par le biais d’un accord controversé, Carles Puigdemont s’est progressivement rallié au PP contre Pedro Sánchez, s’associant au parti de centre droit pour s’opposer à plusieurs lois déposées au parlement par le PSOE.

Il a également récemment menacé Pedro Sánchez de rejeter le budget 2025. Si le gouvernement ne parvient pas à approuver les comptes nationaux pour l’année prochaine, « la chose logique serait qu’il [Pedro Sánchez] ne continue pas » à exercer ses fonctions, a d’ores et déjà averti Carles Puigdemont.

Ces menaces ne sont pas inédites : le président de JxCat exprime régulièrement son mécontentement à l’égard du gouvernement de gauche. Accusant Pedro Sánchez de ne pas tenir ses promesses, Carles Puigdemont pourrait désormais exiger des pouvoirs accrus pour la Catalogne en matière de politique migratoire et fiscale, en échange de son soutien à l’exécutif.

Malgré la loi d’amnistie, la situation juridique du séparatiste le maintient exilé à Waterloo. Il n’a effectué qu’une brève visite à Barcelone en août dernier.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]