Espagne : nouveau désaccord entre le PSOE de Pedro Sánchez et le Partido Popular sur la gestion de l’immigration
Jeudi 5 décembre, le gouvernement du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le Partido Popular (centre droit) ne sont pas parvenus à trouver un accord pour que les régions du pays accueillent des centaines de mineurs migrants non accompagnés dans le cadre d’un système de quotas de solidarité.
Jeudi 5 décembre, le gouvernement du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le Partido Popular (centre droit) ne sont pas parvenus à trouver un accord pour que les régions du pays accueillent des centaines de mineurs migrants non accompagnés dans le cadre d’un système de quotas de solidarité.
Le gouvernement de Pedro Sánchez (Parti socialiste ouvrier espagnol, Socialistes et démocrates européens) et la plateforme de gauche Sumar (La Gauche) ont repris jeudi matin les négociations avec le Partido Popular (Parti populaire européen), dans l’espoir de parvenir à un accord après plusieurs semaines de blocage de la part de la formation de centre droit.
« L’agenda du PP est très conditionné par les politiques “ultra” de Vox [le parti d’extrême droite]. Il y a une position maximale, il n’y a même pas eu de volonté de discuter de la possibilité de trouver une solution », a déclaré jeudi la ministre de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego (Sumar).
Les deux parties n’ont pas pu surmonter leurs fortes divergences sur la répartition entre les 17 régions espagnoles des mineurs arrivés dans les îles Canaries en provenance des pays d’Afrique de l’Ouest par la route de l’Atlantique, et dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, en Afrique du Nord, en provenance du Maroc.
Le principal sujet de discorde est l’objectif du gouvernement de réformer la loi actuelle sur l’immigration, afin de rendre obligatoire pour toutes les communautés autonomes espagnoles l’accueil des mineurs migrants, qui se fait actuellement sur la base du volontariat.
Alberto Núñez Feijóo, chef de file du Partido Popular, a rejeté l’idée d’apporter des changements substantiels à la loi et a plutôt appelé l’exécutif à mener une réforme globale de la « politique migratoire laxiste » actuelle de l’Espagne.
Vox, la troisième force parlementaire avec laquelle le Partido Popular gouverne dans plusieurs municipalités et régions, a menacé mercredi d’annuler les budgets dans les régions où il gouverne en coalition si ce dernier décidait ensuite d’accepter la proposition du gouvernement.
« Nous [Vox] n’allons pas participer à la distribution de l’immigration illégale et de l’insécurité voulue par [Alberto Núñez Feijóo] et [Pedro] Sánchez », a averti mercredi le secrétaire général de Vox, Ignacio Garriga.
Si le Partido Popular « veut continuer à promouvoir les politiques du PSOE, il doit négocier les budgets [régionaux] avec eux. Vox n’hésitera pas » à rompre les accords de gouvernement, a-t-il continué.
La dernière crise migratoire en Espagne a atteint un tournant l’été dernier lorsque des centaines de migrants sont arrivés en quelques jours sur des embarcations précaires au large des îles Canaries, saturant les centres d’accueil et entraînant une situation d’urgence humanitaire.
Compte tenu de la gravité de la situation, Alberto Núñez Feijóo a exhorté Pedro Sánchez à déclarer l’« état d’urgence migratoire » et a demandé une intervention urgente de l’UE.
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Mais le Partido Popular et Vox ne sont pas les seuls à s’opposer à la réforme de la loi sur l’immigration.
Un autre élément essentiel pour maintenir la stabilité précaire du gouvernement de Pedro Sánchez est le soutien parlementaire du parti séparatiste de droite JxCat de l’ancien président catalan Carles Puigdemont, qui a également rejeté la proposition du gouvernement.
L’enjeu n’est pas seulement une modification de la loi sur l’immigration, mais aussi — parmi d’autres obstacles — l’approbation du budget national 2025, qui est un outil fondamental pour l’exécutif afin de mettre en œuvre ses politiques sociales.
Mais la perspective d’un accord dans un avenir proche semblait peu probable jeudi.
Selon le ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres (PSOE), « la seule réponse possible » pour atténuer la crise migratoire actuelle est de modifier l’article 35 de l’actuelle loi sur l’immigration, en rendant l’accueil des mineurs migrants obligatoire pour toutes les régions.
« La décision est la suivante, et elle est très simple : le Partido Popular souhaite-t-il que les mineurs qui arrivent dans certains territoires soient répartis de manière solidaire, obligatoire et équitable dans l’ensemble du pays, c’est-à-dire dans les 17 communautés autonomes et les deux villes autonomes [Ceuta et Melilla] ? Oui ou non ? », a questionné le ministre.
Le Partido Popular demande notamment une répartition équitable des mineurs migrants non accompagnés entre les États membres de l’UE, le déploiement de navires de Frontex au large d’El Hierro (l’une des îles Canaries), et une augmentation substantielle des ressources matérielles et humaines pour l’accueil des mineurs migrants.
Selon les chiffres officiels, les îles Canaries prennent actuellement en charge plus de 5 400 mineurs dans 86 centres, un nombre qui dépasse de 300 % la capacité d’accueil.
Le gouvernement régional estime avoir dépensé 160 millions d’euros depuis le début de l’année pour leur alimentation, leur hébergement, leur éducation, leur santé et leur assistance juridique.