Espagne : la coalition de gauche divisée sur une loi sur le consentement sexuel
À trois mois des élections régionales et municipales espagnoles, le parti de gauche Unidas Podemos devrait voter contre la réforme de la loi controversée relative aux agressions sexuelles proposée par son partenaire de coalition, le Parti socialiste PSOE.
À trois mois des élections régionales et municipales espagnoles, le parti de gauche Unidas Podemos devrait voter contre la réforme de la loi controversée relative aux agressions sexuelles proposée par son partenaire de coalition, le Parti socialiste PSOE. Cette décision risque ainsi de détériorer davantage les relations déjà difficiles entre les deux partis.
La coalition de gauche est divisée sur la loi « Seul un oui est un un oui » (« solo si es si »), dont l’effet a été inattendu, puisqu’elle a entraîné 721 réductions de peine et 74 libérations de prison, selon de nouvelles données fournies par le Conseil général du pouvoir judiciaire espagnol.
Malgré cela, le parti Unidas Podemos (GUE-NGL au Parlement européen) a annoncé qu’il voterait contre la réforme de cette loi.
« Nous pensons que faire marche arrière [en réformant la loi] constitue une trahison du mouvement féministe », a déclaré lundi 6 mars la porte-parole adjointe d’Unidas Podemos (Unies nous pouvons), Alejandra Jacinto.
La loi a été élaborée à la suite de l’affaire de viol collectif dite « meute de loups » en 2016, au cours de laquelle cinq hommes ont violé une jeune femme de 18 ans pendant une course de taureaux lors de fêtes de Pampelune. À l’aide de séquences vidéo filmées par un téléphone portable, les accusés ont tenté de faire valoir que, parce que ses yeux étaient fermés et qu’elle était immobile pendant l’agression, elle était donc consentante.
La nouvelle loi a supprimé la distinction entre abus sexuel et viol, indiquant que le consentement explicite constitue le facteur déterminant — et non la passivité et le silence.
Toutefois, l’application rétroactive de la loi a permis à de nombreux délinquants de bénéficier d’une réduction de peine et d’être libérés, suscitant de nombreux appels à combler les lacunes et à renforcer les règles.
Les deux partenaires de la coalition divergent toutefois en particulier sur les amendements proposés par le PSOE pour résoudre la question des réductions de peine.
Pour Unidas Podemos, il est inacceptable que le PSOE fasse pression pour modifier certaines peines et veuille que les actes de violence et d’intimidation soient qualifiés de sous-catégorie aggravée de l’infraction.
Si les deux partis ne parviennent pas une réconciliation, le PSOE devra compter sur le soutien du Partido Popular (PP — PPE au Parlement européen) de centre droit et du parti VOX d’extrême droite, actuellement troisième force au Parlement espagnol.
L’union du PSOE avec ses ennemis traditionnels porterait un sérieux coup à tous les efforts du gouvernement visant à présenter l’image d’une coalition solide.
À la veille de la Journée internationale des femmes, un tel « spectacle » risquerait de porter préjudice au PSOE et de renforcer le PP en cette année électorale.
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`Un programme féministe et des ministres « puissantes »
Les sondages ne donnent pas non plus raison au PSOE, puisque c’est le PP qui est actuellement en tête des sondages avec une avance de deux points de pourcentage sur le PSOE. C’est ce que révèle une nouvelle enquête publiée lundi (6 mars) par le quotidien El País et la radio privée Cadena SER.
Les questions de féminisme et d’égalité des genres sont des éléments essentiels du programme proposé par le gouvernement depuis l’entrée en fonction du Premier ministre Pedro Sánchez en 2018.
Son gouvernement est fondé sur la parité et comprend des « femmes puissantes » à des postes très importants comme la ministre de l’Économie Nadia Calviño et la ministre des Finances María Jesús Montero — entre autres « portefeuilles féministes » clés.
Malgré cela, la ministre chargée de l’Égalité Irene Montero et son parti Unidas Pdodemos ont refusé de soutenir la proposition de réforme sur le consentement sexuel déposée par son partenaire socialiste.
« Tout en sachant que la loi est correcte et qu’aucune réforme juridique ne permettra d’éviter ces décisions judiciaires de réduction de peine, nous sommes prêts à réformer la loi, à accepter les conditions nécessaires pour que le partenaire principal du gouvernement sorte uni pour affronter, en tant que gouvernement, l’offensive [des partis de centre droit et d’extrême droite] contre la loi et contre le gouvernement de coalition », a récemment souligné Mme Montero.
Le parti PSOE insiste toutefois sur le fait que la réforme ne porte pas sur les dispositions relatives au consentement et qu’elle vise plutôt à rétablir des peines plus élevées pour certains types de violence, empêchant ainsi le problème des libérations anticipées.
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Les partis d’extrême droite et de droite en soutien au PSOE ?
En Espagne, le contexte politique est désormais extrêmement tendu, la secrétaire générale du Parti populaire de centre droit, Cuca Gamarra, ayant appelé à la démission de Mme Montero.
La loi « seul un oui est un oui » est « inacceptable dans un pays comme le nôtre », a lancé Mme Gamarra. « Les femmes espagnoles ne méritent pas que cette femme [Mme Montero] reste ministre de l’Égalité », a-t-elle poursuivi.
Sauf surprise de dernière minute, le PSOE et Unidas Podemos ne parviendront pas à accepter la réforme.
Parallèlement, tout indique que le parti socialiste PSOE de M. Sanchez pourrait faire passer la réforme en cherchant à obtenir le soutien du PP et de VOX. Cette démarche est jugée inacceptable par Unidas Podemos, mais aussi par le parti centriste Ciudadanos (Citoyens), les nationalistes basques du PNV et les indépendantistes catalans du Parti démocrate européen catalan (PDeCAT).
Bien que cette situation ait provoqué un profond et sérieux clivage entre les deux partenaires de la coalition de gauche, tous deux sont déterminés à ne pas faire éclater le gouvernement et mettre fin à la législature actuelle.