Espagne : bras de fer entre employeurs, syndicats et le gouvernement sur la question des salaires

La ministre espagnole du Travail, Yolanda Díaz, et les deux principaux syndicats espagnols, l’Union générale du travail et les Commissions ouvrières, ont à nouveau exhorté lundi la plus grande association patronale du pays, la CEOE, à trouver un accord sur une augmentation des salaires.

EURACTIV avec EuroEFE
Madrid
« Nous avons besoin de salaires décents qui augmentent au même rythme que l’inflation (4,1 % en avril), garantissant ainsi le pouvoir d’achat. À cet effet, la clause de garantie salariale (cláusula de revisión salarial) est essentielle », peut-on lire dans le manifeste commun de l’UGT et des CCOO publié lundi (1er mai). [[EPA-EFE/Toni Albir]]

La ministre espagnole du Travail, Yolanda Díaz, et les deux principaux syndicats espagnols, l’Union générale du travail (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO), ont à nouveau exhorté lundi (1er mai) la plus grande association patronale du pays, la CEOE, à trouver un accord sur une augmentation des salaires.

Un ajustement à l’inflation est demandé avant la fin du mois, faute de quoi ils appelleront à des grèves à l’échelle nationale.

À l’occasion de la fête du Travail, des milliers de personnes se sont jointes aux plus de 70 manifestations organisées par l’Union générale du travail (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO) à Madrid et dans d’autres grandes villes.

« Nous avons besoin de salaires décents qui augmentent au même rythme que l’inflation (4,1 % en avril), garantissant ainsi le pouvoir d’achat. À cet effet, la clause de garantie salariale (cláusula de revisión salarial) est essentielle », peut-on lire dans le manifeste commun de l’UGT et des CCOO publié lundi.

Si aucun accord salarial n’est conclu d’ici la fin du mois, les deux syndicats ont déclaré qu’ils appelleraient à la grève, en particulier dans les secteurs où les employeurs bloquent les négociations salariales.

« Soit il y a un accord sur les salaires, soit les syndicats commenceront à organiser, et non à appeler, des journées de mobilisation à l’automne », a déclaré Pepe Álvarez, secrétaire général de l’UGT, tandis qu’Unai Sordo, chef des CCOO, a confirmé que son syndicat accentuerait la pression si les employeurs ne négociaient pas.

« Les employeurs ont la possibilité, s’ils le souhaitent, de négocier un accord qui nous permette d’avancer ensemble. Dans le cas contraire, la mobilisation est assurée », a également prévenu M. Álvarez.

En janvier, les deux syndicats ont proposé une augmentation des salaires allant jusqu’à 4,5 % en 2023 et 3,75 % en 2024 et ont demandé que ces augmentations soient liées aux bénéfices des entreprises. La CEOE a jusqu’à présent refusé de négocier.

Du côté du gouvernement, la ministre du Travail Yolanda Díaz (Unidas Podemos/Gauche européenne) a exhorté la CEOE à conclure un accord avant la fin du mois.

La ministre et candidate au poste de Première ministre avec son nouveau parti de gauche, Sumar, a également souligné que le moment était venu de réduire les heures de travail sans réduire les salaires.

Le salaire minimum officiel en Espagne, récemment revu à la hausse par le gouvernement, s’élève désormais à 1 080 euros bruts par mois en 14 versements et à 15 120 euros bruts par an.

Par ailleurs, en termes de pouvoir d’achat, les travailleurs espagnols ont perdu l’équivalent de 11 jours de travail, selon une étude publiée par la branche espagnole d’Oxfam à l’occasion de la fête du Travail. Cette étude souligne que si les « salaires réels » ont baissé de 3,2 % dans le monde en 2022, ils ont chuté de 5,5 % en Espagne.

En parallèle, les bénéfices des entreprises cotées sur le marché boursier espagnol (IBEX-35) ont fortement augmenté pour atteindre près de 26 milliards d’euros, soit 26,8 % de plus qu’en 2021, a ajouté Oxfam.

La principale raison de cette perte de pouvoir d’achat s’explique par le fait que les salaires en Espagne ont moins augmenté en comparaison avec les autres grandes économies internationales. C’est pourquoi les travailleurs espagnols ont perdu en moyenne 1 523 euros de pouvoir d’achat en 2022.

L’Espagne organisera des élections municipales et aux parlements des communautés autonomes le 28 mai ainsi que des élections générales qui devraient avoir lieu en décembre, pendant le dernier mois de présidence du pays au Conseil de l’UE.