Ernest-Antoine Seillière : La vraie réponse à la crise «doit être apportée au niveau européen»
En pleine crise financière, le patron des patrons européens porte, pour Euractiv.fr, un regard positif sur les initiatives de la BEI et de la BCE, mais concède que l’Europe est encore incapable de prendre des «initiatives techniques essentielles».
En pleine crise financière, le patron des patrons européens porte, pour Euractiv.fr, un regard positif sur les initiatives de la BEI et de la BCE, mais concède que l’Europe est encore incapable de prendre des «initiatives techniques essentielles».
Les États membres ont choisi d’accorder 30 milliards d’euros, via la Banque européenne d’investissement (BEI), pour venir en aide aux petites et moyennes entreprises. Etes-vous satisfait de cette mesure?
Par nature, la BEI est un instrument qui est constamment en appui des PME en Europe. Avec l’étouffement probable et intense du système du crédit lié à la crise, les différents gouvernements ont souhaité que la BEI mettent des moyens supplémentaires de façon à aider les PME à traverser cette période difficile. A Business Europe, nous sommes totalement favorables à cette initiative.
30 milliards pour toute l’Europe, n’est-ce pas un montant trop faible?
C’est déjà un bon départ. Il faut plutôt voir la BEI comme un amorceur de garanties et de financement. Ensuite, ce sont les systèmes bancaires nationaux qui prennent le relais, et notamment Oseo en France. Peut-être ira-t-on plus loin si le système bancaire devient moins capable d’assurer la distribution de service qui est sa fonction principale. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.
Quel rôle peut jouer Business Europe pour lutter contre les conséquences de la crise?
Il y a une quinzaine de jours, nous sommes intervenus auprès de la Banque centrale européenne (BCE). D’abord, nous l’avons félicité de la manière dont elle assure la liquidité de l’ensemble du système bancaire européen, et deuxièmement pour lui dire que nous estimions que les éléments de la baisse des taux étaient réunis : baisse du prix des matières premières, ralentissement économique,… La baisse des taux intervenue hier [NDLR mercredi 8 octobre] nous paraît tout à fait nécessaire.
D’autre part, nous avons été voir Nicolas Sarkozy pour lui dire qu’il était nécessaire de coordonner de façon intense les initiatives au niveau européen. Bien sûr, la responsabilité nationale sur les sytèmes bancaires reste entière et voulue par les États, mais nous nous doutons que la vraie réponse doit être apportée au niveau européen. Nous souhaitons que les pays européens, notamment ceux de l’Eurozone, se concertent pour adopter ensemble des mesures qui créeront les conditions d’un fonctionnement amélioré des marchés financiers et du système bancaire. Nous avons également appelé à une perspective de ce qui pourrait être un gouvernement économique de l’Europe. On ne peut pas avoir créé une monnaie unique et ne pas avoir, entre nous, de vraies perspectives d’organisation au niveau économique.
Le problème de la rémunération des chefs d’entreprise est-elle un des éléments à prendre en compte dans la résolution de la crise?
Dans ce domaine, Business Europe n’a pas de politique européenne particulière. Les choses se déterminent au niveau de la culture politique de chaque État. Mais nous comprenons bien qu’à un moment où le capitalisme traverse une crise, on se penche sur la rémunération des dirigeants. D’autant plus que si les États contribuent de façon massive pour venir en aide au système financier européen, il n’est pas anormal qu’en contrepartie, ils aient des points de vue à faire valoir. Mais l’intensité de ces questions est très variable en fonction des cultures nationales. Il nous paraît normal qu’on se soit penché sur ce sujet, et que notamment en France on ait voulu mettre un terme à ce qui, dans le passé, a semblé être des abus.
Est-il concevable d’imaginer un code de bonne conduite européen, semblable à celui qu’a présenté la présidente du Medef Laurence Parisot le 6 octobre?
A partir du moment où, en Europe, on n’est pas capable de prendre des intiatives techniques qui paraissent essentielles, cela me paraît encore plus difficile d’aller vers des intiatives de type éthique. Mais ce n’est pas impossible pour autant. On pourra aborder cette question le jour où l’Europe sera dans un moment d’organisation politique beaucoup plus intense.