Éric Lombard, un nouveau ministre de l’Économie et des Finances avec une seule mission : faire adopter le budget

Inconnu du grand public, Éric Lombard apporte au gouvernement une fine connaissance des sujets financiers et une appétence pour le dialogue social, lui qui aura la lourde charge de faire adopter le budget 2025.

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Handover ceremony at French Finance ministry
Sa fine connaissance des sujets financiers et son grand respect du dialogue social cassent avec un gouvernement fait d’anciens ministres, caciques politiques et autres macronistes de la première heure, aux airs de déjà-vu. [CHRISTOPHE PETIT TESSON/EPA-EFE]

Éric Lombard a été nommé ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique lundi 23 décembre. Inconnu du grand public, il apporte au gouvernement une fine connaissance des sujets financiers et une appétence pour le dialogue social, lui qui aura la lourde charge de faire adopter le budget 2025.

Il aura fallu attendre les dernières minutes pour que son nom soit confirmé, mais c’est bien Éric Lombard qui remplacera Antoine Armand à Bercy et tentera de réussir là où son prédécesseur a échoué : faire adopter un projet de loi de finances (PLF) pour 2025 afin de redresser les comptes publics français, alors que le déficit et la dette ne cessent de se creuser.

Pas de forte tête ou de vieux cacique pour un poste aussi sensible : le Premier ministre François Bayrou a fait le choix de la compétence technique et de l’expertise. Et si Éric Lombard n’est pas une figure connue du grand public, il ne manque pas d’influence et de réseau.

L’homme de 66 ans, père de trois enfants, s’est fait un nom dans la banque et l’assurance. Longtemps, il se fera la main à BNP Paribas, où il prendra une pause à la fin des années 1980 pour devenir conseiller technique de Michel Sapin, alors ministre de l’Économie, dont il est toujours proche. En 2004, il prendra la direction du bras assurantiel de la banque, BNP Paribas Cardif.

En 2013, il devient directeur général de Generali France, la branche hexagonale du grand assureur italien.

Il y restera jusqu’en 2017, lorsqu’Emmanuel Macron, déjà président de la République, le nomme directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), mieux connue comme le bras financier de l’État.

C’est lui qui chapeautera la création de la Banque des territoires afin de renforcer le maillage territorial de la CDC. Il lancera aussi un projet de rapprochement entre la Caisse et le groupe La Poste.

C’est ce poste à la CDC qui l’amènera à côtoyer tout ce que les gouvernements ont de ministres, ainsi que les responsables politiques territoriaux — tissant dans l’ombre une toile de contacts qui doit s’avérer nécessaire dans son nouveau poste.

Urgence budget

Sa fine connaissance des sujets financiers et son grand respect du dialogue social, comme il l’affirmait lui-même dans un portrait des Échos, cassent avec un gouvernement fait d’anciens ministres, caciques politiques et autres macronistes de la première heure, aux airs de déjà-vu.

Cela sera d’autant plus nécessaire qu’Éric Lombard se voit confier la mission la plus ardue du moment : faire adopter le PLF 2025 au plus vite, et ce en évitant la censure.

Il devra agir vite : le déficit doit dépasser les 6 % du PIB début 2025. La dette publique, quant à elle, vient de dépasser la somme historique de 3 303 milliards d’euros.

Pour ce faire, il pourra s’appuyer sur la nouvelle ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, rapporteure pour le PLF 2018, passée par le secrétariat d’État chargé de l’Europe (2019-2020) avant de devenir représentante permanente de la France à l’OCDE.

Éric Lombard, dans un court discours lors de la passation de pouvoir à Bercy tard lundi, s’est dit prêt à s’attaquer au « mal endémique : le déficit et sa conséquence sur la dette ». « Nous devons réduire le déficit sans tuer la croissance. C’est cet équilibre qu’il nous faut trouver », a-t-il martelé, bien conscient que les marchés, les investisseurs mais aussi la Commission européenne l’écoutent avec attention.

Dans une interview-fleuve sur BFMTV lundi, François Bayrou a confirmé qu’un budget serait présenté à la représentation nationale, avec l’objectif de l’adopter d’ici la mi-février. Il maintient les projections de Bercy de ramener le déficit à 5 % de PIB d’ici la fin de 2025, avant de passer sous la barre des 3 % en 2029.

Parler aux socialistes

La nomination d’Éric Lombard à Bercy n’est pas non plus dénuée de sens politique.

Le nouveau ministre, numéro trois du gouvernement, s’est toujours dit social-démocrate et, s’il le fallait, « de gauche », rapportent les Échos. Il n’a pas hésité à condamner les dérives du monde financier, s’attelant plutôt à plonger « au cœur de la finance utile », du titre de son livre, paru en 2022 (Éditions de l’Observatoire).

Il a aussi été trésorier du centre de réflexion social-libéral des « Gracques », dont Emmanuel Macron a été membre avant son élection en 2017.

François Bayrou voit donc en Éric Lombard la courroie de transmission entre le gouvernement et le Parti socialiste (PS), attaché au Nouveau Front Populaire (NFP) mais soucieux de ne pas se faire happer par les manières protestataires de La France insoumise (LFI). Le nouveau ministre pourrait faire en sorte que socialistes et apparentés ne censurent pas le nouvel exécutif.

La tâche n’a rien de facile : le PS s’est clairement mis en opposition du gouvernement, et pourrait se préparer à voter contre tout budget qui ne suspend pas immédiatement la mise en œuvre de la réforme des retraites — une demande rejetée par François Bayrou.

Éric Lombard devra aussi composer avec le Rassemblement national (RN), faiseur de rois dans une Assemblée nationale morcelée, qui n’hésitera pas à imposer ses « lignes rouges ». Ce sont ces mêmes « lignes rouges » qui avaient eu la peau de Michel Barnier et de son gouvernement au début du mois.

« La situation politique est difficile, la situation internationale est dangereuse et la conjoncture économique est fragile. Je vais peut-être vous surprendre mais c’est peut-être pour ces raisons que je suis prêt à m’engager », a lancé le nouveau ministre lundi.

Il en faudra au moins autant pour tenir.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]