Eric Ciotti et les cadres des LR se battent pour piloter les législatives
Démis de ses fonctions mercredi (12 juin) par les cadres de son parti, le président des Républicains (LR), Éric Ciotti, balaye cette décision qu'il juge « illégale », et en appelle au soutien des militants pour démarrer la campagne des législatives.
Démis de ses fonctions mercredi (12 juin) par les cadres de son parti, le président des Républicains (LR), Éric Ciotti, balaye cette décision qu’il juge « illégale », et en appelle au soutien des militants pour démarrer la campagne des législatives.
L’alliance inédite des Républicains et du Rassemblement national (RN) pour les législatives n’aura probablement duré que 24 heures. Après le tollé provoqué par l’annonce d’Éric Ciotti, ce dernier a finalement été démis de ses fonctions lors d’un bureau politique extraordinaire, mercredi après-midi.
« Menant des négociations secrètes, sans concertations avec notre famille politique et ses militants, Éric Ciotti est en rupture totale avec les statut et la ligne politique portée par les Républicains. Il est exclu ce jour des Républicain », a annoncé Annie Genevard, Secrétaire générale du parti, à la sortie de la réunion qui rassemblait les principaux cadres de la droite.
Comme le veut le règlement du parti, Annie Genevard devrait prendre sa direction, en compagnie de François-Xavier Bellamy, tête de liste aux élections européennes et jusqu’ici vice-président.
De son côté, Éric Ciotti refuse catégoriquement de se soumettre à la décision de ce bureau politique qu’il considère « illégal et contraire (aux) statuts ». « Je suis président des Républicains et je le reste, les militants m’ont élu », s’est-il défendu sur Cnews mercredi soir.
Pour le bureau qui a fait son choix à l’unanimité, Les Républicains doivent rester « indépendants », refusant à la fois la voie du « en même temps macronien », et du « saut dans l’inconnu » du RN. « L’Assemblée nationale aura besoin d’un pôle de stabilité », a insisté Annie Genevard.
« Pacte du diable »
Tout au long de la journée de mercredi, les évènements se sont enchaînés au rythme d’une série TV. La veille au soir, quelques heures après l’annonce d’Éric Ciotti de faire alliance avec le RN, Annie Genevard avait prévenu qu’un bureau politique extraordinaire serait tenu à 15h pour décider du sort du président.
Contre cette alliance qu’ils jugent contraires aux « valeurs » de la droite de gouvernement, les « barrons » des Républicains lui posent alors un ultimatum : le président doit démissionner ou il sera démis de ses fonctions.
Las, le député des Alpes Maritimes refuse la tenue du bureau politique, arguant du fait que, selon les statuts, lui seul peut décider de l’organisation d’un tel rassemblement ou un quart des membres du Conseil national, composé d’une dizaine de membres du bureau.
Or, selon lui, aucune de ces conditions n’a été réunie.
Dans la journée, Éric Ciotti est même allé jusqu’à fermer physiquement la porte du siège du parti, afin d’y interdire les entrées, à la « suite des menaces reçues et des désordres » de la veille. En fin de journée ses collègues finissent par se réunir en bureau politique et le verdict tombe : Éric Ciotti est démis de ses fonctions, à « l’unanimité ».
« Quand on fait de la politique, on ne répond pas par (…) des petites ententes faites en catimini pour négocier des circonscriptions, (…) par des petites alliances d’arrière-boutique », lâche Laurent Wauquier, commentant ce choix.
Un peu plus tôt, en conférence de presse, Emmanuel Macron dénonçait lui aussi le « pacte avec le diable », passé entre la droite et l’extrême droite.
Deux voies pour les législatives
« Aucune des décisions prises à cette réunion n’emporte de conséquence légale. Elle peut avoir des conséquences pénales », a répliqué Eric Ciotti sur X.
Deux chemins s’offrent à présent aux Républicains. Si le président gagne sa bataille juridique et reste en fonction, l’alliance pourrait se concrétiser pendant les élections. Il assure que près de 80 députés sortants sont prêts à le suivre. Seule Christelle Dintorni, élue dans les Alpes maritimes, a pour l’instant annoncé publiquement sa volonté de se présenter sous une bannière LR-RN.
Autre possibilité, les Républicains poursuivent sans Eric Ciotti, auquel cas les élus sortants arboreront une étiquette LR indépendante. Sur BFM, le député Olivier Marleix l’a assuré : il y aura un candidat LR, « dans toutes les circonscriptions, y compris celle d’Éric Ciotti ». Le bureau politique affirme pouvoir compter sur 59 députés sortants sur 61.
Reste à savoir comment réagira la base des Républicains. Selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro publié le 11 juin, la moitié des sympathisants de droite approuvent l’alliance proposée par Eric Ciotti.
Convaincu qu’ils le suivront, celui-ci annonce sur CNews qu’il consultera les militants mais probablement pas avant les élections.
Quid des eurodéputés élus dimanche dernier, dont Céline Imart, Laurent Castillo ou encore Christophe Gomart, seuls soutiens affichés d’Eric Ciotti ? La première a tout de même reconnu mercredi soir la décision du parti.
Une clarification risque d’être toutefois demandé par le Parti populaire européen (PPE), lequel refuse que ses membres s’allient au Rassemblement national, comme l’a rapporté un député allemand à Euractiv.
Le nouveau président des Républicains par intérim et eurodéputé François-Xavier Bellamy s’est, lui, rapidement désolidarisé d’Éric Ciotti. Interrogé sur LCI mercredi soir, il confirme vouloir porter la campagne des législatives, en parallèle de son mandat européen, « sous les couleurs de la droite ». Uniquement.
« Cet accord serait contre-productif : au premier tour, il n’y a aucune raison pour que la droite ne puisse pas s’opposer à Emmanuel macron (…) Comme au Parlement européen, nous sommes les premiers opposants au macronisme », souligne la tête de liste.