Éolien en mer : la France vise 45 GW en 2050 grâce à l'industrie européenne

En déplacement à Saint-Nazaire jeudi (2 mai), Bruno Le Maire a fait part de la stratégie du gouvernement pour atteindre 45 GW d’éolien en mer au large des côtes françaises sans laisser l’industrie européenne d’éoliennes sur le bas-côté.

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Italy, Germany and France to strengthen cooperation in the field of artificial intelligence
Le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire s'exprime lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion entre l'Italie, l'Allemagne et la France sur la politique industrielle, la transition numérique et l'intelligence artificielle, à Rome, Italie, le 30 octobre 2023. [EPA-EFE/ANSA/MASSIMO PERCOSSI]

En déplacement à Saint-Nazaire jeudi (2 mai), Bruno Le Maire a fait part de la stratégie du gouvernement pour atteindre 45 GW d’éolien en mer au large des côtes françaises sans laisser l’industrie européenne d’éoliennes sur le bas-côté.

En décembre 2021, la filière française publiait une étude visant à atteindre 50 GW d’éolien en mer en 2050 en France. Jeudi, le gouvernement a annoncé vouloir atteindre 45 GW.

Pour se faire la main, le ministre de l’Economie et de l’Energie, M. Le Maire rappelle que trois parcs éoliens en mer sont déjà raccordés. Cela devrait permettre de poser les premiers jalons pour atteindre 4 GW en 2030, puis 18 GW en 2035, tel qu’inscrit dans la Stratégie française énergie-climat dévoilée en novembre 2023.

Pour atteindre les objectifs à horizon 2035, 15 projets sont sur les rails (trois en cours de raccordement, trois prévus avant 2031 et neuf en procédure d’appel d’offres). Un autre appel d’offres de 10 GW est également envisagé, rappelle M. Le Maire, alors que l’État s’est engagé à déployer 2 GW par an dès 2025.

Ce calendrier, le Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui représente les acteurs de la filière, s’en félicite par communiqué de presse. Selon lui, le gouvernement « se donne les moyens de rejoindre les meilleurs dans la course à l’éolien en mer ! ».

Communiqué de presse du 2 mai 2024 : Bruno Le Maire et Roland Lescure annoncent de nouvelles mesures de soutien au développement de l’éolien en mer et de son industrie.

Protéger l’industrie européenne

Outre qu’il souhaite des parcs plus puissants, plus loin des côtes et installés en six ans en moyenne, plutôt que 12 ans, M. Le Maire veut également que l’industrie européenne en profite.

À cette fin, il vise à durcir les critères carbone pour l’éligibilité aux appels d’offres des parcs post -2030. Le règlement « zéro émission nette » (Net-zero industry act, NZIA, en anglais), adopté en février dernier, offre aussi quelques avantages pour l’industrie européenne, comme un critère dit de « résilience » visant à limiter à 50 % la part des projets énergétiques réalisés en dehors de l’UE.

D’ici à 2030, le NZIA vise également à ce que les projets de technologies propres en UE contiennent 40 % de contenu européen. Le ministre propose, déjà, d’atteindre 50 %.

« Ce sera plus ambitieux et ce sera un combat », car « faire du contenu local ne fait pas encore consensus au niveau européen », déclarent ses équipes à Euractiv.

Le SER, lui, se dit prêt à anticiper l’application du texte.

Concurrence chinoise

L’objectif est de faire en sorte que l’industrie européenne ne soit pas dépassée par la concurrence, en sachant qu’elle est déjà en grande difficulté. En témoigne la situation déficitaire des cinq fabricants européens d’éoliennes.

Selon les autorités européennes, la concurrence déloyale en est l’une des premières causes. Pour y remédier, elles ont lancé un « paquet éolien » destiné, notamment, à privilégier les critères hors prix dans les appels d’offres, sous-entendu privilégier les offres européennes plus chères, car plus vertueuses, d’un point de vue écologique et social notamment. L’UE vise, avant tout, la concurrence chinoise.

Sur fond de tensions commerciales avec Pékin, l’UE a également lancé récemment de nouvelles enquêtes pour déterminer s’il y a de la concurrence déloyale chinoise dans certains appels d’offres éoliens en Europe.

Objectifs européens

Au niveau européen, neuf États (Belgique, Danemark, Allemagne, Pays-Bas, France, Royaume-Uni, Norvège, Irlande et Luxembourg) se sont fixés comme objectif d’atteindre, conjointement, 120 GW d’éolien offshore en mer du Nord en 2030, puis 300 GW en 2050.

En mer baltique, les pays riverains (Allemagne, Pologne, Suède, Finlande, Estonie, Lituanie, Lettonie) se sont engagés à installer 20 GW d’ici 2030 et 93 GW d’ici 2050.

Actuellement, l’ensemble des États membres de l’UE ne cumulent que 15 GW d’éolien en mer installés. Trop peu pour atteindre l’objectif de 42,5 % de renouvelable dans la consommation finale d’énergie brute en 2030, tel qu’adopté en mars 2023.

Depuis plusieurs mois d’ailleurs, les autorités françaises bataillent à Bruxelles pour imposer leurs propres typologies d’objectifs de développement d’énergie décarbonée. Ainsi, Paris refuse d’inscrire des objectifs de développement renouvelables en pourcentage de consommation finale brute d’énergie pour 2030. Elle lui préfère des objectifs similaires, mais en objectifs bas carbone, sous-entendu incluant le nucléaire, source de 60 à 70 % de l’électricité consommée en France chaque année.