Entretien : une dimension politique « manque terriblement » à l'UE [FR]

Il manque à l’Europe un « grand plan », et pour avoir un impact important au niveau international, elle doit dépasser les problèmes utilitaires afin de devenir un « projet idéologique ». C’est ce que soutient l’éminent auteur et historien Elie Barnavi dans un entretien à EURACTIV.

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Il manque à l’Europe un « grand plan », et pour avoir un impact important au niveau international, elle doit dépasser les problèmes utilitaires afin de devenir un « projet idéologique ». C’est ce que soutient l’éminent auteur et historien Elie Barnavi dans un entretien à EURACTIV.

« Si les Européens souhaitent devenir […] une entité politique cohérente et forte capable de faire le poids à l’échelle mondiale », alors l’Union européenne doit développer une dimension politique pour susciter plus d’enthousiasme pour le bloc de la part des citoyens. C’est ce qu’a indiqué l’historien israélien né à Bucarest. 

M. Barnavi, professeur à l’Université de Tel Aviv, croit « qu’il n’y a pas de politique sans un terrain de valeurs communes » ou de projet commun. Mais une telle dimension politique manque terriblement quand il s’agit de l’intégration européenne, a-t-il fait remarquer, soulignant la pensée sous-jacente au titre de son livre publié récemment, « L’Europe frigide ».

L’UE est perçue par ses citoyens comme une « machine bureaucratique incapable d’inspirer de l’amour », a déclaré M. Barnavi. « A mon avis, l’Europe est frigide parce qu’elle ne travaille pas, parce qu’elle n’inspire plus les Européens », a indiqué l’auteur. 

Selon le professeur Barnavi, il n’est pas surprenant que les citoyens ont rejeté les traités de l’UE au cours des référendums, que ce soit en France, aux Pays-Bas et en Irlande ces dernières années (EURACTIV 13/06/08). En choisissant de ne pas attribuer de dimensions historiques et symboliques à l’UE, les Européens ont montré « un manque de respect à l’égard de leur propre projet », souligne M. Barnavi. 

Mais le professeur n’est pas surpris que le traité constitutionnel ait été abandonné, le décrivant comme un « malheureux document », qui était trop « long, technique, et ennuyeux » ». Un peu plus de simplicité serait grandement bénéfique pour l’Europe […]. Les gens ne comprennent pas le document, et quand ils ne comprennent pas, ils disent ‘non’ ».

M. Barnavi remet en question la légitimité et l’utilité de soumettre de tels textes au vote populaire. « Lorsqu’un référendum [national] échoue, c’est comme si rien ne s’était passé. Les mêmes personnes restent à la même place », alors que « toute la machine européenne, au nom de la démocratie et d’un milliard de personnes, est dans une impasse parce que quelques personnes ont décidé, pour des raisons différentes et contradictoires, de dire ‘non’ », a-t-il déclaré. 

A la place, les referendums devraient simplement répondre à la question de savoir si un pays souhaite ou non devenir membre de l’UE, dit M. Barnavi, « avec les droits et les devoirs qu’implique une telle appartenance ». « Vous dites ‘d’accord ’, alors c’est ‘non’. Excluez-nous. Personne n’est obligé de prendre part au projet européen. Ce sont des règles de conduite très simples qui devraient être mise en œuvre en vue d’obtenir quelque chose qui se respecte soi-même ». 

Un autre problème qu’identifie l’historien est le manque de leadership au niveau européen. « Les nouvelles générations de dirigeants européens ne sont pas des européens naturels » a-t-il indiqué, déclarant que la « double méthode» de coopération communautaire et intergouvernementale doit être terminée. 
« Une génération d’européens qui essaient de promouvoir l’Europe non seulement parce que c’est quelque chose d’utile, mais aussi en raison de ses valeurs en tant qu’idée » selon le modèle de Jacques Delors, « n’existe pas pour le moment », s’est plaint M. Barnavi.

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