Entretien : un sentiment de culpabilité collective en Irlande [FR]

Le sentiment de culpabilité collective en Irlande après l’échec du référendum sur le traité européen de Lisbonne est « palpable », a expliqué Quintin Oliver, spécialiste des référendums, dans un entretien à EURACTIV. Il a également mis en garde contre toute tentative destinée à faire pression sur l’Irlande pour la pousser à un second vote.

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Le sentiment de culpabilité collective en Irlande après l’échec du référendum sur le traité européen de Lisbonne est « palpable », a expliqué Quintin Oliver, spécialiste des référendums, dans un entretien à EURACTIV. Il a également mis en garde contre toute tentative destinée à faire pression sur l’Irlande pour la pousser à un second vote.

M. Oliver a comparé la situation en Irlande avec la récente élection de l’outsider Boris Johnson à la mairie de Londres. « Il y a un sentiment de culpabilité collective quand les individus se rendent compte qu’ils ont contribué à troubler le système », a-t-il déclaré. 

M. Oliver a indiqué que le gouvernement irlandais n’est pas parvenu à « vendre l’avenir présagé par le traité d’une façon positive, simple et cohérente ». Ils ont fait l’erreur de se tourner vers le passé et de penser que le sentiment de gratitude envers l’Europe suffirait pour assurer un « oui », a-t-il déclaré. M. Oliver a également mis en cause le camp du « oui », qui n’a pas retenu les leçons de l’échec du référendum de Nice et n’a pas entamé sa campagne six mois à l’avance avec la mise en place d’une plateforme interpartis. 

« C’est le signe d’une confiance excessive », a indiqué l’expert.

Selon lui, la situation s’est encore aggravée avec la démission forcée de l’ex-Premier ministre Bertie Ahern. En effet, son successeur Brian Cowen n’a pas eu suffisamment de temps pour faire face à la situation de façon appropriée. 

« Dans un certain sens, le référendum était alors déjà condamné», a déclaré M. Oliver avant de signaler les autres erreurs commises notamment en sous-estimant le camps du « non » et son mystérieux mécène Declan Ganley. Concernant les fameux commentaires du Premier ministre Brian Cowen et du commissaire irlandais Charlie McCreevy – qui avaient déclaré ne pas avoir lu le traité –, M. Oliver a indiqué que ces bourdes avaient été montées en épingle, causant plus de tort qu’elles ne l’auraient fait en période électorale. Il a expliqué que lors d’un référendum, les gens suivent moins leurs obédiences politiques. Le vote punitif n’en est donc que plus fort. 

Quintin Oliver a aussi critiqué le camp du « oui », qui n’a selon lui pas su anticiper et contrer les « inexactitudes et les contrevérités » émises par le camp du « non », notamment les arguments concernant l’avortement, la militarisation, l’enrôlement et la neutralité irlandaise.

Il a averti qu’un second référendum ne doit avoir lieu que si les conditions sont satisfaisantes et si la classe politique peut dégager les bons arguments. Selon lui, il serait une grossière erreur de dire aux Irlandais « vous vous êtes trompés : maintenant, à vous de corriger votre erreur ». Il a également mis en garde contre un second référendum avant les élections européennes, conformément au calendrier de Bruxelles. D’après lui, cela risquerait d’être contre-productif puisque les Irlandais pourraient se sentir « supervisés, intimidés ou manipulés ».

Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquez ici.