Entretien : les Turcs de plus en plus « méfiants » sur le processus d’adhésion à l’UE [FR]
Alors que la Commission européenne s’apprête à publier le 6 novembre son rapport annuel sur les progrès accomplis par la Turquie sur la voie de l’adhésion, la population turque semble de plus en plus méfiante envers la politique d’élargissement menée par l’exécutif européen. Mustafa Oguz Demiralp, secrétaire général de la Turquie aux affaires européennes, s’est entretenu avec EURACTIV Turkey.
Alors que la Commission européenne s’apprête à publier le 6 novembre son rapport annuel sur les progrès accomplis par la Turquie sur la voie de l’adhésion, la population turque semble de plus en plus méfiante envers la politique d’élargissement menée par l’exécutif européen. Mustafa Oguz Demiralp, secrétaire général de la Turquie aux affaires européennes, s’est entretenu avec EURACTIV Turkey.
La perspective d’adhésion à l’UE a récemment été marquée par une baisse de popularité dans l’opinion publique turque. Un récent sondage réalisé par le German Marshall Fund révèle que seuls 26 % des Turcs croient que leur pays entrera effectivement dans l’UE, contre 56 % des Européens. Les sondages d’opinion précédents effectués en Turquie indiquaient que la majorité des Turcs voyaient l’adhésion à l’UE comme un élément positif.
Interviewé par EURACTIV Turkey, Mustafa Oguz Demiralp, secrétaire général de la Turquie aux affaires européennes, interprète ce revirement de l’attitude publique : « Il est plus approprié de décrire l’opinion publique turque comme étant plus « méfiante » que « pessimiste » envers le processus d’adhésion à l’UE.
Indiquant que l’attitude de la Commission envers la Turquie diffère par rapport aux autres nouveaux membres, M. Demiralp souligne les références croissantes de la Commission à la « capacité d’intégration » de l’UE, qui « n’a jamais été autant mise en avant que dans le processus de négociation de la Turquie ». « Cette question n’était pas un élément essentiel lors des négociations précédentes » dans le processus d’élargissement, ajoute-t-il.
Il déclare que son pays « mérite l’adhésion à l’UE dès qu’il en remplira les conditions ».
Interrogé sur ce qui influence l’opinion publique turque, M. Demiralp répond : « Sans aucun doute, les déclarations des dirigeants européens relatives à l’adhésion de la Turquie sont une des raisons principales expliquant le scepticisme de la Turquie envers l’UE ». De plus, l’habitude des dirigeants européens d’utiliser la population, la situation géographique et la culture de la Turquie comme arguments pour un « partenariat privilégié » au lieu d’une adhésion à part entière « affaiblit la confiance de l’opinion turque dans l’UE ».
Il accuse l’UE de faire deux poids, deux mesures pour la Turquie. Comme exemple d’éléments influençant l’opinion publique, il cite les déclarations du président français Nicolas Sarkozy, selon lesquelles entamer les négociations sur la politique économique et monétaire rapprocherait le pays de l’adhésion de l’UE, juste avant la décision de la Commission de ne pas ouvrir ce chapitre.
M. Demiralp déclare : « L’opinion publique turque envers l’adhésion à l’UE serait plus enthousiaste et positive sur le processus d’adhésion si l’UE regagnait en crédibilité. Ainsi, dans son propre intérêt stratégique, l’UE devrait évoluer dans ce sens ».