Entretien : la stratégie de Lisbonne ne doit pas être victime de la crise du traité [FR]
Même si tous les dirigeants européens s’efforcent de sauver le traité de Lisbonne, la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi doit rester la principale priorité de l’Union. Graham Watson, le leader britannique du groupe ALDE du Parlement européen, s’explique dans un entretien à EURACTIV.
Même si tous les dirigeants européens s’efforcent de sauver le traité de Lisbonne, la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi doit rester la principale priorité de l’Union. Graham Watson, le leader britannique du groupe ALDE du Parlement européen, s’explique dans un entretien à EURACTIV.
Même s’il reconnaît certains progrès, M. Watson doute que l’UE parviendra à atteindre son objectif, qui est de devenir l’économie la plus compétitive du monde à l’horizon 2010.
« Nous avons fixé le délai à 2010, c’est bien joli, mais nous ne nous sommes fixé aucun délai intermédiaire. Nous aurions notamment pu attribuer 3 % du revenu national brut à la recherche et au développement », a déclaré M. Watson, soulignant là un défaut certain.
Cependant, il a insisté sur le fait que ces points faibles ne constituent pas pour autant une raison d’abandonner. En revanche, « nous devons redoubler d’efforts », a-t-il affirmé. « Il s’agit de s’assurer que nous sommes sur la bonne voie même si nous n’atteignons pas notre objectif pour 2010 ».
L’eurodéputé a mis en évidence deux « dangers » qui menacent actuellement l’UE. Premièrement, les Etats membres pourraient être bloqués lors du débat sur le traité de Lisbonne et les travaux institutionnels de l’Union, au risque de « perdre de vue » les enjeux économiques. Deuxièmement, M. Watson craint que la hausse des prix du carburant et des aliments n’entraînent l’adoption, au niveau européen, de « mesures hâtives qui ne s’inscrivent pas dans notre stratégie ».
Tout en refusant de blâmer qui que ce soit, M. Watson a néanmoins signalé la « lenteur du démarrage » du mandat de la Commission tout en saluant ses derniers efforts, en insistant tout particulièrement sur la directive relative aux services sociaux et le Small Business Act.
Il admet néanmoins que les Etats membres ont la même part de responsabilité. « Je pense qu’il est très difficile de jeter la faute sur quelqu’un », a-t-il déclaré avant d’ajouter : « De nombreux gouvernements ont certainement cherché à bloquer ou à reporter un accord sur la libéralisation des marchés ».
Quant à savoir ce qu’il faut attendre de la présidence française de l’UE, qui a affirmé son aversion pour l’ouverture des marchés à plusieurs reprises, M. Watson n’est pas très optimiste : « Demander à une présidence française de libéraliser les marchés n’est pas chose facile, mais cette fois-ci, nous prenons véritablement un nouveau départ, qui sait ? […] M. Sarkozy affirme être un pro-européen fervent. Ne pourrait-on pas s’attendre à ce qu’il soit également un libéralisateur fervent ? »
M. Watson a appelé tous les partis à travailler ensemble, affirmant que l’absence de « sens politique d’urgence » des gouvernements nationaux était le principal obstacle à toute forme de progrès.
Toutefois, la révision du marché unique européen présentée hier, 9 juillet, par la Commission, révèle une importante amélioration pour ce qui est de la transposition des règles du marché intérieur vers les législations nationales. Cette avancée est considérée comme cruciale pour la croissance et pour l’emploi dans l’Union.
Lors de sa présentation du rapport biannuel de l’exécutif européen, CharlieMcCreevy, commissaire au marché intérieur, a indiqué que seul 1 % des directives relatives au marché intérieur dont le délai de mise en œuvre est expiré ne sont pas encore inscrites dans les législations nationales.
Chypre, le Luxembourg, la Pologne et la République tchèque restent à la traîne, tout particulièrement en matière d’environnement et de fiscalité.