Entretien : « Il faut révolutionner notre culture scientifique » [FR]
D’après la chercheuse Marie-Claude Roland, les scientifiques ne peuvent pas continuer à vivre dans leur monde et doivent formuler de nouvelles questions avec les citoyens afin de s’attaquer les défis mondiaux.
D’après la chercheuse Marie-Claude Roland, les scientifiques ne peuvent pas continuer à vivre dans leur monde et doivent formuler de nouvelles questions avec les citoyens afin de s’attaquer les défis mondiaux.
« Jusqu’à présent, les chercheurs ont vécu dans un système complètement autonome et coupé de la société. En lisant, The Sociology of Research de M. Merton (1976), on se rend compte qu’il s’agit d’un système autonome, autorégulé et qui n’a aucun contact avec la société. C’est pourquoi tant de chercheurs ont du mal à parler de l’impact de leurs recherches », a expliqué, lors d’un entretien à EURACTIV.com, Marie-Claude Roland, une chercheuse spécialisée dans la communication scientifique et qui aide les scientifiques à améliorer leurs compétences en communication.
Elle affirme que « les chercheurs sont dans une situation de non communication », dans la mesure où ils considèrent la publication de leurs résultats dans une revue scientifique comme une simple procédure de validation de leurs recherches. « J’essaie d’expliquer aux chercheurs que ce n’est pas la peine de publier s’ils n’ont rien à dire. Le problème provient des articles qui sont publiés, mais sont dépourvus de message. D’ailleurs, il suffit de regarder les titres des articles pour s’en apercevoir ».
« Par exemple, l’une des faiblesses des projets de recherche financés par la Commission européenne est la section relative à l’impact des recherches. Les chercheurs ne sont pas vraiment conscients de l’impact de leurs recherches. Ils essaient simplement de se servir de la société comme alibi pour obtenir le financement de leur travail », poursuit Mme Roland.
D’après elle, les nouvelles technologies ont rendu les recherches très techniques et mêmes les jeunes chercheurs sont très orientés vers la méthode et la technique. Les chercheurs travaillent souvent avec des mots-clés et ne prennent pas en compte la pertinence plus large de leur sujet de recherche. De même, ajoute-t-elle, ils ne passent pas suffisamment de temps à formuler les questions ou à reformuler les problèmes.
Cependant, « la recherche ne doit plus être coupée de la société », déclare Mme Roland, pressant les chercheurs à travailler avec les citoyens pour comprendre leurs préoccupations et les impliquer dans le processus de formulation des nouveaux problèmes et questions.
Pour la chercheuse, « la révolution conceptuelle dans la communication scientifique porte sur ce point et les utilisateurs finaux et les autres parties prenantes doivent y être impliqués. La culture de la science et de la recherche ne peut plus exister hors du courant culturel dominant et de la société. Les menaces sur la planète et la vie humaine sont maintenant bien trop importantes. Il faut révolutionner la culture scientifique ».
Interrogée sur la nécessité de communiquer sur la science, elle répond que la science est une question de communication et, si elle ne fait pas l’objet de communication, la science n’existe pas.