Enrico Letta prône le changement de l’UE et obtient un vote de confiance
Le nouveau premier ministre italien, Enrico Letta, a obtenu son premier vote de confiance au parlement lundi (29 avril). Lors de son audition, il a promis d’inciter l’Union européenne à s’éloigner de l’austérité et à poursuivre la croissance économique et la création d’emplois.
Le nouveau premier ministre italien, Enrico Letta, a obtenu son premier vote de confiance au parlement lundi (29 avril). Lors de son audition, il a promis d’inciter l’Union européenne à s’éloigner de l’austérité et à poursuivre la croissance économique et la création d’emplois.
Enrico Letta a indiqué que l'Italie ne pouvait se permettre de se concentrer simplement sur la réduction de son énorme dette publique. Le pays doit s'atteler davantage à sortir son économie de la récession, selon lui.
Le nouveau premier ministre a obtenu sans surprise le vote de confiance en faveur de sa coalition gouvernementale de centre-droit par 453 voix contre 153 à la Chambre des députés, la chambre basse.
Le Parti démocrate (PD) de centre-gauche, le parti du Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi et les centristes emmenés par l'ancien premier ministre Mario Monti l’ont soutenu. Le gouvernement entrera pleinement en fonction après un second vote au Sénat mardi.
Selon le premier sondage d'opinion publié depuis l'annonce de son nouveau gouvernement, réalisé par l'agence EMG, la cote de popularité de M. Letta est de seulement 41 %. La coalition d'anciens adversaires ne convainc donc pas bon nombre d'Italiens.
À peine 13 % d'Italiens indiquent qu'ils souhaitent que M. Letta occupe le poste de premier ministre, ce qui laisse entendre que le nouveau gouvernement ne bénéficierait pas de la période d'état de grâce habituelle. La cote de popularité de Mario Monti était de 70 % lorsqu'il est entré en fonction.
« Nous mourrons de la seule consolidation budgétaire, une politique de croissance ne peut pas attendre plus longtemps », a déclaré Enrico Letta lors de son discours à la Chambre des députés. Il a qualifié la situation économique du pays de « grave » après plus de dix ans de stagnation.
Le nouveau gouvernement rassure les marchés
Les marchés financiers ont réagi positivement à la nomination de M. Letta. La fin de plusieurs mois d'impasse politique a eu des conséquences positives dans la troisième économie de la zone euro : les rendements obligataires ont diminué et les actions ont enregistré une hausse.
Les coûts d'emprunt de l'Italie ont chuté au niveau le plus bas depuis octobre 2010 lors d'une vente aux enchères d'obligations à moyen et à long terme.
M. Letta, un homme politique modéré de 46 ans qui dispose de contacts solides en dehors de l'Italie, s'est engagé à honorer les engagements européens pris en matière de discipline budgétaire. Il a annoncé qu'il se rendrait à Berlin, à Paris et à Bruxelles cette semaine.
Il s'est joint au nombre grandissant de responsables politiques européens qui s'attaquent à l'ancien consensus sur l'austérité budgétaire. Il a toutefois présenté quelques propositions spécifiques sur le retour de la croissance dans l'économie italienne, qui a chuté à un niveau inférieur à celui de 2001.
« Nous avons tous le sentiment clair et fort que notre destin sera celui que nous voulons si les choix de l'Europe diffèrent de ceux faits jusqu'à présent », a-t-il déclaré.
Stefano Fassina, le porte-parole principal du PD sur les matières économiques, a déclaré que M. Letta devrait renégocier l'objectif budgétaire de l'Italie afin d'obtenir une plus grande marge de manœuvre. « D'autres pays l'ont fait et nous devrions le faire », a-t-il déclaré au parlement.
Enrico Letta a été contraint de former une coalition avec Silvio Berlusconi, car le centre-gauche n'avait pas été en mesure d'obtenir une majorité parlementaire à l’issue des élections peu concluantes de février.
Le Cavaliere, cerné par les affaires judiciaires (fraude fiscale et prostitution de mineure), ne sera pas membre du gouvernement, mais jouera un rôle important en coulisse. Bon nombre de députés de gauche estiment cependant que cette collaboration avec leur ancien adversaire est abjecte.
Éviter des conflits
Lors d'un discours qui allait des impôts à la réforme constitutionnelle en passant par le tourisme, les prisons et les deux militaires italiens au cœur d'une impasse diplomatique avec l'Inde, Enrico Letta a évité les conflits éventuels entre les membres de sa coalition.
Il n'a pas mentionné le texte de loi sur la lutte contre les conflits d'intérêts, promis par son parti, le PD, avant et après les élections, mais qui serait inacceptable pour le magnat des médias, Silvio Berlusconi. Ce dernier a revendiqué la tenue d'une commission spéciale qui examinerait les réformes institutionnelles.
M. Letta a répondu aux demandes du centre-droit d'abolition d'une taxe impopulaire sur la résidence principale. Il a indiqué que les paiements venant à échéance en juin seront suspendus, mais n'est pas allé jusqu'à promettre la suppression pure et simple de cette mesure, comme l'exige M. Berlusconi.
Le nouveau premier ministre a également promis que la hausse projetée de la TVA, dont le taux principal devrait passer de 21 % à 22 % en juillet, pourrait être retardée. Il a ajouté que les impôts sur les salaires, qui dissuadent les entreprises d'engager de nouvelles personnes, devraient être réduits.
Il n'a pas précisé comment il financerait ses modifications fiscales qui, accompagnées de mesures d'extension de la protection contre le chômage, nécessiteraient environ 10 milliard d'euros en 2013.
Vers une Europe fédérale
Enrico Letta a mis en évidence la crise de légitimité à laquelle l'Union européenne est confrontée en amont des élections importantes de 2014.
« L'Europe peut redevenir un moteur de développement durable, d'espoir et de construction pour l'avenir, seulement si elle s'ouvre [aux autres]. Le destin du continent est étroitement scellé. Il n'y aura ni gagnants ni perdants si l'Europe échoue à cet examen », a-t-il déclaré, ajoutant que nous serions tous perdants, au nord, comme au sud du continent.
M. Letta a précisé que la solution serait une intégration renforcée vers une Europe fédérale.