En Suède, d’influents populistes de droite remettent en question l’adhésion à l’UE

L’adhésion de la Suède à l’Union européenne doit être « réexaminée ». C’est ce qu’a déclaré Jimmie Åkesson, l’influent dirigeant eurosceptique des Démocrates de Suède, dans une interview accordée à Aftonbladet mardi (2 mai).

Euractiv.com
Stockholm
« Jimmie Åkesson et son parti n’hésitent pas à mentir à propos de l’UE pour agiter leur base électorale et il est clair depuis un moment qu’ils ont l’intention de faire en sorte que les élections européennes de l’année prochaine portent sur la sortie de la Suède de l’UE ou sur son maintien dans l’Union », a expliqué Abir Al-Sahlani à EURACTIV. [[Shutterstock/Alexandros Michailidis]]

L’adhésion de la Suède à l’Union européenne doit être « réexaminée ». C’est ce qu’a déclaré Jimmie Åkesson, l’influent dirigeant eurosceptique des Démocrates de Suède, dans une interview accordée à Aftonbladet mardi (2 mai), alors que la Suède doit encore assurer la présidence tournante de l’UE jusqu’à la fin du mois de juin.

Bien que le parti de Jimmie Åkesson ne figure pas dans la coalition au pouvoir, ce dernier offre le soutien nécessaire au gouvernement de centre droit du Premier ministre Ulf Kristersson. Il attend, en retour, la mise en œuvre de ses politiques, notamment en matière d’immigration.

Le parti compte également trois eurodéputés et 73 députés.

« En raison d’un nombre croissant d’éléments de politique symbolique radicaux, l’adhésion à l’UE devient dangereusement similaire à une camisole de force que nous devons simplement accepter et à laquelle nous devons nous associer », a déclaré M. Åkesson. Il a ajouté que l’influence de la Suède sur la politique de l’UE est trop faible pour faire une réelle différence.

« […] les responsables politiques allemands, polonais ou français peuvent en pratique décider quelle voiture vous pouvez acheter, quel doit être le prix de l’essence ou quels arbres vous pouvez abattre sur votre propre terrain », a-t-il également déclaré.

Les déclarations de M. Åkesson ont suscité un certain émoi dans l’opposition suédoise.

« Je ne suis pas surprise. Comme de nombreux partis populistes d’extrême droite à travers l’UE, les Démocrates de Suède n’ont aucun intérêt à trouver des solutions communes au moyen d’une collaboration démocratique au sein de l’UE », a confié l’eurodéputée écologiste et suédoise Alice Kuhnke à EURACTIV, critiquant le Premier ministre Ulf Kristersson dans la foulée.

« [Ces propos] ne mettent pas seulement M. Kristersson dans une position délicate, ils sapent la légitimité de son gouvernement et de la présidence suédoise du Conseil », a-t-elle déclaré.

Elle regrette en particulier que le gouvernement de M. Kristersson « collabore activement avec ceux qui sapent ces mêmes valeurs et s’appuie sur ces personnes », alors que la défense de la démocratie et de l’État de droit constitue l’une des principales priorités de la présidence suédoise.

L’eurodéputée centriste (Renew) et suédoise, Abir Al-Sahlani, a également exprimé ses préoccupations.

« Jimmie Åkesson et son parti n’hésitent pas à mentir à propos de l’UE pour agiter leur base électorale et il est clair depuis un moment qu’ils ont l’intention de faire en sorte que les élections européennes de l’année prochaine portent sur la sortie de la Suède de l’UE ou sur son maintien dans l’Union », a-t-elle expliqué à EURACTIV.

« Nous avons encore quelques mois devant nous et nous espérons que le gouvernement sera très clair sur le fait qu’il ne peut pas faire l’objet de chantage pour bloquer quoi que ce soit que les Démocrates de Suède n’aiment pas », a-t-elle précisé.

Mme Al-Sahlani a également rappelé que les Démocrates de Suède ont récemment menacé de se retirer de l’accord de coalition qui soutient le gouvernement au pouvoir sur le pacte européen sur la migration et l’asile, récemment voté par le Parlement européen.

Au sein du gouvernement également, des voix se sont élevées : le ministre suédois de l’Emploi et chef du parti libéral, Johan Pehrson, a vivement réagi aux déclarations de M. Åkesson.

« Il est tout à fait hors de question que nous reconsidérions notre adhésion à l’UE », a écrit M. Pehrson sur Twitter, ajoutant qu’il était difficile de comprendre que quelqu’un « puisse même y penser » après le Brexit.

La Suède occupe actuellement la présidence du Conseil de l’UE et la cédera à l’Espagne le 31 juin.