En République tchèque, l’euroscepticisme domine le débat public à l’approche des élections européennes

Le parti populiste ANO de l’ancien Premier ministre Andrej Babiš devrait remporter les élections européennes en République tchèque, alors que le débat public en amont du scrutin est dominé par son programme eurosceptique.

EURACTIV République tchèque
This article is part of our special report "Tour d’horizon des capitales à l’approche des élections européennes"
Last candidates debate ahead of Czech presidential elections
L’ancien Premier ministre Andrej Babiš. [[EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]]

Selon les sondages, le parti populiste ANO (Renew Europe) de l’ancien Premier ministre Andrej Babiš devrait remporter les élections européennes en République tchèque, alors que le débat public en amont du scrutin est dominé par son programme eurosceptique, qui cible notamment le pacte migratoire et le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).

Les sondages d’opinion ont longtemps été dominés par le parti ANO, la principale force d’opposition sur la scène politique tchèque aujourd’hui.

Selon de récents sondages, le parti pourrait obtenir jusqu’à sept sièges au Parlement européen sous la prochaine législature (2024-2029) grâce à sa base électorale solide atteignant 25 %.

Juste derrière, on retrouve la coalition Ensemble (Spolu), composée de trois des partis au pouvoir — le Parti démocratique civique (ODS, Conservateurs et Réformistes européens/CRE), le parti TOP 09 (Parti populaire européen/PPE) et l’Union chrétienne-démocrate-Parti populaire tchécoslovaque (KDU-ČSL, PPE). Les sondages suggèrent que la coalition pourrait recueillir environ 20 % des voix, ce qui correspondrait à cinq sièges au Parlement européen.

Cette coalition est considérée comme le principal adversaire d’ANO, car elle met l’accent sur un programme de centre droit qui séduit une grande partie de l’électorat du pays.

Les partis libéraux tels que les Maires et Indépendants (non affiliés) et le Parti pirate (Verts/ALE) devraient quant à eux remporter deux ou trois sièges chacun.

La coalition d’extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD, Identé et Démocratie/ID) et Trikolora (non affilié), connue pour sa position résolument anti-immigration, pourrait également obtenir environ trois sièges.

En outre, la coalition d’extrême gauche Stačilo ! (La Gauche, GUE/NGL) est créditée de 7,1 %, ce qui lui permettrait probablement d’obtenir un siège dans l’hémicycle européen.

Les projections d’Europe Elects, partenaire d’Euractiv, brossent un tableau similaire, situant le parti ANO à 27 %, suivi de la coalition Ensemble avec 21 %.

Affaiblir le pacte migratoire et le Green Deal

Le débat politique en République tchèque est dominé par le discours du parti d’opposition ANO, dont la campagne s’articule autour de trois thèmes principaux.

Le premier est la protection de la souveraineté tchèque, qui passe par le maintien du droit de veto au Conseil en matière de politique étrangère et de sécurité.

Le second est l’affaiblissement du Green Deal, une position partagée par d’autres partis politiques tchèques, en particulier les coalitions Ensemble et Liberté et Démocratie directe, cette dernière préconisant un abandon pur et simple du Green Deal dans son programme électoral.

Avec l’approbation récente du Pacte sur la migration et l’asile au niveau de l’UE, la lutte contre l’immigration illégale est devenue une priorité. Cependant, le parti ANO affirme que ce pacte conduira à « une migration incontrôlée, une augmentation de la criminalité et une désintégration de la société ».

Les partis au pouvoir (coalition Ensemble, Parti pirate, Maires et Indépendants) ne s’opposent pour leur part pas au pacte, mais ils demandent des mesures supplémentaires pour freiner les arrivées illégales, comme l’externalisation des procédures d’immigration par exemple.

Les débats autour du Green Deal et de l’immigration ont suscité un conflit important entre le gouvernement et les partis d’opposition, l’opposition accusant le gouvernement d’approuver la législation européenne en matière d’écologie et d’immigration, mettant en danger la sécurité et la stabilité de la République tchèque.

Sur d’autres sujets, tous les partis politiques tchèques ayant une chance de remporter des sièges au Parlement européen prônent la réduction de la charge administrative au niveau de l’UE et l’allègement de la charge règlementaire.

ANO, un allié important pour Renew

Les sondages indiquent que le parti ANO, dont l’affiliation au Parlement européen pour la prochaine législature reste incertaine à ce stade, remportera probablement le plus grand nombre de sièges du pays.

Actuellement, ANO fait partie de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) et du groupe Renew Europe au sein de l’hémicycle européen, mais la rhétorique de ses dirigeants est plus proche du Fidesz hongrois et d’autres groupes populistes d’extrême droite.

Bien que l’actuelle tête de liste d’ANO, Klára Dostálová, affirme que le parti reste libéral, l’appartenance d’ANO suscite des inquiétudes au sein de l’ADLE et de Renew.

Néanmoins, la délégation du parti au Parlement européen est considérée comme importante, ce qui rend peu probable que Renew cherche se séparer de ses eurodéputés.

Selon les projections, le groupe CRE aspire à prendre la place actuellement occupée par Renew en tant que troisième groupe du Parlement européen, et les analystes suggèrent que Renew tentera de former une majorité pro-UE après les élections avec le PPE de centre droit et le Socialistes et Démocrates (S&D).

La perspective de rejoindre le groupe libéral intéresse également le parti des Maires et Indépendant, bien qu’il soit réticent à partager la même famille politique que le parti ANO.

Du côté droit de l’échiquier politique, le parti tchèque au pouvoir, l’ODS, peut jouer un rôle important, étant l’un des partis fondateurs de du groupe CRE. Cependant, la direction actuelle de l’ODS est plus proche du PPE.

L’ODS défend une position plus centriste et plaide depuis longtemps en faveur d’une plus grande coopération entre le groupe CRE et le PPE au niveau européen, à l’image de leur collaboration au niveau national.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]