En République tchèque, les quotas d’émissions de carbone de l’UE s’invitent dans la campagne électorale
À un mois des élections législatives, la question d’une nouvelle taxe européenne sur les carburants automobiles et les combustibles de chauffage est devenue un enjeu central de la campagne électorale en République tchèque.
Dans le cadre du nouveau système d’échange de quotas d’émission (SEQE 2), les fournisseurs de gaz naturel, d’autres combustibles de chauffage, d’essence et de diesel devront acheter des permis pour chaque tonne de CO2 émise lors de leur combustion. L’idée est de réduire les émissions en encourageant le passage à des alternatives plus propres, telles que les pompes à chaleur et les véhicules électriques.
L’importance croissante de cette question dans la campagne électorale tchèque est devenue évidente mercredi, lorsque les ministres du gouvernement sont sortis d’une réunion du cabinet et ont profité de la conférence de presse pour souligner la résistance de la République tchèque au SEQE 2 et à d’autres initiatives européennes en matière de climat.
« Nous pensons qu’il serait préférable d’abolir le système, mais nous n’avons pas encore le soutien nécessaire pour cela, nous recherchons des alliés », a déclaré le Premier ministre conservateur tchèque Petr Fiala.
Son principal adversaire, le populiste Andrej Babiš, en tête dans les sondages, a lui aussi fait du SEQE 2 une priorité de sa campagne et s’est engagé à bloquer sa mise en œuvre en République tchèque et à rechercher des alliés à Bruxelles pour renégocier le texte.
« Si les électeurs nous choisissent, dès la première réunion du gouvernement, nous adopterons une position défavorable aux nouveaux quotas d’émission », a-t-il assuré mardi 16 septembre au site d’information Echo24. « Nous enverrons immédiatement des lettres au Conseil européen et à la Commission. »
En tête des sondages avec plus de 30 % des intentions de vote, l’ancien Premier ministre de droite a déclaré qu’il effectuerait son premier voyage à l’étranger en Pologne, un pays opposé au SEQE 2.
Andrej Babiš et d’autres responsables politiques ont cité des études, contestées par certains, selon lesquelles les ménages tchèques pourraient voir leurs factures de carburant augmenter de 3 300 euros par an.
Plus à droite que le parti ANO d’Anrej Babiš, le parti nationaliste Liberté et démocratie directe (SPD) de Tomio Okamura a également promis d’utiliser « tous les moyens légaux » pour rejeter le SEQE 2.
Le gouvernement favorable à un plafonnement des prix
Bien que conscient des sanctions financières potentielles si Prague refusait de mettre en œuvre la législation européenne — sans parler du manque à gagner, les gouvernements devant utiliser une parti des recettes du SEQE pour protéger les citoyens vulnérables contre la hausse des factures —, le gouvernement de Petr Fiala affirme qu’il ne mettra pas en œuvre le système tant que des mesures de protection n’auront pas été mises en place pour éviter les flambées des prix des quotas d’émission.
En juin, le ministre de l’Environnement, Petr Hladík, a présenté un document officieux, soutenu par 19 États membres, demandant un plafonnement à 45 euros du prix d’un quota d’émission d’une tonne. Ce prix ajouterait environ 0,10 euro au coût d’un litre de carburant.
« Nous faisons pression sur la Commission européenne pour qu’elle présente dès que possible une proposition de révision du SEQE », a expliqué Petr Hladík mercredi, les modifications devant être adoptées « idéalement d’ici la fin de l’année ».
L’accord politique qui a donné naissance au SEQE 2 a été finalisé alors que la République tchèque assurait la présidence tournante du Conseil de l’UE. Mais cet héritage se heurte aujourd’hui à une campagne électorale dans laquelle presque tous les grands partis promettent soit de supprimer le système, soit au moins de pousser Bruxelles à renforcer les mesures de protection.
Même le Parti pirate tchèque, qui siège avec les Verts au Parlement européen, soutient un plafond de 45 euros, mais souligne qu’une partie des recettes du SEQE 2 est versée à un Fonds social pour le climat que les gouvernements peuvent utiliser pour aider les ménages les plus pauvres.
Alors que les dirigeants des partis s’engagent à ne pas mettre en œuvre le nouveau système, les autorités tchèques élaborant actuellement les plans sociaux pour le climat requis qui définissent la manière dont l’argent sera utilisé.
(asg)