En République tchèque, 41 % des citoyens craignent une ingérence de l’UE dans les élections législatives

Selon un récent sondage, 41 % des citoyens tchèques redoutent une ingérence de l’UE dans les élections législatives d’octobre, malgré les assurances du gouvernement qui qualifie ces soupçons d’« infondés ».

EURACTIV République tchèque
[EPA/MARTIN DIVISEK]

Le sondage, mené par l’Observatoire des médias numériques d’Europe centrale (CEDMO), révèle que 41 % des Tchèques jugent probable une interférence de l’UE dans le scrutin, un chiffre à peine inférieur à celui concernant la Russie (42 %).

Ces résultats font écho à l’euroscepticisme très présent dans le pays, où seuls 29 % des citoyens ont une opinion positive de l’UE, bien en dessous de la moyenne de 43 % pour l’ensemble de l’Union, tandis que 27 % ont une opinion négative et 44 % sont neutres, selon un sondage Eurobaromètre réalisé au printemps.

Les conclusions du sondage du CEDMO suggèrent que la perception d’une ingérence de l’UE reflète une méfiance de longue date plutôt que des développements récents. « Les personnes interrogées qui considèrent l’ingérence de l’UE comme probable ont majoritairement soutenu les partis eurosceptiques lors des élections précédentes », explique l’institut.

Le ministre tchèque des Affaires européennes, Martin Dvořák, a rejeté les allégations d’ingérence de Bruxelles, les qualifiant d’« infondées » et motivées par les « ennemis de la démocratie ».

« L’UE n’a ni intérêt ni les moyens d’influencer les élections dans ses États membres », a-t-il assuré à Euractiv.

Cependant, la désinformation continue de circuler sur les réseaux sociaux comme Facebook, ainsi que sur des messageries chiffrées telles que WhatsApp et Telegram, souvent alimentée par des figures politiques locales, avertit Ivan Ruta Cuker, chercheur au CEDMO.

Parmi les fausses informations, on trouve notamment l’affirmation selon laquelle l’UE prévoit d’introduire un registre obligatoire des avoirs ou pourrait invalider les résultats des élections nationales. Une précédente étude du CEDMO a révélé qu’un quart des Tchèques prenaient au sérieux cette dernière rumeur.

Le gouvernement prend des mesures

Pour répondre à ces préoccupations croissantes, le ministère tchèque de l’Intérieur a mis en place un groupe de travail sur la cybersécurité chargé de surveiller le processus électoral. Cette unité surveillera les journaux système, testera les défenses contre les attaques DDoS et préparera des contre-mesures techniques et organisationnelles.

La porte-parole du ministère, Hana Malá, a averti que les tactiques de désinformation observées en Roumanie et en Allemagne, telles que la réactivation de comptes « dormants », l’amplification de contenus par des robots et les messages diffusés par des micro-influenceurs, pourraient également apparaître en Tchéquie.

« On peut supposer que des schémas d’influence similaires pourraient être présents dans l’espace informationnel tchèque », a déclaré Mme Malá à Euractiv Czechia.

Le ministère lancera également prochainement une campagne de sensibilisation des électeurs afin d’expliquer les mesures de sécurité électorale et les nouvelles procédures, notamment l’identification numérique et le vote par correspondance.

Les pays voisins ont récemment manifesté une méfiance similaire à l’égard de Bruxelles.

En Slovaquie, 46 % des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête CEDMO ont déclaré que l’UE représentait le plus grand risque d’ingérence électorale, devant les États-Unis (39 %) et la Russie (38 %). En Pologne, 47 % des personnes interrogées considèrent toujours la Russie comme la plus grande menace, mais 39 % pensent que l’UE est également susceptible d’intervenir, soit plus que celles qui soupçonnent les États-Unis (35 %).

[Édité par Anne-Sophie Gayet]