En représailles des initiatives diplomatiques d’Orbán, la Commission boycotte certaines réunions du Conseil
Pour protester contre les initiatives diplomatiques unilatérales du Premier ministre hongrois sur l’Ukraine, la Commission a demandé aux commissaires de ne pas assister aux réunions informelles de la présidence hongroise du Conseil.
Pour protester contre les initiatives diplomatiques unilatérales du Premier ministre hongrois Viktor Orbán sur l’Ukraine, la Commission européenne a demandé à ses commissaires de ne pas assister aux réunions ministérielles informelles organisées par la présidence hongroise du Conseil de l’UE, a confirmé un porte-parole de l’exécutif européen lundi (15 juillet).
« À la lumière des récents développements marquant le début de la présidence hongroise, la présidente [Ursula von der Leyen] a décidé que la Commission européenne serait représentée uniquement au niveau des hauts fonctionnaires lors des réunions informelles du Conseil », a annoncé Eric Mamer, porte-parole de la Commission européenne, sur X.
Les réunions officielles, qui se déroulent normalement à Bruxelles et à Luxembourg, ne seront pas affectées car leur organisation ne dépend pas de la présidence tournante. En revanche, la traditionnelle visite du collège des commissaires dans le pays qui assure la présidence sera annulée, a indiqué Eric Mamer.
L’annonce de la décision d’Ursula von der Leyen intervient quelques jours avant le vote, jeudi (18 juillet), sur sa reconduction à la tête de la Commission par les eurodéputés au Parlement européen, où Viktor Orbán a récemment créé un nouveau groupe d’extrême droite, les Patriotes pour l’Europe, comptant 84 eurodéputés. Le groupe est ainsi devenu le troisième plus grand groupe au Parlement, derrière le Parti populaire européen (PPE) de centre droit et les Socialistes et Démocrates (S&D).
Pour rappel, afin d’être reconduite, Ursula von der Leyen doit dégager une majorité d’au moins 361 eurodéputés sur les 720 que compte l’hémicycle.
Des initiatives diplomatiques qui irritent
La Hongrie a pris la présidence tournante du Conseil de l’UE le 1er juillet. Peu après, le Premier ministre hongrois s’est rendu en Ukraine, en Russie et en Chine dans le cadre d’une « mission de paix ».
Ces initiatives étaient toutefois prises unilatéralement, ce qui a valu à la Hongrie de vives critiques de la part des États membres de l’UE, car Budapest n’a pas explicitement précisé si les visites dans les trois pays avaient été effectuées dans le cadre national ou de la présidence de l’UE et a utilisé les logos de la présidence dans ses communications sur les voyages.
Le service juridique du Conseil a indiqué la semaine dernière aux envoyés de l’UE que les actions de Budapest pourraient constituer une violation des traités de l’Union.
Le boycott de certaines réunions par les commissaires fait également suite à la décision de la Suède, de la Finlande, de la Pologne et de l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie de ne pas participer aux réunions informelles pendant la présidence hongroise.
Toutefois, au-delà des simples déclarations, les États membres n’ont pas proposé d’options concrètes pour endiguer les actions de Budapest.
La seule réponse apportée jusqu’à présent a consisté pour les États membres de l’UE à réduire leur représentation ministérielle à certaines des réunions informelles qui ont eu lieu la semaine dernière.
Lors d’une réunion sur la politique industrielle organisée à Budapest, seuls sept ministres se sont présentés et aucun commissaire européen n’y a assisté.
Pas de réunions en Hongrie
Alors que la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE, présidée par le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell, est la seule à ne pas être chapeautée par la Hongrie, il a tout de même été envisagé de prendre des mesures concernant cette rencontre, d’après plusieurs diplomates de l’UE.
Prévue pour les 28 et 29 août, la réunion informelle, qui devrait avoir lieu en Hongrie, pourrait éventuellement être transformée en réunion formelle et déplacée à Bruxelles, afin d’éviter aux ministres d’avoir à se rendre à Budapest, ont-ils expliqué.
Si ce projet a été évoqué de manière informelle par plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, les diplomates de l’UE estiment qu’il est peut-être trop tôt pour prendre une mesure aussi radicale.
Une mesure aussi « radicale », qui devrait être discutée par les ambassadeurs de l’UE mercredi (17 juillet), nécessiterait cependant le soutien unanime des États membres.
Réagissant à l’annonce, le ministre hongrois des Affaires européennes, János Bóka, a déclaré que Budapest restait « engagé dans une coopération sincère » avec les institutions et les États membres de l’Union.
La Commission européenne « ne peut pas choisir les institutions [et les États membres] avec lesquels elle souhaite coopérer », a fustigé M. Bóka.
« Toutes les décisions de la Commission sont-elles désormais basées sur des considérations politiques ? », s’est-il interrogé.
Les visites surprises de Viktor Orbán en Chine et en Russie sous le feu des critiques
Après une réunion des ambassadeurs de l’UE, qui représentent les États membres, mercredi (10 juillet)…
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[Édité par Anna Martino]