En Lituanie, le manque de participation aux élections européennes pourrait faire pencher la balance à droite
La faible participation attendue aux élections européennes en Lituanie pourrait bien entraîner des résultats surprenants, contredisant les derniers sondages qui attribuent la victoire au Parti social-démocrate lituanien, et favorisant à la place le parti au pouvoir, le TS-LKD de centre-droit.
La faible participation attendue aux élections européennes du 9 juin en Lituanie pourrait bien conduire à des résultats surprenants, contredisant les derniers sondages qui attribuent la victoire au Parti social-démocrate lituanien (LSDP, Socialistes et Démocrates européens/S&D. En effet, ce faible taux de participation pourrait favoriser le parti au pouvoir, l’Union de la patrie-Chrétiens-démocrates lituaniens (TS-LKD, Parti populaire européen/PPE) de centre droit.
Selon les sondages d’Europe Elects, le LSDP de centre gauche est actuellement en tête avec 27 % et devrait gagner un siège en plus de ses deux sièges actuels.
Cependant, le taux de participation des électeurs au scrutin au cours duquel les Lituaniens choisiront leurs 11 prochains eurodéputés aura un impact significatif sur le résultat final. C’est ce qu’a expliqué Ramūnas Vilpišauskas, professeur à l’Institut des relations internationales et des sciences politiques de l’Université de Vilnius, à Euractiv.
« Si peu de gens se donnent la peine de venir, alors cela pourrait être profitable au parti conservateur, à l’Union de la patrie — Chrétiens-démocrates, […] parce que la plupart des politologues s’accordent à dire que ce parti a la base la plus stable d’électeurs, qui viennent voter quelle que soit la météo », a indiqué M. Vilpišauskas.
Le groupe de centre-droit TS-LKD, premier parti de la coalition au pouvoir, est actuellement en deuxième position dans les sondages avec 14 %, et devrait perdre un des trois sièges dont il dispose actuellement au sein de l’hémicycle européen.
Pour les écologistes, les perspectives sont plutôt réjouissantes : les nouveaux venus de l’Union des démocrates « Pour la Lituanie » (DSVL, Verts/ALE), devraient obtenir deux sièges au Parlement européen, alors que l’Union lituanienne agraire et des verts (LVŽS, Verts/ALE) devrait conserver son unique siège au Parlement européen.
Parallèlement à cela, le parti libéral Mouvement libéral (LS, Renew Europe), le Parti des régions lituaniennes (LRP, S&D) et le Parti du travail (DP, non-inscrit) devraient chacun obtenir un siège.
Lassitude des électeurs
Après les deux tours de l’élection présidentielle en mai et des élections législatives prévues en octobre, les élections européennes semblent être une élection de plus dans une année déjà bien remplie pour les Lituaniens.
« Les élections présidentielles sont les plus populaires. Il y a cinq ans, [les deux scrutins] avaient lieu le même jour et le taux de participation aux élections présidentielles était d’environ 52 %, et donc le taux de participation pour les élections européennes était le même », souligne M. Vilpišauskas.
Or, cette année, les élections européennes sont organisées séparément. La dernière fois que ces élections ont été organisées séparément, c’était en 2009, et un peu moins de 21 % des Lituaniens ayant le droit de vote s’étaient alors rendus aux urnes. Cela avait constitué l’un des taux de participation les plus faibles de l’Union européenne, à l’époque.
« Comme nous venons d’avoir deux tours d’élections présidentielles, je pense que moins de gens prendront la peine de venir voter le 9 juin. Le taux de participation pourrait même être inférieur à 30 % », prévoit l’expert.
Peu de débats
En plus du nombre important de scrutins prévus cette année, un autre facteur qui risque de miner la participation aux élections européennes est le manque de visibilité de la campagne. En effet, mis à part les débats organisés par la chaîne publique LRT, très peu de discussions ont lieu sur le sujet dans le pays.
Selon M. Vilpišauskas, les partis se concentrent davantage sur les élections législatives d’octobre et voient plutôt les Européennes comme « une opportunité pour les partis de se montrer et d’espérer que les électeurs se souviendront d’eux à l’automne ».
Par ailleurs, si les questions de sécurité et de défense sont actuellement les plus importantes pour les Lituaniens (60 % des personnes interrogées les citent comme les plus importantes, selon un récent sondage Eurobaromètre), M. Vilpišauskas pense qu’il est peu probable qu’elles soient décisives, car les positions des partis sur ces questions sont très similaires.
« La plupart des partis — qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, du moins la plupart des partis représentés au Parlement — ont des points de vue très similaires sur la géopolitique. [Ces questions] ne sont pas quelque chose qui les différencie vraiment […] Je ne suis pas sûr que ce sera un sujet de division », a déclaré l’expert.
Une autre enquête Eurobaromètre révélait que les Lituaniens sont parmi les membres les plus enthousiastes de l’UE, ce qui, selon M. Vilpišauskas, pourrait être une autre raison expliquant le peu de débats sur les élections européennes.
« Si les gens sont satisfaits de l’UE, ils ne prennent pas la peine de débattre », a conclu l’expert.
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[Édité par Anna Martino]