En Italie, la gauche à la peine pour rattraper Giorgia Meloni

Des centaines de milliers de personnes critiques du gouvernement de Giorgia Meloni ont manifesté en juin à Rome, pour la Palestine et la marche des fiertés. Mais la gauche, divisée et en crise, n’apparaît pas comme une alternative crédible pour la majorité des Italiens.

EURACTIV France avec AFP
[Getty Images/Antonio Masiello]

Giorgia Meloni reste la cheffe de parti la plus populaire du pays, selon une enquête Ipsos du 28 juin, et sa formation d’extrême droite, Fratelli d’Italia, est donnée à 29 % selon un sondage YouTrend du 10 juillet.

C’est plus que le score qui l’a portée au pouvoir il y a près de trois ans, une longévité inhabituelle en Italie.

Loin derrière, les principaux partis d’opposition, le Partito Democratico (PD, centre-gauche) et le Movimento 5 Stelle (M5S), recueillent respectivement 22 % et 13 % des intentions de vote.

Si la péninsule a longtemps hébergé le plus puissant parti communiste d’Europe, aujourd’hui « la gauche a coupé ses liens historiques avec les classes populaires », explique Paolo Borioni, professeur en sciences politiques à l’université La Sapienza de Rome.

Un phénomène répandu en Europe, où les partis traditionnels de gauche ont été dépassés par l’extrême droite, ou par des partis de gauche plus radicaux.

Le PD a adopté des mesures de libéralisation du marché du travail et d’austérité lorsqu’il était au pouvoir, entraînant une hémorragie de plus de 3 millions d’électeurs depuis sa dernière victoire en 2013.

Après la débâcle de 2022, le PD a élu à sa tête Elly Schlein, plus à gauche, défendant par exemple un salaire minimum — inexistant en Italie — et l’augmentation des dépenses dans l’éducation et la santé.

Des propositions en ligne avec les priorités des Italiens, davantage préoccupés par le pouvoir d’achat que par l’immigration, d’après une enquête du parlement européen publiée en mars.

« Manque de courage »

Quant à l’autre force d’opposition, le M5S, il avait triomphé en 2018 en promettant de renvoyer « à la maison » toute l’élite politique, mais une fois au pouvoir il s’est allié avec ses ennemis déclarés.

Aujourd’hui, le M5S défend des mesures sociales, comme le salaire minimum et un revenu de base pour les plus pauvres.

« Meloni, comme toutes les droites, prétend défendre le peuple, mais elle défend seulement les grands fonds de spéculation, les grandes banques, les grandes assurances », a affirmé à l’AFP Riccardo Ricciardi, président du groupe M5S à la Chambre des députés.

Le mouvement s’oppose à l’envoi d’armes en Ukraine et à l’augmentation des dépenses militaires, « une thématique qui met en difficulté Giorgia Meloni » alors que la paix est un sujet « très fort » dans le pays, explique Marc Lazar, professeur spécialiste de l’Italie à Sciences-Po Paris et à l’université Luiss de Rome.

Plusieurs eurodéputés du PD ont au contraire voté en faveur du plan de réarmement européen ReArm Europe, sur lequel le parti est divisé.

Le PD « manque de courage », regrette Arianna D’Archivio, étudiante à Rome de 23 ans, interrogée par l’AFP lors d’une manifestation pour la paix en juin, estimant que « ne pas s’exprimer immédiatement sur ce qui s’est passé en Palestine a été une grosse erreur ».

En outre, le PD et le M5S payent encore le fait qu’ils « ont été au pouvoir et ont déçu » leurs électeurs, observe Marc Lazar.

Pour Dario Salvetti, ouvrier dans le secteur automobile, la gauche est « brisée » et « déconnectée des masses » dans un pays où les salaires ont régressé depuis 20 ans, et où une personne sur dix vit sous le seuil de pauvreté.

« Déconnectés »

Le PD et le M5S ont scellé, malgré leurs différends, des alliances locales, ce qui leur a permis de remporter les régions d’Émilie-Romagne et d’Ombrie en 2024, puis la ville de Gênes (nord) en mai.

Elly Schlein, interrogée par l’AFP, se veut optimiste : « Nous laissons volontiers les sondages à la droite de Meloni, mais nous, de notre côté, gagnons les élections ».

Environ un électeur sur deux s’est abstenu aux Européennes et aux régionales, montrant qu’une grande partie des Italiens n’est séduite par aucun parti.

Contrairement aux apparences, il n’y a « pas de virage à droite de la population en Italie », souligne Paolo Borioni, c’est surtout la gauche « en crise » qui a perdu des électeurs optant finalement pour l’abstention.

Néanmoins, indépendamment des partis, les mobilisations existent au niveau local, note Francesca Ciuffi, 27 ans, responsable syndicale à l’origine de plusieurs grèves dans le secteur textile, où les ouvriers peuvent travailler jusqu’à « 84 heures par semaine pour 3 euros de l’heure ».

« Les partis de gauche ont abandonné leur rôle […] à savoir se mettre à la disposition de ceux qui veulent améliorer leurs propres conditions », déplore-t-elle.