En Europe, l’extrême droite progresse, mais les idéologies diffèrent

Les bons résultats de Marine Le Pen au premier tour des cantonales renvoient à la montée de l’extrême droite en Europe et aux stratégies de ces partis.

EURACTIV.fr
7439b5bce6c8d309400628d06a639968.jpg
7439b5bce6c8d309400628d06a639968.jpg

Les bons résultats de Marine Le Pen au premier tour des cantonales renvoient à la montée de l’extrême droite en Europe et aux stratégies de ces partis.

15, 06%. C’est le score du Front national (FN) au premier tour des élections cantonales. Plus qu’aux élections européennes de 2009 (6,3%). Mais moins que les 17% annoncés par le sondage de l’institut BVA, début mars, pour les présidentielles de 2012.

Les résultats du FN en France ouvrent une nouvelle fois la voie aux réflexions sur la montée de l’extrême droite en Europe. La Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne ou encore la Hongrie connaissent le même phénomène.

Une situation commune qui comprend néanmoins différentes réalités.

Des fondements différents

 « Il n’existe pas d’explication unique en ce qui concerne la montée de l’extrême droite sur plan européen », explique Jean-Yves Camus, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’extrême droite. Le partage de certaines idéologies ne renvoie pas aux mêmes réalités sociales et économiques.

En France, le Front national s’appuie idéologiquement sur une critique du multiculturalisme et de l’immigration. « Le parti rallie un certain de nombre de victimes du déclassement social de ces dernières années, et s’ancre dans une opposition sourde vis-à-vis de la droite et de la gauche », explique Jean-Yves Camus.

En Belgique, le parti d’extrême droite flamand le Vlaams Belang est fondé sur une idéologie similaire. Mais la réalité sociale de cette région belge est loin d’être la même qu’en France. « La Flandre nous montre que les partis d’extrémistes peuvent rassembler des voix dans des situations économiques prospères », commente le politologue.  

De même il serait faux de penser que l’extrême droite en Europe forme une seule et même « famille ».

http://maps.google.fr/maps/ms?ie=UTF8&hl=fr&msa=0&msid=204689013606589288454.00049f10e0fa6dea3dee2&ll=51.234407,9.580078&spn=22.082074,69.345703&z=4&output=embed

Afficher La montée de l’extrême droite en Europe’ sur une carte plus grande

Pas d’alliance

 D’autres idéologies en Europe centrale et occidentale,  où ces partis expriment une revendication identitaire : celle d’une majorité ethnique qui cherche à dominer une minorité présente dans le pays. Cette conception s’accompagne également souvent d’exigences territoriales.

C’est le cas par exemple en Roumanie. Le chef du parti Ultra nationaliste roumain Vadim Tudor est sorti renforcé du scrutin européen en 2009, avec 8,65% des voix. Le leader est entre autre connu pour son discours anti-rom et anti hongrois, et son souhait de recréer la « Grande Roumanie ».

Ces disparités entre des extrêmes s’expliquent aussi par le fait, « qu »il n’est pas dans leur logique s’allier », explique Jean-Yves Camus.

Au cours de son voyage à Lampedusa (Italie), le 15 Mars, Marine Le pen  s’est certes déclarée proche des idées de la Ligue du nord italienne de Mario Borghezio. Mais le politoliogue observe que la chef de file du Front national dénoue peu à peu tous les contacts internationaux tissés précédemment par son père.

Les alliances avec des petits mouvements isolés d’extrême droite en Europe n’apportent pas d’électeurs à l’échelle nationale. Or c’est bien une victoire sur ce terrain qui intéresse la chef du FN.

« Course de fond »

Depuis le début des années 80 ces partis mènent un travail d’opposition constant. C’est « une course de fond« , selon Jean-Yves Camus.

La défaite des sociaux démocrates autrichiens lors des élections législatives de 2010 en est une illustration. Le parti d’extrême droite FPO de Heinz-Christian Strache grappille des voix élection après élection. Et il a finalement obtenu un score de 27% au dernier scrutin municipal de Vienne en 2010. Une progression de 10 points par rapport à 2008. 

En France les scores du FN reflétent également cette progression au coup par coup. Lors de sa première élection présidentielle en 1974, Jean-Marie Le Pen obtient moins de 1% des suffrages. Puis 14, 3% en 1988, et 15,1% en 1995. La percée électorale la plus notable a eu lieu en 2002 où le parti a atteint un score de 16,8% qui l’a placé au second tour de l’élection présidentielle.