En Espagne, un front de la gauche unie voit le jour

Plus de 50 ans après la transition démocratique de la fin des années 1970, les partis de gauche espagnols sont enfin parvenus à former un front uni, dont l’objectif commun est de contrer la poussée de l’extrême droite.

EURACTIV avec EuroEFE
Madrid
Malgré le ton optimiste employé samedi (10 juin) par la ministre du Travail par intérim, également présidente de Sumar, Yolanda Díaz, la naissance de ce grand bloc de forces progressistes s’est avérée très complexe. [[EPA-EFE/Victor Lerena]]

Plus de 50 ans après la transition démocratique de la fin des années 1970, les partis de gauche espagnols sont enfin parvenus à former un front uni, dont l’objectif commun est de contrer la poussée de l’extrême droite.

Malgré le ton optimiste employé samedi (10 juin) par la ministre du Travail par intérim, également présidente de Sumar, Yolanda Díaz, la naissance de ce grand bloc de forces progressistes s’est avérée très complexe.

Vendredi (9 juin), quelques heures avant la date limite officielle, Sumar a enregistré la coalition de 15 partis, qui avait recueilli 2,2 millions de voix lors des dernières élections municipales et régionales, et obtenu 2,9 millions de votes lors des précédentes élections générales de 2019.

Forts de ces votes et en collaboration avec le Parti socialiste, la nouvelle coalition vise à empêcher l’émergence d’un gouvernement du Parti populaire (PP/PPE) et du parti d’extrême droite Vox (CRE), ce qui reste un défi de taille.

Lutte fratricide autour de la ministre controversée Irene Montero

Quelques instants avant la date limite officielle, les équipes de négociation de Mme Díaz et de la ministre des Droits sociaux par intérim et secrétaire générale de Podemos (La Gauche/GUE), Ione Belarra, se sont livrées une bataille acharnée : Podemos a exigé que le veto mis sur la ministre de l’Égalité par intérim Irene Montero, ancienne compagne du fondateur du parti également ancien ministre Pablo Iglesias, soit levé pour lui permettre de figurer sur les listes de Sumar.

Finalement, le veto n’a pas été levé. Il s’agit pour l’instant d’une victoire pour Mme Díaz, que Pablo Iglesias considérait il y a encore quelques années comme sa successeure naturelle au sein de Podemos.

Samedi, Mme Díaz s’est dite satisfaite de l’accord, qui a permis d’enregistrer la coalition électorale, et a remercié les partis qui la composent sans mentionner explicitement Podemos. « Nous allons gagner les élections », a souligné Mme Díaz.

« L’Espagne voulait que nous nous serrions la main. Nous allons montrer que la politique peut rompre avec le cynisme. C’est notre horizon, et nous n’allons pas échouer […] nous ne sommes pas venus pour susciter la peur, la panique ou raconter des histoires d’horreur et susciter la phasmophobie, mais tout le contraire », a-t-elle ajouté.

Samedi encore, Mme Belarra avait à nouveau exigé que Sumar lève son veto sur Mme Montero, car ne pas l’inclure — a-t-elle dit — « ne constitue pas seulement une décision injuste, mais aussi une erreur politique ».

En vue d’expliquer pourquoi Podemos a finalement accepté d’intégrer la grande coalition de gauche avec Sumar, Mme Belarra a envoyé une lettre aux militants de son parti.

Menaces envers Podemos : c’est maintenant ou jamais

Dans cette lettre, la ministre assure que l’équipe de négociation de Mme Díaz a informé Podemos du refus de lever le veto sur Mme Montero et de la décision « irrévocable » de maintenir la dernière offre envoyée. Selon Mme Belarra, Podemos a été « menacé » d’être exclu de la coalition si le parti n’acceptait pas les conditions de Sumar.

Cependant, Podemos n’a pas baissé les bras.

Mme Belarra, qui sera en cinquième position sur la liste de Sumar à Madrid, n’accepte pas le veto de Mme Montero, la ministre de l’Égalité qui « a porté les avancées féministes dans notre pays plus loin que quiconque auparavant », a-t-elle indiqué.

Face à la menace d’être exclu de la « grande coalition » des forces progressistes de gauche, Podemos a décidé d’accepter l’accord de manière hybride et très vague : le parti a signé le pacte, mais « sans accord », a expliqué Mme Belarra samedi.

Pour tenter de lever le veto, Mme Belarra a exhorté Mme Díaz à poursuivre les négociations jusqu’à la présentation officielle des listes électorales, dont la date limite est fixée au 19 juin.

Après l’accord conclu vendredi, les partis qui composent Sumar sont Podemos, Izquierda Unida, Catalogne en commun, Más Madrid, Más País, Compromís, Chunta Aragonesista, Més per Mallorca, Més per Menorca, Verdes Equo, Proyecto Drago, Alianza Verde, Batzarre, Izquierda Asturiana et Iniciativa del Pueblo Andaluz.