En Espagne, Pedro Sánchez exclut des élections anticipées et se félicite des bons indicateurs économiques
Le gouvernement espagnol n’a pas l’intention de convoquer des élections anticipées avant les élections générales de 2027, même si les séparatistes catalans retirent leur soutien à l’exécutif et que le budget national de 2025 n’est pas approuvé.
Le gouvernement espagnol n’a pas l’intention de convoquer des élections anticipées avant les élections générales de 2027. Et ce, même si les séparatistes catalans retirent leur soutien à l’exécutif et que le budget national de 2025 n’est pas approuvé, a déclaré le Premier ministre Pedro Sánchez (PSOE/S&D) dans une interview dimanche (16 juin).
L’Espagne « vit l’un de ses meilleurs moments. L’économie espagnole croît à près de 2,5 % du PIB et avec des taux d’emploi que nous n’avons pas vus depuis des décennies », a-t-il confié au média catalan La Vanguardia dans une interview exclusive publiée dimanche.
« Je n’envisage pas de convoquer des élections anticipées. C’est une question récurrente depuis 2018 (depuis son arrivée au pouvoir), et nous sommes toujours là », a-t-il poursuivi.
Tout en reconnaissant que la composition du parlement est plus complexe depuis le vote éclair du 23 juillet 2023, avec une forte présence des partis séparatistes catalans et basques, M. Sánchez s’est dit convaincu que la coalition progressiste du PSOE avec la plateforme de gauche Sumar (qui dispose de 31 sièges sur les 350 que compte le parlement), sera suffisamment forte pour tenir jusqu’à la fin du mandat.
« Le gouvernement de coalition progressiste est le seul capable de gérer cette complexité [du parlement] dans l’intérêt de la majorité. Et c’est ce que nous allons faire au cours des trois prochaines années », a souligné M. Sánchez.
La stabilité du gouvernement dépend directement du soutien des deux principaux partis séparatistes catalans : le parti de droite Ensemble pour la Catalogne (JxCat), dirigé par l’ancien président catalan Carles Puigdemont, et son rival de gauche, la Gauche républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya, ERC), qui disposent chacun de sept sièges au parlement espagnol.
Une épée de Damoclès pour les séparatistes
En échange du soutien parlementaire crucial des partis séparatistes catalans, qui devrait en théorie couvrir l’ensemble de son mandat, y compris lors de l’approbation du budget national, M. Sánchez a dû faire de généreuses concessions. Par exemple, garantir l’adoption de la loi d’amnistie controversée visant à gracier des centaines de militants séparatistes responsables d’actions illégales entre 2011 et 2023, notamment la grave tentative de sécession de la Catalogne en 2017.
Cependant, la loi controversée officiellement entrée en vigueur la semaine dernière, pourrait rencontrer de nombreux obstacles. Certains juges, idéologiquement proches de la droite et de l’extrême droite, ont déclaré qu’ils refuseraient de l’appliquer dans certains cas. Ces choix pourraient affecter, entre autres, Carles Puigdemont, qui espère revenir bientôt en Espagne depuis le sud de la France, où il vit actuellement dans un exil auto-imposé.
Depuis que le PSOE a signé des accords politiques avec M. Puigdemont (et l’ERC) en novembre 2023 pour soutenir un gouvernement dirigé par Pedro Sánchez, l’« épée de Damoclès » a toujours plané sur le Premier ministre espagnol. À plusieurs reprises, l’ancien président catalan a menacé de retirer son soutien parlementaire si la loi d’amnistie était finalement bloquée.
Malgré les menaces qui pèsent sur la stabilité du gouvernement, M. Sánchez s’est montré optimiste quant à l’avenir et à la « bonne santé » de l’exécutif progressiste, reflétant ainsi son esprit de « résilience » politique.
« Nous serons plus proches des 2,5 % (croissance du PIB en 2024) que des 2 % initialement prévus par le gouvernement, ce qui est une nouvelle extraordinaire. Et le déficit public sera inférieur à 3 % du PIB et à 2,5 % l’année prochaine. Les fondamentaux de l’économie espagnole sont donc très solides, et cela se reflétera dans les budgets », a-t-il déclaré.
Canulars et désinformation
Malgré ce message positif, outre les obstacles inattendus à la mise en œuvre rapide de la loi d’amnistie, la récente décision de la vice-première ministre et ministre du Travail, Yolanda Díaz, de quitter la direction de Sumar a ajouté un nouveau facteur de risque potentiel pour le gouvernement, au sein duquel la plateforme progressiste compte cinq ministres.
D’autre part, lors de l’interview, Pedro Sánchez a critiqué la « polarisation qui provient de la non-reconnaissance (par l’opposition de droite et l’extrême droite) du […] résultat des (élections générales anticipées) du 23 juillet et qui s’est déjà produite en 2018 avec la motion de censure (qui a renversé le gouvernement de l’ancien Premier ministre de droite Mariano Rajoy/PP) et également lors des élections de 2019 ».
« Il y a une machine à diffamer très efficace où le (Partido Popular/PPE, principale force d’opposition), le parti (d’extrême droite) VOX (troisième force), et désormais aussi Alvise Pérez jouent un rôle, avec des entités d’extrême droite qui portent plainte (contre l’épouse de M. Sánchez, Begoña Gómez) et de faux médias qui diffusent des canulars et de la désinformation », a déploré le Premier ministre espagnol.