En cas de victoire du RN, privatisation en vue pour l'audiovisuel public

Le Rassemblement national (RN) fait du découpage et de la vente de l'audiovisuel public l'une de ses priorités, même si les modalités de cette cession restent inconnues.

Euractiv France
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Dimanche (16 juin), le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, confirmait sur France 3, qu'une fois Premier ministre il aurait pour « ambition » de « privatiser l'audiovisuel public pour faire des économies », même si cela « ne se [ferait] pas en 24h ».

Le Rassemblement national (RN) fait du découpage et de la vente de l’audiovisuel public l’une de ses priorités, même si les modalités de cette cession restent inconnues.

Dimanche (16 juin), le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, confirmait sur France 3, qu’une fois Premier ministre il aurait pour « ambition » de « privatiser l’audiovisuel public pour faire des économies », même si cela « ne se [ferait] pas en 24h ».

Une mesure qui figurait déjà dans le programme de Marine le Pen lors de l’élection présidentielle de 2022, afin, expliquait-elle à l’époque, de « supprimer la redevance » et de « rendre immédiatement du pouvoir d’achat aux ménages, des plus modestes aux classes moyennes ».

La redevance a été supprimée à l’été 2022 par la majorité présidentielle et la privatisation de l’audiovisuel public devrait désormais permettre à l’État de gagner « trois milliards d’euros », soulignait Sébastien Chenu, vice-président du RN, le 10 juin dernier au micro de BFM TV.

« Les chiffres avancés par le RN n’ont aucun sens, aucun plan concret de privatisation n’a été présenté, ce sont des incantations à replacer dans le contexte des législatives », explique de son côté l’historien des médias Alexis Lévrier à Euractiv.

Une privatisation déjà contestée

Les modalités de cette privatisation ne sont pas détaillées dans les programmes du RN.

Damien Toumi, le candidat du parti d’extrême droite dans la Somme, explique qu’il faudrait « conserver [la radio] RFI et [la télévision] France 24, qui représentent la France à l’étranger, [la chaîne franco-allemande] Arte, France Info qui est une chaîne d’information, et [la radio locale] France bleue ».

« Si le RN arrive au pouvoir, le projet de privatisation sera rapidement abandonné », estime pourtant Alexis Lévrier. « L’extrême-droite préfère toujours prendre le contrôle des médias publics, qui sont des outils de communication extraordinaires, plutôt que de les démanteler. C’est ce que l’on observe en Hongrie et en Italie ».

Le RN accuse régulièrement les médias publique de porter les idées de la gauche. Marine le Pen avait par exemple il y a quelques années taxé France Inter de « radio bolcho [bolchévique] ».

« Le projet de privatisation du RN est idéologique et vise à se débarrasser de France 2 et de France Inter, deux chaînes considérées comme des ‘nids de gauchistes’, même si c’est bien sûr totalement faux », explique à Euractiv Serge Cimino, délégué du Syndicat national des journalistes (SNJ) de France télévision.

« Nous sommes prêts à discuter avec des gens sérieux, quitte à combattre leurs propositions, mais nous avons ici affaire à des amateurs qui n’ont pas travaillé leur dossier », ajoute-t-il.

Le RN se défend de vouloir influencer la ligne des médias publics si le parti d’extrême-droite devait accéder au pouvoir, ce qui est loin de convaincre les employés des chaînes concernées.

Sur le plateau de France 3 Alpes, dimanche (16 juin), le député sortant du RN Alexis Jolly expliquait au journaliste qui l’interrogeait, « être désolé pour [lui] », espérant qu’il puisse « retrouver de bonnes conditions de travail », et lui assurant « qu’on prendra soin de [lui] ».

Des menaces à peine voilées qui ont forcé ce dernier à « sortir de [sa] réserve », comme il l’a lui-même expliqué, soulignant que certains de ses collègues « s’inquiètent[aient] », et que « le service public en général, [était] le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. »

Des problèmes de financement

Ces annonces de privatisations interviennent alors qu’une toute nouvelle loi sur la liberté des médias (European Media Freedom Act) a été adoptée par le Parlement européen le 14 mars dernier. Cette loi impose aux États membres de l’Union de garantir l’indépendance des médias, de protéger les journalistes face aux ingérences politiques ou économiques et de défendre l’audiovisuel public, comme le note le journal Marianne.

La loi sur la liberté des médias ne précise pas que toute privatisation est interdite, mais le texte met des obligations à charge des États membres de l’Union, notamment en matière de financement des audiovisuels publics existants, explique-t-on dans l’entourage de l’eurodéputé sortant Geoffroy Didier (Les Républicains/LR, Parti populaire européen/PPE), l’un des rapporteurs du texte.

« Le service public joue un rôle particulier sur le marché des médias, assurant aux citoyens et aux entreprises de bénéficier d’une couverture de l’information impartiale », précise le texte. « Son financement doit être assuré de manière transparente, durable et prévisible ».

Ce qui pour l’heure – et sans même parler de privatisation – est loin d’être le cas. Les 24 et 26 juin 2024, l’Assemblée nationale devait examiner une proposition de loi qui prévoyait la création d’une holding détenue à 100% par l’État, et qui devait rassembler l’ensemble des radios et télévisions publiques françaises.

Cependant, la dissolution engagée le 9 juin dernier par le président Emmanuel Macron est venue interrompre les débats. Il y a pourtant urgence, alors que depuis le mécanisme transitoire de financement mis en place depuis la suppression de la redevance, en 2022, arrive à son terme en fin d’année 2024. Faute d’un nouvel accord, les médias publics pourraient dès l’année prochaine être financés directement par le budget de l’État.

En attendant une hypothétique privatisation si l’extrême droite arrivait au pouvoir.

[Édité par Anna Martino]