En Allemagne, un rare vote de confiance pourrait annoncer la fin de l’ère Olaf Scholz

Le Bundestag, l’assemblée parlementaire allemande, devrait poser les jalons en vue des élections anticipées en organisant un vote de confiance lundi 16 décembre. Un événement rare dans l’histoire politique de l’Allemagne qui devrait mettre un terme au mandat du chancelier Olaf Scholz.

EURACTIV.com
Chancellor Scholz Records Address To The Nation Following Russian Invasion Of Ukraine
Le chancelier allemand Olaf Scholz pose pour des photos après avoir enregistré un discours télévisé à la nation suite à l'invasion militaire russe de l'Ukraine, le 24 février 2022 à Berlin, en Allemagne. [Hannibal Hanschke - Pool/Getty Images]

Le Bundestag, l’assemblée parlementaire allemande, devrait poser les jalons en vue des élections anticipées en organisant un vote de confiance lundi 16 décembre. Un événement rare dans l’histoire politique de l’Allemagne qui devrait mettre un terme au mandat du chancelier Olaf Scholz.

Cela fait près de 20 ans qu’un chancelier n’a pas demandé aux législateurs d’exprimer leur confiance envers le gouvernement, une défaite lors d’un tel vote constitue l’une des rares possibilités de déclencher des élections anticipées.

Olaf Scholz avait présenté sa demande la semaine dernière, suite à l’éclatement de sa coalition gouvernementale début novembre, le laissant sans majorité au parlement.

« Si les députés prennent la voie que j’ai suggérée, je proposerai lundi après-midi au président [Frank-Walter] Steinmeier de dissoudre le Bundestag. Si le président allemand suit ma proposition, les électeurs pourront élire un nouveau Bundestag le 23 février — c’est mon objectif », avait déclaré le chancelier le même jour.

Compte tenu de la stabilité de la politique allemande, les votes de confiance sont un phénomène rare. Le vote sur le gouvernement d’Olaf Scholz ne sera que le sixième depuis la création de la République fédérale d’Allemagne en 1949. Quatre d’entre eux ont débouché sur des élections, anticipant les cycles législatifs réguliers de quatre ans du parlement allemand.

Ce processus complexe, qui nécessite la coordination de trois institutions indépendantes — le chancelier, le président et le parlement — est censé décourager la volatilité gouvernementale, fruit des leçons tirées de la période de la République de Weimar (1918-1933). Les fréquentes ruptures de gouvernement au cours de cette période avaient conduit à l’instabilité politique et à l’ascension du national-socialisme allemand (nazisme).

Une défaite intentionnelle aboutit à des élections anticipées

La sortie du Parti libéral-démocrate (FDP/Renew) de la coalition d’Oalf Scholz, en proie à des luttes internes, n’a laissé à ce dernier d’autre choix que d’engager une procédure d’élections anticipées, car son Parti social-démocrate (SPD/S&D) et son second partenaire de coalition, les Verts (Verts/ALE), n’ont pas de majorité au Bundestag.

Si le chancelier perd le vote, ce qui est anticipé par nombre d’observateurs, le président allemand pourra dissoudre le Bundestag dans les 21 jours qui suivent, entraînant la tenue d’élections anticipées dans les 60 jours qui suivent la dissolution.

Par ailleurs, certains législateurs du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) ont également envisagé publiquement de voter pour Olaf Scholz, prétendument parce qu’il représente un « moindre mal » par rapport à ses adversaires. Le gouvernement a toutefois annoncé qu’il ne s’attendait pas à ce que le chancelier reçoive un soutien suffisant pour empêcher la tenue d’élections anticipées.

Les dates de la dissolution du 27 décembre et des nouvelles élections au 23 février semblent donc fixées, compte tenu des discussions entre Oalf Scholz, le président Steinmeier et l’opposition.

Les chances d’Olaf Scholz s’amenuisent

Par le passé, les chanceliers ont eu recours à des votes de confiance pour tenter de renforcer leur majorité, comme ce fut le cas lors du premier vote de ce type en 1972. Le chancelier de l’époque, Willy Brandt, social-démocrate comme Olaf Scholz, était confronté à des défections au sein de sa coalition en raison de son rapprochement avec les pays communistes. Willy Brandt a alors utilisé avec succès le vote de confiance pour déclencher des élections et reconstituer les rangs de sa coalition.

Un raisonnement similaire a poussé Gerhard Schröder (SPD/S&D) à organiser le dernier vote de confiance du Bundestag en 2005. Mais contrairement à Willy Brandt, le pari de Gerhard Schröder a échoué lorsqu’il a perdu les élections suivantes au profit d’Angela Merkel.

Il est probable que la même chose se produise pour Olaf Scholz. Le dernier sondage INSA — publié dimanche 15 décembre, soit 70 jours avant la date prévue des élections — montre que son parti, le SPD (17 %), accuse un retard de 14 points sur les démocrates-chrétiens (CDU/CSU) de son principal adversaire, Friedrich Merz (31 %).

La défaite du vote de confiance serait une fin peu glorieuse pour le chancelier, qui deviendrait ainsi le troisième chancelier au mandat le plus court des neuf chanceliers allemands depuis la Seconde Guerre mondiale, derrière Kurt Georg Kiesinger (CDU, 1966-1969) et Ludwig Erhard (CDU, 1963-1966).

Mais Olaf Scholz ne semble toutefois pas perturbé. La semaine dernière, il a déclaré au journal Funke Mediengruppe s’interroger sur une autre candidature en raison de l’impopularité de sa coalition divisée. Mais il s’est dit convaincu de recevoir « à nouveau un mandat pour diriger le gouvernement ».