En Allemagne, les ONG réclament un vrai ministère du développement
Plusieurs organisations non gouvernementales appellent à un renforcement des pouvoirs du ministère du développement. Elles souhaitent que tous les services gouvernementaux puissent promouvoir les droits de l'Homme à travers l'aide au développement. Un article d'EURACTIV Allemagne.
Plusieurs organisations non gouvernementales appellent à un renforcement des pouvoirs du ministère du développement. Elles souhaitent que tous les services gouvernementaux puissent promouvoir les droits de l'Homme à travers l'aide au développement. Un article d'EURACTIV Allemagne.
Les organisations à but humanitaire Terre des Hommes et Welthungerhilfe (Lutte contre la faim dans le monde) ont publié leur rapport annuel le 8 octobre. Elles portent un regard critique sur les dernières mesures du gouvernement allemand dans la politique de développement.
Les auteurs du document de 40 pages intitulé « Reality of Development Policy » demandent au nouveau gouvernement allemand de changer le cours de la politique de développement.
Ils proposent que le ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ) devienne un « ministère de coopération internationale et de développement durable mondial ».
« Le futur ministère devrait être doté de vastes pouvoirs interministériels de coopération dans des politiques mondiales qui concernent le développement durable et les droits de l'Homme », indiquent les ONG.
L'organisme de contrôle des droits de l'Homme du BMZ (Menschenrechts-TÜV) ne devrait pas être le seul à s'occuper de la politique de développement, estiment les organisations allemandes.
« Tous les ministères, surtout celui de l'économie, de l'agriculture, des affaires étrangères, de l'environnement et du développement, doivent avancer dans la même direction. »
« La protection des droits de l'Homme et la survie de la planète sont des sujets communs à plusieurs politiques », indique Wolfgang Jamann, le secrétaire général de Welthungerhilfe.
Danuta Sacher, présidente du conseil d'administration de Terre des Hommes Allemagne, partage cet avis.
« Un seul ministère, à savoir le BMZ, ne peut pas être responsable des pays du Sud et de l’application des droits de l'Homme.
Une gouvernance cohérente de la part de tous les ministères est donc nécessaire à ce sujet. »
Terre des Hommes souhaite que l'Allemagne joue un rôle plus actif dans les négociations sur les prochains objectifs du Millénaire pour le développement de l'ONU. Ce rôle « correspondrait mieux au poids politique et économique de l'Allemagne », selon Mme Sacher.
« La politique de développement de l'Allemagne est caractérisée par une multitude d'approches sectorielles, de stratégies et de prises de position différentes qualitativement », ajoute-t-elle.
La présidente du conseil d'administration indique également que Berlin accorde aujourd’hui relativement peu d'importance aux questions de développement.
Des ressources financières insuffisantes
Mme Sacher souligne par ailleurs que l'Allemagne devrait respecter ses engagements financiers, dont l'objectif d'allouer 0,7 % du revenu national brut (RNB) à l'aide au développement à l'étranger. Le pays est en passe d'atteindre seulement 0,35 %.
« Si votre pays veut respecter [cet objectif], il doit accroitre progressivement les ressources allouées à la coopération internationale de 1,5 milliard d'euros par an jusqu'en 2017.
Dans le même temps, un milliard d'euros supplémentaire est nécessaire pour financer la lutte internationale contre le changement climatique. »
La taxe sur les transactions financières (TTF) pourrait constituer une source de financements bienvenue, selon Danuta Sacher.
Onze États membres ont décidé en janvier de créer une TTF. Ils ont demandé à la Commission européenne de suivre l'exemple de la France en allouant 10 % des recettes « aux plus pauvres du monde ».
La taxe n'a pas encore été mise en place en raison de désaccords sur la façon de distribuer les fonds.
Dans le même temps, Mme Sacher prévient que l'objectif de 0,7 % ne résout pas ce problème. Elle se demande si les fonds soutiennent les objectifs de droits de l'Homme ou de développement durable.
« Au contraire, toutes les estimations impliquent jusqu'à présent que le niveau de transferts financiers nécessaire est beaucoup plus élevé [pour atteindre ces objectifs]. »
« Nous avons besoin d'une refonte fondamentale du système de financement public [de l'aide au développement]. »
Cette nouvelle définition ne devrait pas s'appuyer sur le concept de charité, mais sur les principes internationaux de négociations, comme la solidarité, le « pollueur-payeur » et la responsabilité partagée, conclut-elle.