En Allemagne, l’ère du nucléaire touche à sa fin
Samedi (15 avril), l’Allemagne fermera ses dernières centrales nucléaires, marquant ainsi la fin d’une incursion de plus de 60 ans dans l’énergie nucléaire et une longue période de coopération franco-allemande en la matière.
Samedi (15 avril), l’Allemagne fermera ses dernières centrales nucléaires, marquant ainsi la fin d’une incursion de plus de 60 ans dans l’énergie nucléaire et une longue période de coopération franco-allemande en la matière.
En Allemagne, l’aventure nucléaire a commencé en 1961, année de l’inauguration d’une petite centrale expérimentale nommée Kahl. Des années d’expansion rapide ont suivi, mais une vaste contre-culture s’est développée, aboutissant à la création du parti des Verts dans les années 1970.
En 2011, la catastrophe de Fukushima a sonné le glas de l’énergie nucléaire outre-Rhin. Berlin se rappelle d’une manifestation contre l’atome rassemblant plus de 250 000 personnes. Du jamais vu.
Le 30 mai de la même année, le gouvernement allemand dirigé par la chancelière conservatrice Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, CDU) annonçait un plan visant à fermer tous les réacteurs nucléaires d’ici 2022.
C’est finalement ce samedi 15 avril 2023 que les trois derniers réacteurs seront mis à l’arrêt.
Pendant des mois, les centrales ont fonctionné en mode urgence, les barres de combustible étant comprimées pour en extraire toute l’énergie restante. Situation due à la crise énergétique européenne qui a donc retardé de quelques mois leur fermeture initialement prévue pour fin 2022.
Les derniers réacteurs nucléaires allemands alimentaient le réseau à hauteur de 70 gigawattheures par jour, couvrant environ 3 à 7 % de la demande d’électricité allemande, selon l’heure de la journée.
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Libéraux et conservateurs contre écologistes et socialistes
L’énergie nucléaire est depuis longtemps un sujet qui enflamme le débat public en Allemagne, suscitant des critiques de la part des libéraux comme des conservateurs, tandis que les responsables politiques écologistes ont tendance à se réjouir de la sortie du nucléaire.
« La sortie du nucléaire est avant tout une entrée définitive dans un approvisionnement énergétique sûr et peu risqué, abordable et propre, dans l’ère des énergies renouvelables », a confié Ricarda Lang, cheffe du parti écologiste, à l’agence de presse allemande (dpa).
De leur côté, les libéraux ont insisté sur le fait que l’énergie nucléaire était nécessaire pour garantir un approvisionnement énergétique suffisant.
« De mon point de vue, la poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires est nécessaire à la sécurité énergétique et à l’élimination des centrales au charbon », a déclaré en ce sens Bijan Djir-Sarai, secrétaire général du Parti libéral-démocrate (FDP).
Les sociaux-démocrates, troisième parti du gouvernement allemand, ont rejeté l’argument.
« Notre approvisionnement énergétique en Allemagne est assuré, même après le 15 avril, bien entendu. Ceux qui affirment le contraire le font uniquement pour attiser l’opinion publique et les craintes de la population », a indiqué Jakob Blankenburg, porte-parole du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) chargé de la politique énergétique, au journal Welt.
Les conservateurs, eux, s’interrogent de front sur les effets de la fermeture de ces réacteurs sur le climat.
« Le démantèlement des centrales nucléaires est un jour noir pour la protection du climat en Allemagne », a expliqué Jens Spahn, porte-parole de la politique énergétique du parti d’opposition de centre droit CDU et ancien ministre de la Santé.
Les observateurs s’empressent de souligner que c’est un gouvernement de la CDU qui a en définitive décrété la fermeture des centrales nucléaires et que le parti lui-même s’est présenté aux élections de 2021 en insistant pour qu’elles soient fermées comme prévu.
L’opinion publique allemande est divisée, même si l’énergie nucléaire a gagné du terrain ces dernières années en raison de la crise énergétique. En effet, selon un récent sondage, 52 % des Allemands sont favorables à une prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires, tandis que 37 % rejettent cette idée.
Mais la sortie de l’Allemagne du nucléaire a également eu un impact sur la relation au cœur de l’Europe, le couple franco-allemand.
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Progresser dans la même direction
En 2021, le troisième réacteur de la centrale nucléaire finlandaise d’Olkiluoto a commencé à alimenter le réseau en électricité, comme l’avait fait la centrale allemande de Kahl 60 ans auparavant.
Ce résultat est le fruit d’efforts franco-allemands, le réacteur pressurisé européen (EPR) ayant été conçu conjointement par des entreprises françaises et allemandes.
Leur coopération a débuté à une époque où l’énergie nucléaire en Allemagne n’était pas encore devenue la bête noire qu’elle deviendra. Dans les années 1990, le ministère de la Recherche du pays fraîchement unifié était constamment occupé par le parti libéral FDP, favorable à l’énergie nucléaire.
C’est à cette époque que les deux pays ont commencé à travailler ensemble sur le nucléaire. En 1991, le géant français de l’énergie EDF et des entreprises allemandes ont entamé des travaux de développement communs. Peu après, Paris et Berlin ont cherché à créer une définition harmonisée d’un type de réacteur EPR censé réduire les impacts d’un éventuel scénario catastrophe en les rendant beaucoup plus sûrs.
Ce développement conjoint a abouti au lancement de la construction du réacteur d’Olkiluoto en Finlande. Parmi les 1 600 entreprises engagées sur les réacteurs, plus de la moitié étaient allemandes.
Cependant, la coopération a diminué depuis, notamment en raison de la décision de l’Allemagne d’accélérer sa sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima, une politique mise en œuvre par le SPD et les Verts. Les Français sont convaincus que Bruxelles, peut-être influencée par Berlin, prône des politiques antinucléaires.
Le ministre français de I’Économie, Bruno Le Maire, a rejeté les critiques de l’Allemagne et a insisté sur le respect des décisions souveraines de chaque pays concernant leurs choix énergétiques.
Il a également appelé au respect mutuel, déclarant qu’il attendait de l’Allemagne qu’elle ne critique pas les choix de la France en matière d’énergie nucléaire, alors que la France accroît son ambition nucléaire.
En Allemagne, certains qualifient les centrales nucléaires françaises de « réacteurs poubelles », un terme que le ministre français conteste, expliquant que des réparations ont été effectuées dans le passé pour remédier à des difficultés techniques.
Les positions divergentes de la France et de l’Allemagne sur l’énergie nucléaire ont créé des tensions dans leurs relations bilatérales, chaque pays défendant sa propre politique énergétique.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]