En Allemagne, l’argent ne suffira pas à compenser les coûts de la transition écologique
L’Allemagne discute depuis longtemps d’un système de compensation destiné à alléger le coût de l’action climatique pour les ménages à faible revenu et à accroître l’adhésion du public à la transition écologique, mais une nouvelle étude révèle que ce système pourrait être inefficace.
L’Allemagne discute depuis longtemps d’un système de compensation destiné à alléger le coût de l’action climatique pour les ménages à faible revenu et à accroître l’adhésion du public à la transition écologique, mais une nouvelle étude révèle que ce système pourrait être inefficace.
Connu sous le nom de Klimageld (« argent pour le climat »), le système envisagé consisterait à transférer une partie des recettes de la taxe nationale sur le carbone aux ménages à faibles revenus. Il avait été promis par le gouvernement fédéral sortant, mais ne s’est pas concrétisé au cours de ses trois années de mandat.
Le concept reste populaire. Il fait l’objet d’un débat entre les principaux partis allemands dans le cadre de leur campagne électorale, et est soutenu par des organisations non gouvernementales (ONG) et des instituts de recherche.
Toutefois, une méta-étude réalisée par l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale a révélé qu’un tel programme ne permettrait pas d’aider une partie importante de la population.
L’une des auteurs, l’économiste spécialiste du climat Sonja Peterson, a déclaré que, si le Klimageld peut être une option « très transparente et facile », son « problème principal » est qu’« il ne parvient pas à aider les groupes spécifiques qui sont affectés de manière disproportionnée par le coût de la transition énergétique ».
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Qui sont les laissés pour compte ?
Parmi les groupes identifiés par Sonja Peterson, on trouve les navetteurs se rendant au travail en voiture, les habitants de vieux bâtiments — les « Altbau », construits entre 1949 et 1990 et mal classés sur le plan énergétique — et les personnes de plus de 60 ans vivant dans les zones rurales, qui représentent tous une part importante de l’électorat allemand.
De nombreux navetteurs allemands — au nombre de 20,4 millions en 2024 — n’ont pas les moyens d’opter pour une voiture électrique, malgré l’aide financière reçue pour lutter contre le changement climatique. Les infrastructures de recharge dans les zones rurales restent également sous-développées.
Vivre dans un bâtiment « Altbau » est également coûteux : la plupart ne sont pas rénovés et utilisent le chauffage au gaz ou au fioul — qui est soumis à la taxe carbone allemande. Selon le rapport, l’argent proposé pour lutter contre le changement climatique ne suffirait pas à aider ces personnes à déménager ou à rénover.
Les personnes âgées de plus de 60 ans, quant à elles, constituent un groupe démographique très important en Allemagne, puisqu’ils représentent 42,1 % des 59,2 millions d’électeurs. L’adhésion à la « transition juste » étant relativement faible au sein de ce groupe, il est possible que l’effet « coup de pouce » que l’argent destiné à la lutte contre le changement climatique est censé produire soit vain.
Les politiques non ciblées risquent de ne pas aboutir
La distribution d’argent pour l’action climatique a créé des problèmes dans d’autres États de l’Union européenne (UE).
En Italie, le remboursement par l’État de 110 % des frais de rénovation des bâtiments économes en énergie, surnommé le « superbonus », a été annulé à cause de son coût trop élevé. Ce système incitait les propriétaires italiens à choisir des options de rénovation plus coûteuses, mais plus écologiques.
L’étude conclut qu’une « politique sociale forte axée sur les besoins de la population » a été tout aussi importante pour la réussite de la transformation énergétique, et cite plusieurs exemples : la réduction du coût de l’électricité, l’expansion des réseaux de transport public et les aides d’État pour la rénovation des bâtiments les moins performants sur le plan énergétique, entre autres.
Sonja Peterson estime que le prochain gouvernement allemand devrait se concentrer sur les mesures les plus rentables et « procéder avec prudence ».
Il est possible que certaines de ces mesures soient mises en œuvre, quel que soit le candidat qui prendra le pouvoir après les élections de février. Les principaux partis s’engagent tous à réduire les prix de l’électricité, y compris, depuis lundi, l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Le parti conservateur est actuellement en tête des sondages, et son chef de file Friedrich Merz est favori à la chancellerie.
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(AM)