En Allemagne, Die Linke en pleine crise existentielle à l’approche des élections européennes
Le parti de gauche allemand Die Linke est au bord de la scission, l’ancienne leader charismatique du groupe, Sahra Wagenknecht, menaçant de se présenter avec son propre parti aux élections européennes.
Le parti de gauche allemand Die Linke (La Gauche, GUE/NGL) est au bord de la scission, l’ancienne leader charismatique du groupe, Sahra Wagenknecht, menaçant de se présenter avec son propre parti aux élections européennes.
Après des années d’affrontements avec plusieurs chefs du parti, Mme Wagenknecht a confirmé cette année qu’elle pourrait annoncer la création d’un nouveau parti que la presse qualifie de « gauche conservatrice » d’ici décembre.
Die Linke était déjà au bord du gouffre, le parti n’ayant remporté aucun siège lors des élections régionales du week-end dernier, ce que sa coprésidente, Janine Wissler, a imputé aux tensions avec Mme Wagenknecht. Plusieurs membres du parti ont par ailleurs demandé l’exclusion de cette dernière du parti.
Les experts estiment qu’une scission, qui devrait être officialisée prochainement, aurait de profondes conséquences pour la gauche en Allemagne ainsi qu’au Parlement européen, car le nouveau parti de Mme Wagenknecht pourrait voler des voix à la fois à la gauche mais également au parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD, Identité et Démocratie) lors des élections européennes de juin prochain.
« Die Linke et la gauche au Parlement européen sont confrontés à de grands défis », a confié à Euractiv l’eurodéputée Özlem Demirel, l’une des principales candidates de la gauche pour le Parlement européen, soulignant l’agitation interne ainsi que les « gains que cela occasionne pour les partis ouvertement fascistes ».
Die Linke a longtemps été le parti de gauche qui a dominé sur les questions sociales et anti-establishment. Le parti a également dirigé l’opposition en 2013.
Cependant, depuis les dernières élections générales, il gravite autour des 4 % dans les sondages.
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La crise de la gauche
Les experts expliquent cette situation par le fait que les priorités des électeurs ont changé, s’éloignant des thèmes classiques couverts par Die Linke, tels que la redistribution économique.
« Le mécontentement après la crise financière de 2007 s’est traduit par des conflits sur l’identité et les valeurs en Allemagne », a déclaré à Euractiv Wolfgang Schroeder, politologue à l’Université de Kassel.
Les électeurs frustrés, en particulier dans le bastion de la gauche à l’est du pays, ont donc été séduits par l’AfD, un parti de droite anti-establishment, tandis que les écologistes ont supplanté Die Linke sur les questions sociales, a expliqué M. Schroeder.
Et les querelles internes sur l’orientation future du parti n’ont pas contribué à améliorer la situation.
« Les querelles internes ont détourné l’attention de notre message politique, et c’est principalement la faute de Sahra Wagenknecht et de ses alliés », a expliqué Bernd Riexinger, ancien dirigeant du parti, à Euractiv.
Mme Wagenknecht a attribué les problèmes du parti à un glissement des électeurs de la classe ouvrière vers des politiques environnementales, de genre et de minorités.
Au vu des tensions, l’ex-coprésidente du groupe de la gauche au Bundestag n’a eu d’autre choix que de créer son propre parti pour éviter de perdre en crédibilité, selon M. Riexinger.
Une menace pour le groupe de La Gauche au Parlement européen
Les élections européennes de l’année prochaine promettent un cadre favorable à la création d’un tel parti, souligne Constantin Wurthmann, politologue à l’Université de Mayence.
« Il n’y a pas de seuil [de qualification] aux élections européennes alors qu’il est de 5 % pour les élections nationales […]. Le taux de participation est également plus faible. Mme Wagenknecht devrait juste mobiliser beaucoup », a-t-il déclaré.
En quittant Die Linke, elle pourrait emporter avec elle la moitié de ses voix aux prochaines élections, selon M. Schroeder, ce qui évincerait alors le parti du Bundestag.
Un nouveau parti de gauche constituerait également un défi inopportun pour le groupe La gauche au Parlement européen, également en proie à des troubles internes, car Die Linke, qui en est un élément clé, n’est pas le seul membre en difficulté.
SYRIZA, un autre membre important du groupe, s’efforce de se remettre d’une élection désastreuse, tandis que son leader nouvellement élu pourrait faire évoluer le parti vers le centre gauche.
Dans le même temps, le nouveau parti de gauche espagnol Sumar envisage une union avec les écologistes, tandis que les partis espagnols rivaux au sein du groupe de La Gauche ont été affaiblis.
Étant déjà le plus petit groupe du Parlement européen, La Gauche serait en passe de perdre près de 15 % de ses sièges actuels en 2024 lorsque Mme Wagenknecht quittera Die Linke.
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Une menace pour l’extrême droite
Les recherches menées par M. Wurthmann et les politologues Sarah Wagner et Jan-Philipp Tomeczek ont révélé que la création d’un nouveau parti par Mme Wagenknecht nuirait également à l’extrême droite.
« Nos données montrent que Mme Wagenknecht est plus populaire auprès des électeurs de l’AfD que chez ceux de Die Linke », a souligné M. Wurthmann à Euractiv.
« Elle est appréciée […] par les personnes qui se considèrent comme conservatrices, qui critiquent l’immigration et qui viennent en partie de l’est », a-t-il déclaré, soulignant que Mme Wagenknecht était « socioculturellement à droite ».
Elle s’est par exemple opposée très tôt à la politique d’asile d’Angela Merkel. Elle a également critiqué l’OTAN et fait les gros titres en organisant une « manifestation pour la paix » en Ukraine, largement considérée comme pro-russe, et en accusant le gouvernement allemand de mener une « guerre économique sans précédent » contre la Russie.
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L’UE, une « conspiration capitaliste »
En ce qui concerne sa position sur l’UE, Ludger Volmer, un ancien ministre écologiste qui a travaillé avec Mme Wagenknecht au sein du mouvement de gauche transpartisan Aufstehen, a déclaré qu’elle était « profondément anti-européenne ».
« Pour elle, l’UE est une conspiration capitaliste », a-t-il déclaré à Euractiv.
Étant donné qu’une collaboration entre Mme Wagenknecht et le groupe La Gauche est peu probable — le coprésident de Die Linke Martin Schirdewan présidant également le groupe du Parlement —, cette dernière pourrait être forcée de suivre l’exemple du Mouvement 5 étoiles, un parti attrape-tout et populiste italien (aujourd’hui classé à gauche), qui s’est allié en 2014 avec le parti britannique d’extrême droite UKIP au Parlement européen.
M. Wurthman a également déclaré que Mme Wagenknecht était incapable d’organiser un mouvement, un avis partagé par M. Riexinger et M. Volmer, et qu’elle pourrait avoir du mal à faire fonctionner le nouveau parti.
Certaines conséquences seraient toutefois immédiates, puisque Die Linke perdrait son statut de groupe de parti au Bundestag si certains députés venaient à suivre Mme Wagenknecht.
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Des perspectives incertaines
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« Die Linke devra mettre à profit les huit prochains mois pour faire bouger les choses », reconnaît l’eurodéputée Özlem Demirel.
Le parti espère à présent sensibiliser le public au rôle des entreprises et des ultra-riches dans la montée de l’extrême droite et l’accroissement des inégalités.
« Je suis optimiste sur le fait que nous pouvons sortir de tout ce tumulte si nous parvenons à générer une émotion autour de ce sujet », a déclaré à Euractiv Martin Schirdewan.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]