En Afrique de l’Ouest, Emmanuel Macron tente de contrer l’influence russe et la crise alimentaire

Lors de son voyage officiel en Afrique de l’Ouest de lundi à, le président français a assuré aux pays de la région de l’aide de la France sur les thématiques de sécurité tout en s’inquiétant des  « ingérences » russes dans la région.

Euractiv France
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Le président français Emmanuel Macron se rend en Afrique de l'Ouest de lundi (25 juillet) à mercredi (27 juillet). [EPA-EFE/LIONEL BONAVENTURE / POOL MAXPPP OUT]

*Cet article est régulièrement mis à jour

Lors de son voyage officiel en Afrique de l’Ouest de lundi à mercredi (25-27 juillet), le président français a assuré aux pays de la région de l’aide de la France sur les thématiques de sécurité tout en s’inquiétant des  « ingérences » russes dans la région.

Emmanuel Macron est à mi-chemin d’une visite de trois jours au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau, en réponse à l’offensive diplomatique russe en Afrique, où le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a reçu un accueil particulièrement chaleureux en République du Congo et en Ouganda.

« Nous sommes blâmés par certains qui disent que les sanctions européennes (contre la Russie) sont la cause de la crise alimentaire mondiale, y compris en Afrique. C’est totalement faux », a déclaré M. Macron au Cameroun, ajoutant que « L’alimentation, comme l’énergie, sont devenues des armes de guerre russes (…). Nous devons aider le continent africain à produire davantage pour lui-même. »

De nombreux pays africains, qui importent des céréales et de l’énergie russes tout en achetant également des céréales ukrainiennes et en bénéficiant des flux d’aide et des liens commerciaux occidentaux, ont évité de prendre parti dans cette guerre.

Dix-sept nations africaines, à savoir l’Algérie, l’Angola, le Burundi, la République centrafricaine, le Congo, la Guinée équatoriale, le Mali, le Mozambique, la Namibie, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Soudan du Sud, Madagascar, le Soudan, la Tanzanie, l’Ouganda et le Zimbabwe, se sont abstenues lors du vote en mars d’une résolution des Nations unies condamnant l’invasion russe, soutenue par 141 pays sur 193.

Au cours d’une allocution à Yaoundé mardi (26 juillet), Emmanuel Macron a exprimé à l’Ouest africain le soutien de la France dans le domaine de la sécurité alimentaire et de la lutte antiterroriste.

« Aucun développement économique n’est possible sans la paix et la sécurité », a-t-il déclaré, avant de préciser que la France restera « résolument engagée pour la sécurité du continent, en appui et à la demande de nos partenaires africains ».

Résolution de conflit

« Nous ne lâcherons pas la sécurité du continent africain », a-t-il conclu, en se félicitant de la « qualité » de la coopération de sécurité et de défense entre les deux pays, notamment en termes de formation des forces armées locales.

Des tensions existent depuis longtemps entre les parties anglophones et francophones du Cameroun, les territoires anglophones plaidant pour une plus grande décentralisation, voire une indépendance totale.

Le conflit entre les territoires a débouché sur une guerre ouverte en 2017, un conflit toujours en cours qui a coûté plus de 6  000 vies et déplacé des centaines de milliers de personnes.

Pour résoudre le conflit, le président Macron a déclaré qu’il était nécessaire de procéder à « une véritable décentralisation », désignant la régionalisation comme la solution.

La France a par ailleurs l’intention de « réarticuler » et d’« étendre » son mécanisme de sécurité dans la région aux pays du Golfe de Guinée , « qui doivent faire face à des groupes terroristes qui s’étendent et secouent toute la région », a-t-il déclaré. « Au Sahel, nous réarticulons notre dispositif en nous retirant du Mali », a ajouté M. Macron.

Une influence russe grandissante

Le président français a exprimé son inquiétude quant à la situation dans la République centrafricaine voisine et aux « ingérences » que connaît le pays, en référence notamment à la « présence hybride de la Russie sur le continent africain ».

Selon le président français, la présence de Moscou dans la région passe « par le développement de propagande » et par la « diffusion de fausses informations » aux effets déstabilisateurs ainsi que par l’emploi de milices comme le tristement célèbre groupe Wagner.

« La Russie a complété son offre diplomatique par l’intervention de milices (de type) Wagner », a déclaré le président, citant les exemples de la République centrafricaine et du Mali où les mercenaires russes ont été actifs ces dernières années.

Selon le président français, la Russie décide ainsi de soutenir « des pouvoirs politiques affaiblis qui décident de ne pas gérer leurs problèmes de manière politique et de les militariser, soit à des juntes militaires qui n’ont aucune légitimité politique », et ce « en échange d’une influence russe et d’une captation des matières premières. »

Macron a également accusé le continent africain de ne pas reconnaître « l’agression unilatérale » de la Russie contre l’Ukraine, notant que « c’est la Russie qui a commencé la guerre ».

Sécurité alimentaire

La souveraineté agricole et alimentaire était également au programme de la visite présidentielle, dans un contexte de crise alimentaire due à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Certains pays africains sont en effet dépendants du blé ukrainien retenu dans les ports par le blocus russe. M. Macron a ainsi annoncé une coopération accrue dans le domaine.

« Je veux aussi que la France, dans le cadre de ses diversifications, soit au rendez-vous pour soutenir le développement d’une agriculture durable et résiliente », a-t-il déclaré, ajoutant que « l’alimentation comme l’énergie sont devenues des armes de guerre russe ».

Le président s’est réjoui de la collaboration dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et du Programme alimentaire mondial pour éviter les sur-stockages, et ainsi aider les pays en difficulté.

L’Elysée, plus tard dans la soirée de mardi, en a appelé au secteur privé : « les entreprises sont encouragées à s’associer au PAM en fournissant des services, des intrants agricoles et des denrées alimentaires à un coût réduit » afin de poursuivre l’aide engagée et d’en « garantir la continuité ».

« Nous devons aider le continent africain à produire davantage pour lui-même », a souligné le président français, avant de mettre en avant l’importance de l’initiative FARM lancée en mars.

L’initiative FARM (Food & Agriculture Resilience Mission) est un plan européen de stockage d’urgence en cas de crise, permettant d’obtenir un engagement multilatéral et un suivi transparent des obstacles au commerce des produits agricoles. Elle vise également à augmenter temporairement les objectifs de production agricole, ainsi qu’à accroître les investissements dans les chaînes de production durables.

Ainsi, pour répondre à l’urgence de la crise alimentaire, le président français compte « renforcer la résilience des systèmes agricoles, aider à produire davantage par de la formation, par un partenariat public et privé ». Il a également appelé le continent africain à devenir plus indépendant en matière de production d’engrais, ce que l’initiative FARM devrait faciliter.

« Cet agenda est essentiel », a-t-il conclu.

[Édité par Davide Basso, Georgi Gotev]