Emmanuel Macron contre l'exploitation minière des grands fonds marins
À l’occasion de la 27e COP pour le climat en Egypte, le président de la République a pris une position ferme concernant le sujet sensible de l’exploitation des grands fonds marins, alors que s’ouvrent les négociations internationales sur la possibilité d'attribution des premiers permis.
À l’occasion de la COP 27 pour le climat en Egypte, le président de la République a pris une position ferme concernant le sujet sensible de l’exploitation des grands fonds marins, alors que s’ouvrent les négociations internationales sur la possibilité d’attribution des premiers permis.
Cette annonce vient confirmer une déclaration faite en juillet dernier, lors de la conférence des Nations unies pour les océans à Lisbonne.
Emmanuel Macron avait alors dit vouloir « mettre un coup d’arrêt à l’exploitation minière des fonds en haute mer et ne pas autoriser de nouvelles activités qui mettraient en danger les écosystèmes océaniques ».
Pourtant, quelques mois plutôt, à l’occasion de la présentation du plan France 2030 en octobre 2021, le même Emmanuel Macron avait admis qu’il n’entendait pas se priver d’« un levier extraordinaire de compréhension du vivant », qui permettra « peut-être [l’] accès à certains métaux rares ».
Une position qu’il a donc clarifiée lors de son discours devant les chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Charm El-Cheikh ce lundi 7 novembre, et lève ainsi toute ambiguïté : oui à une « exploration » ; non à « l’exploitation » des ressources sous-marines.
« Les océans doivent être ce qu’a été, au fond, l’espace, il y a quelques années : c’est une nouvelle frontière pour la coopération et le multilatéralisme », a-t-il déclaré.
Ruée vers l’or sous-marin
C’est peu dire que les fonds océaniques situés entre 200 mètres et 5 000 mètres de profondeurs, derniers espaces non-explorées par l’humain, suscitent la convoitise.
Les Etats et les compagnies minières lorgnent avec intérêt sur les gisements potentiels de cobalt, nickel, zinc, cuivre, or, argent que pourraient renfermer les abysses. Des métaux rares dont les besoins s’accroissent dans le monde avec l’électrification et la numérisation.
Les ONG, associations environnementales et écologistes s’opposent frontalement à ces exploitations, car les conséquences sur ces écosystèmes sont encore inconnues. D’un point de vue plus symbolique, il s’agit aussi de préserver les derniers espaces de la planète épargnés par les activités humaines.
Raison pour laquelle Greenpeace « salue cette annonce » d’Emmanuel Macron. Même son de cloche pour les écologistes comme l’eurodéputée Caroline Roose qui y voit un « bon signal ». « Il y a eu une grosse pression des ONG, confie-t-elle à EURACTIV. Maintenant, qu’il tienne parole. J’espère qu’il ne se cache pas derrière l’exploration pour préparer l’exploitation des fonds marins ».
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Premiers permis d’exploitation en vue
Si des campagnes d’exploration ont démarré depuis une vingtaine d’année, l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui encadre ces activités, n’a pour l’instant délivré aucun permis d’exploitation.
Mais la messe est loin d’être dite. Au moment même où nous écrivons ces lignes, l’AIFM organise une session de négociation à Kingston en Jamaïque jusqu’au 11 novembre. À l’ordre du jour : la fixation d’un cadre pouvant donner lieu à des droits d’exploitation.
« Le Président prend une position forte à un moment important, en pleine négociation internationale. L’AIFM devait répondre à la question de savoir s’il était possible de réaliser des exploitations de façon responsable. La France lui répond que non », explique à EURACTIV l’eurodéputé Pierre Karleskind (Renew).
L’hexagone, deuxième territoire maritime du monde, devra donc se faire entendre dans les jours qui viennent pour affirmer sa position. En allant contre les intérêts de nombreux pays du Pacifique et des exploitants miniers qui intensifient les pressions sur l’AIFM.
Le 7 septembre dernier, la société canadienne The Metal Company a reçu une autorisation auprès de l’AIFM pour commencer les extractions dans un cadre expérimental. Or, en l’absence de nouveaux cadres réglementaires d’ici à juin 2023, les premiers permis d’exploitation seront délivrés. Ce qui lancera officiellement la ruée vers l’or sous-marin.
« Il nous reste donc deux ans pour assurer la protection de ces espaces aussi uniques que vierges de tout impact humain […] » avaient alerté des élus écologistes dans une tribune en février dernier dans le JDD.
La France peut-elle s’opposer à cette dynamique qui semble inéluctable ?
« J’assume cette position, et la porterai dans les enceintes internationales », a assuré le chef de l’Etat, qui semble déterminé à faire entendre sa voix. Par ailleurs, l‘adoption d’un cadre réglementaire à l’AIFM nécessite un consensus des 36 membres du conseil, dont la France fait partie.
Pour Pierre Karleskind, cette session débouchera probablement sur « une demande de poursuite des travaux pour évaluer les impacts environnementaux et évaluer des méthodes potentielles d’explorations. Pour voir ce qui est faisable. Mais il n’est pas possible aujourd’hui d’ouvrir cette boîte de Pandore. »
La France pourra également compter sur le soutien de l’Espagne et de l’Allemagne, tous deux en faveur d’un moratoire sur l’exploitation des grands fonds. Tout comme la Nouvelle-Zélande, le Panama, le Costa Rica, le Chili et divers Etats du Pacifique.
Si l’UE ne fait pas partie du conseil de l’AIFM qui réunit seulement les nations, le sujet a été porté au niveau européen. Au printemps dernier lors des débats sur l’économie bleue le Parlement avait voté une résolution en faveur d’un moratoire.
De son côté la Commission européenne a fait de la protection des fonds marins une des « priorités clés ». Dans une communication en amont de la conférence de Lisbonne, l’exécutif européen s’était en effet positionné contre « l’exploitation minière en haute mer ».
La bataille pour la conquête des abysses ne fait que commencer.