Emmanuel Macron s'apprête à renouveler l'accord de défense avec la Grèce
Cet accord pourrait s'avérer politiquement délicat pour Paris et Athènes.
Le président français Emmanuel Macron devrait se rendre à Athènes fin avril pour renouveler l’accord de défense mutuelle franco-grec, alors que le climat politique fragile à Paris pourrait compliquer le processus, selon les médias locaux.
Cet accord historique a été signé en 2021, établissant que les deux pays se fourniraient une assistance militaire mutuelle si l’un d’eux était attaqué par un pays tiers. Ce pacte, qui doit expirer cette année, est particulièrement important pour Athènes, car la Turquie voisine a averti qu’elle pourrait considérer l’extension des eaux territoriales grecques en mer Égée comme un motif de guerre.
Selon le quotidien grec Kathimerini, M. Macron tient à éviter que cette question ne devienne un sujet de controverse politique nationale à l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, compte tenu du paysage politique fragile du pays.
Le parti d’extrême droite de Marine Le Pen reste une force dominante dans les sondages et les changements possibles au sein du prochain parlement français pourraient compliquer la ratification d’un accord de défense avec la Grèce.
L’article controversé
Le contenu de l’accord devrait rester inchangé, en particulier la clause relative à la défense mutuelle en cas d’attaque armée.
L’article 2 de l’accord stipule que « les parties s’engagent à se prêter mutuellement aide et assistance, par tous les moyens appropriés dont elles disposent, y compris, si nécessaire, par l’emploi de la force armée, si elles déterminent conjointement qu’une attaque armée a eu lieu contre le territoire de l’une d’entre elles, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies ».
Toutefois, l’accord de 2021 ne s’étendait pas aux zones économiques exclusives (ZEE), zones maritimes dans lesquelles un État jouit de droits souverains sur les ressources naturelles. Le ministère français des Armées a confirmé cette exclusion à Euractiv au moment de la signature initiale de l’accord.
Ces remarques ont suscité de vives réactions à Athènes, car le statut des ZEE est depuis longtemps un sujet de discorde avec Ankara. Certains en Grèce ont vu dans cette exclusion un signe que la France cherchait à éviter d’aider la Grèce en cas de conflit avec la Turquie voisine.
La Grèce a conclu des accords de ZEE avec l’Italie et l’Égypte, mais pas avec la Turquie. Ankara ne reconnaît pas le droit des îles grecques à créer des ZEE complètes en mer Égée et en Méditerranée orientale, arguant que ces questions doivent être réglées par la négociation politique. La Grèce, en revanche, s’appuie sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, que la Turquie n’a pas ratifiée.
Il semble toutefois que la France ne soit pas la seule à chercher à éviter de s’impliquer dans les zones maritimes contestées entre la Grèce et la Turquie.
Le géant américain de l’énergie Chevron a récemment signé un accord avec Athènes pour explorer le gaz naturel au sud de la Crète.
Bien que le contrat n’ait pas été rendu public, Antonis Samaras, ancien Premier ministre grec connu pour sa position ferme en matière de politique étrangère, a déclaré cette semaine que certaines dispositions suscitaient des inquiétudes au niveau national.
« Il est stipulé qu’il peut y avoir un « retrait de la société d’une zone qui pourrait ne pas faire partie du plateau continental grec ou de la ZEE » », a déclaré M. Samaras.