Emmanuel Macron plus isolé que jamais, après la démission de Sébastien Lecornu
La démission du Premier ministre Sébastien Lecornu — l’un des derniers alliés fidèles d’Emmanuel Macron — a encore accentué l’isolement du président de la République.
PARIS — Tous les regards sont tournés vers le président français. Après avoir perdu les élections européennes de juin 2024, les législatives anticipées, et après avoir consommé quatre Premiers ministres en seize mois, Emmanuel Macron est de nouveau sous le feu des critiques.
Depuis la démission de Sébastien Lecornu — l’un de ses derniers fidèles — au bout d’un règne éphémère de 27 jours ce lundi 6 octobre, le président doit de nouveau gérer seul l’interminable crise qui déchire la scène politique française. Trois options s’offrent à lui : démissionner, dissoudre l’Assemblée ou nommer un Premier ministre qui ne soit pas issu de son camp.
Une improbable démission
Le chef de file du mouvement de gauche La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, a fustigé « l’incapacité » du président de la République « à maitriser » la situation, considérant que ce dernier est « à l’origine du chaos » et exigeant une nouvelle fois à sa démission.
Jean-Luc Mélenchon a donc appelé à « l’examen immédiat » d’une motion de destitution du président, signé le 11 septembre dernier par 104 députés LFI, mais aussi par des communistes et des écologistes.
Aucune chance cependant que cette dernière soit adoptée, alors qu’il est nécessaire que les deux tiers des élus de l’Assemblée et du Sénat votent en sa faveur, puis de nouveau les deux tiers de l’ensemble des parlementaires réunis session extraordinaire.
L’appel au départ d’Emmanuel Macron a aussi été repris par quelques personnalités de droite, comme le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France David Lisnard, qui a expliqué que le chef de l’État était le « premier responsable » du chaos actuel.
Le président a quant à lui toujours répété qu’il n’entendait nullement mettre un terme à son mandat.
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La dissolution comme horizon
Le parti d’extrême-droite Rassemblement national (RN) préfère poursuivre ses appels en faveur d’une nouvelle dissolution et de législatives anticipées. Marine Le Pen estime ainsi que la « seule décision sage » est d’en « revenir aux urnes ».
Anticipant de nouvelles élections, l’ancien président du parti de droite des Républicains (LR) Eric Ciotti, qui s’était rangé derrière Marine Le Pen aux législatives de 2024, a poussé ses anciens camarades à constituer une « union des droites et des patriotes ».
Une option soutenue par l’eurodéputée Marion Maréchal, qui souhaite comme elle l’expliquait il y a quelques jours à Euractiv un rassemblement du « camp national », qui irait de LR au RN, « sur le modèle » de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.
Face à l’extrême-droite, les partis de gauche ne semblent pas pour l’heure décidés à rejouer la partition du Nouveau front populaire (NFP), hâtivement constitué après la dernière dissolution et qui avait permis de contenir la poussée du RN.
L’eurodéputé Raphaël Glucksmann, président du petit parti Place Publique, a ainsi exclu toute alliance avec LFI, tout comme certains cadres du Parti socialiste (PS). De premiers appels à l’unité ont été lancés dans la journée de lundi.
« Nous proposons à nos partenaires politiques de nous rencontrer dans les plus brefs délais pour travailleur au rassemblement », ont fait savoir les écologistes dans un communiqué.
Un nouveau Premier ministre ?
Plutôt que de se lancer dans une nouvelle dissolution, Emmanuel Macron pourrait-il nommer un Premier ministre qui se soit pas issu de son camp ? Le président s’y est pour l’heure toujours refusé mais le PS a réitéré lundi matin ses offres de service. « Nous sommes prêts à assumer les responsabilités du pays », a expliqué le député Philippe Brun.
La perspective de cette ouverture pourrait recevoir le soutien d’une partie de l’aile gauche du parti Renaissance d’Emmanuel Macron. Tout juste reconduite au poste de ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher avertissait ce matin que « ceux qui pensent que l’on pourrait gouverner en faisant l’économie de la gauche » se trompent.
La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, elle aussi membre de Renaissance, a de son côté estimé que « la voie du dialogue était encore possible », espérant la définition « d’un pacte de stabilité et de responsabilité », mais sans détailler les partis qui pourraient y prendre part.
Quelle que soit la décision que compte prendre Emmanuel Macron, le président se doit d’aller vite. La France est dirigée depuis un mois par un gouvernement démissionnaire et le pays doit pouvoir compter sur un budget avant le 1er janvier 2026.
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(asg)