Emmanuel Macron entend garder la main sur la nomination du commissaire français à Bruxelles
Alors qu’aucune majorité n’est sortie des unes, après les législatives du 7 juillet, le président Emmanuel Macron doit faire face à la volonté des partis d’opposition de s'immiscer dans la nomination du futur commissaire français.
Alors qu’aucune majorité n’est sortie des unes, après les législatives du 7 juillet, le président Emmanuel Macron doit faire face à la volonté des partis d’opposition de s’immiscer dans la nomination du futur commissaire français.
De passage à Bruxelles, le leader de la France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, a jugé, mercredi (10 juillet), que l’alliance des gauches du Nouveau Front populaire (NFP) était la « mieux placée » pour choisir le prochain commissaire français.
Défiant tous les sondages, le NFP est arrivé en tête du second tour des élections législatives du dimanche 7 juillet, suivi par la coalition présidentielle Ensemble et le Rassemblement national (RN).
« Dans certains pays, on aurait l’audace de penser que le premier groupe d’une Assemblée nationale est le mieux placé pour désigner les commissaires. Mais la monarchie présidentielle (…) se rapproche de l’ancien régime où la seule règle était le bon plaisir du prince », a encore expliqué Jean-Luc Mélenchon.
Alors que la France traverse une période d’instabilité politique inédite, et si le nom du Premier ministre et la composition du futur gouvernement sont encore inconnus, des échéances importantes se rapprochent à Bruxelles.
Le 18 juillet prochain, les nouveaux députés du Parlement européen devraient valider la reconduction de l’allemande Ursula von der Leyen à la tête de la Commission. Seront ensuite être nommés les 27 commissaires européens, un pour chaque État membre.
Lors du Conseil européen du 27 juin, Emmanuel Macron a indiqué à ses homologues qu’il souhaitait reconduire Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur depuis 2019.
Mais la légitimité du président pour choisir le futur commissaire européen est remise en cause par ses adversaires politiques, depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, au soir des élections européennes du 9 juin.
« Emmanuel Macron se projette dans une victoire qu’il ne peut pas obtenir, donc il ne pourra pas nommer monsieur Breton », avait déclaré la chef de file du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, sur Cnews, au lendemain du Conseil européen.
« Il est de la prérogative du Premier ministre de nommer le commissaire européen », avait-elle ajouté.
À l’époque, les sondages prédisaient une victoire écrasante à l’extrême droite et, en cas de majorité absolue à l’Assemblée nationale, le RN avait envisagé de placer à Matignon le président du parti, Jordan Bardella.
Reste que rien dans la Constitution française n’indique clairement qui doit nommer les commissaires européens. L’usage veut cependant que ce rôle soit dévolu au président de la République, et non au Premier ministre.
« La politique étrangère est un domaine réservé du président. Il apparaît logique qu’il veuille garder la main sur la nomination du commissaire européen », souligne pour Euractiv Pascal Lamy, ancien commissaire européen et président de l’Institut Jacques Delors.
Le choix de Thierry Breton apparaît d’autant plus logique que l’actuel commissaire pourrait voir son portefeuille élargi, même si « le choix final dépendra du nouveau gouvernement », conclut Pascal Lamy.
[Édité par Laurent Geslin]