Emmanuel Macron en Algérie : faux semblant pour l'approvisionnement gazier européen
Emmanuel Macron se rendra jeudi (25 août) en Algérie, important pourvoyeur de gaz vers l'Europe, pour tenter d'arrondir les angles d'une relation diplomatique tumultueuse, alors que le prix du gaz vient d'atteindre un nouveau record.
Emmanuel Macron se rendra jeudi (25 août) en Algérie, important pourvoyeur de gaz vers l’Europe, pour tenter d’arrondir les angles d’une relation diplomatique tumultueuse. En parallèle, le prix du gaz vient d’atteindre un nouveau record sur le Vieux Continent, tandis que les capacités fournies se tarissent.
Selon l’Élysée, le président de la République se rendra en Algérie pour « renforcer la coopération franco-algérienne face aux enjeux régionaux et poursuivre le travail d’apaisement des mémoires ».
Dès lors, les autorités préviennent que les problématiques gazières ne seront pas la priorité de cette « visite d’amitié ». Pourtant, le président sera accompagné de la directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor. L’Élysée souhaite donc, quand même, prouver son implication dans le domaine énergétique algérien.
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168% de hausse des importations de gaz algérien
D’autant que les derniers chiffres de la Direction générale du Trésor français montrent une intensification des achats d’hydrocarbures algériens. Ceux-ci enregistrent en effet une hausse de 87% entre les 1ers trimestres 2021 (janvier-mars) et 2022.
Rien que pour le gaz naturel, les importations sont en augmentation de 168%.
Cela s’explique par la baisse des importations de gaz russe au sein des États membres de l’Union qui se tournent donc vers l’Afrique. La situation presse, puisque le prix du gaz atteignait un triste record mardi (23 août) : 290 euros par mégawattheure sur la place de marché hollandaise TTF, après un pic à 190 euros fin février.
En ce sens, le chancelier allemand, Olaf Scholz, s’était rendu au Sénégal, dès le mois de mai, pour négocier de nouvelles capacités gazières qui pourraient représenter, dès l’année prochaine, jusqu’à 7% de la consommation allemande.
De son côté, Mario Draghi, alors président du Conseil des ministres italien, s’était rendu en juillet en Algérie pour négocier quatre milliards de mètres cubes (m3) supplémentaire avant l’hiver. Soit environ 5% de la consommation nationale sur l’année 2021.
La France pourrait donc également profiter de sa visite pour entamer des négociations avec un pays qui privilégie les relations commerciales bilatérales, comme le rappelle à EURACTIV France, Sébastien Boussois, chercheur en relations euro-arabes au CECID (Université Libre de Bruxelles) et auteur de l’essai Guerre d’Algérie. Le trou noir de la mémoire (2022).
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Manque de capacités de production
En revanche, si l’Algérie fournit actuellement environ 10% du gaz naturel consommé en Europe, Sébastien Boussois affirme que le pays n’est pas en capacité de « décupler sa production ». Ce, même si la Direction générale du Trésor français dévoile une légère hausse de la production et qu’un nouveau contrat de développement de capacité a été signé en juillet avec des opérateurs occidentaux, dont TotalEnergies.
« Le pays a des marges de manœuvre sur ses capacités d’exportation du gaz puisque les pipelines ne sont utilisés qu’à 50 % », rappelle toutefois pour L’Obs, Ines Bouacida, chercheuse en énergie au sein de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). Cependant, « cela implique de modifier les structures d’exploitation, et ce n’est, a priori, pas à l’ordre du jour », abonde-t-elle.
L’Algérie doit, en plus, composer avec une demande intérieure en augmentation.
Dès lors, « c’est vraiment du quémandage pour qui aura quelques millions de m3 de gaz en plus », déplore M. Boussois, qui relativise également l’importance des dernières négociations énergétiques entre Emmanuel Macron et le Prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane.
« L’Algérie est un pays qui vit sur une rente mémorielle, qui n’attire pas les investisseurs et qui, comme l’Arabie saoudite, ne fait aucun effort pour moderniser les infrastructures de production et anticiper les besoins. Contrairement au Qatar, par exemple, qui dispose des meilleures technologies de production de gaz naturel liquéfié et des plus gros tankers au monde », avance le chercheur.
Rencontre sous hautes tensions
De plus, cette visite du président français s’inscrit dans un contexte historique et diplomatique tendu. Initialement, Emmanuel Macron devait se rendre en Algérie début juillet, date probablement jugée trop proche de celle de l’anniversaire de l’indépendance du pays (5 juillet).
Par conséquent, « Emmanuel Macron devra faire amende honorable » avant d’entamer toute négociation, déclare Sébastien Boussois.
Cela n’empêche pas l’Allemagne de voir d’un bon œil les pourparlers sur le gaz que pourraient entamer les deux pays. Olaf Scholz imagine, en effet, que de futures capacités pourraient ensuite transiter vers l’Allemagne.
C’est la raison pour laquelle le chancelier allemand relançait mi-août les autorités françaises, espagnoles et portugaises, sur les projets de gazoduc intra-européens, comme le MidCat entre la Catalogne et la France qui pourrait augmenter les flux de gaz ibériques et français vers l’Allemagne.
Néanmoins, comme son homologue italien, le chef d’État français ne devrait pas jouer des coudes au nom de l’Union européenne. En d’autres termes, Emmanuel Macron n’est pas un émissaire de l’organisation, et encore moins de l’Allemagne.
Ainsi pour l’heure, « si [Olaf] Scholz ne veut pas relancer le nucléaire, il soufflera sur les éoliennes » tance Thierry Bros, professeur en énergie à Science-Po contacté par EURACTIV France.
Toutefois, « s’il [Emmanuel Macron] récupère du gaz pour les Français, c’est, de toutes les façons, du gaz pour les Européens » déclare-t-il.