Emmanuel Macron dévoile une doctrine nucléaire révisée visant à impliquer les Européens

Dans le cadre de cette nouvelle stratégie, la France ouvrira ses exercices de dissuasion aux alliés européens.

EURACTIV.com
State Visit By The President Of The French Republic – Day Two
State Visit By The President Of The French Republic - Day Two [Benjamin Cremel - WPA Pool/Getty Images]

Dansun contexte de tensions sécuritaires accrues en Europe, le président français Emmanuel Macron a dévoilé lundi la mise à jour tant attendue de la doctrine nucléaire française, son premier discourssur la dissuasion nucléaire depuis 2020.

Au cours de son discours, M. Macron a exposé sa vision visant à étendre le parapluie nucléaire français à une plus grande partie de l’Europe, invitant les pays voisins à participer à des exercices de dissuasion et proposant d’envoyer l’armée de l’air française sur le continent en cas de besoin.  

« Nous entrons dans l’ère de la dissuasion avancée », a déclaré M. Macron à la base navale française de l’Île Longue, à Brest, debout devant un sous-marin à propulsion nucléaire.

Il y a six ans, M. Macron avait affirmé que les intérêts vitauxde la France avaient une « dimension européenne » et avait invité les Européens à participer à un « dialogue stratégique » sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité collective de l’Europe.

Aujourd’hui, plus de quatre ans après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et deux jours seulement après les frappes américano-israéliennes en Iran qui ont plongé toute la région dans un conflit, le président français est allé plus loin en appelant à un renforcement de la dissuasion nucléaire française. 

Dans le cadre de cette nouvelle stratégie, la France ouvrira ses exercices de dissuasion à ses alliés européens et déploiera ses forces stratégiques, y compris l’armée de l’air, à travers l’Europe.

Huit pays européens – l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark – ont accepté de se joindre à ces efforts. L’Allemagne devrait visiter des sites stratégiques et participer à des exercices conjoints dès cette année, a annoncé M. Macron. 

Les capitales ont rapidement salué cette initiative, le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, le Premier ministre polonais Donald Tusk et le Premier ministre belge Bart de Wever ayant fait part de leur volonté d’y participer. 

Peu après le discours, la France et l’Allemagne ont publié une déclaration commune établissant un « groupe de pilotage » pour une coopération plus étroite en matière de dissuasion.

Au début de l’année, le chancelier allemand Friedrich Merza déclaré que l’Allemagne était en pourparlers confidentiels avec la France et que Berlin et d’autres puissances européennesdiscutaient dela mise en place d’une dissuasion nucléaire à l’échelle européenne.

Augmentation de l’arsenal français

Macron a également annoncé lundi que la France allait augmenter son stock d’ogives nucléaires, actuellement estimé à environ 300, sans préciser de combien.

« Nous ne communiquerons plus sur les chiffres », a déclaré Macron.

Un nouveau sous-marin lanceur d’engins balistiques, baptisé Invincible, prendra également la mer en 2036. Il s’agirait du premier sous-marin de troisième génération de la France, dans le cadre du processus de remplacement de la flotte actuelle de sous-marins à propulsion nucléaire.

Mais « il ne s’agit pas d’entrer dans une sorte de course aux armements. Cela n’a jamais été notre doctrine », a déclaré M. Macron. 

En 1996, Paris a renoncé à sa force de dissuasion nucléaire terrestre, laissant au pays des sous-marins nucléaires et une force de dissuasion nucléaire aérienne portée par sa flotte d’avions de combat Rafale, dont certains sont déployés sur le porte-avions Charles de Gaulle.