Emmanuel Macron au cœur des révélations « Uber Files »

L’enquête journalistique de grande ampleur « Uber Files », publiée dimanche, révèle comment Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, a soutenu de manière opaque l’installation de l’entreprise américaine de VTC Uber en France.

Euractiv France
Selon l’enquête internationale, M. Macron a été pour Uber un véritable « partenaire » pour soutenir l’arrivée d’Uber en France, notamment en encourageant une dérégulation du secteur, alors que les conflits entre taxis et VTC faisaient rage. [Mohammed Badra/EPA]

L’enquête journalistique de grande ampleur « Uber Files », publiée dimanche (10 juillet), révèle comment Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie entre 2014 et 2016, a soutenu de manière opaque et non-officielle l’installation de l’entreprise américaine de VTC Uber en France, malgré les réticences du gouvernement auquel il appartenait.

L’enquête s’appuie sur 124,000 documents confidentiels d’Uber, auxquels le journal britannique The Guardian a pu avoir accès. Quarante autres journaux internationaux, dont Le Monde et le Consortium international des journalistes d’investigation (CIJI), ont aussi pris part à l’analyse de documents.

C’est ainsi que nous apprenons qu’un « deal » secret a été scellé entre l’entreprise californienne et le ministre de l’Economie pour « faire en sorte que la France travaille pour Uber afin qu’Uber puisse travailler en et pour la France ».

En pratique, le « deal » consiste à un « échange simple », selon Le Monde : « en contrepartie de la suspension d’UberPop, Emmanuel Macron leur fait miroiter une simplification drastique des conditions nécessaires pour obtenir une licence de VTC ». UberPop avait été jugé illégal par la justice en 2015, après l’adoption de la « loi Thévenoud ».

Cette nouvelle loi, appelée « Loi Taxi », encadre de manière stricte les pratiques commerciales des plates-formes de VTC et des taxis. A l’époque, alors qu’il est ministre de l’Economie, M. Macron « s’excuse presque » du passage de la loi à Uber, d’après un compte rendu de l’entreprise dont Le Monde a eu accès.

Selon l’enquête internationale, M. Macron a été pour Uber un véritable « partenaire » pour soutenir l’arrivée d’Uber en France, notamment en encourageant une dérégulation du secteur, alors que les conflits entre taxis et VTC faisaient rage.

M. Macron serait par exemple intervenu en faveur de l’entreprise californienne alors que la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) enquêtait sur Uber et son modèle économique.

Dans la même veine, M. Macron aurait suggéré à Uber « de transmettre des amendements ‘clés en main’ à des amis députés ».

L’Elysée, sollicitée dans le cadre de l’enquête, explique que de tels agissements rentraient dans le cadre normal des fonctions de M. Macron, « naturellement amené à échanger avec de nombreuses entreprises engagées dans la mutation profonde des services advenue au cours des années évoquées ».

Uber a publié un communiqué lundi (11 juillet) pour répondre aux accusations. L’entreprise affirme que la nomination du CEO Dara Khosrowshasi il y a cinq ans avait comme but de changer « toute l’organisation » d’Uber. « Nous ne présenterons pas nos excuses pour des manières de faire qui ne sont pas en lien avec les valeurs qui habitent Uber aujourd’hui« .

L’enquête dépasse le simple problème français – elle révèle au grand jour les pratiques de lobbying très agressives dont Uber fait preuve : « Dans leur volonté de briser le monopole des taxis, les dirigeants et salariés d’Uber ont sciemment violé la loi et semé le désordre dans de nombreux pays, en espérant s’imposer par le fait accompli », écrit Le Monde.

Le Guardian explique par ailleurs que des directeurs d’Uber ont rendu obligatoire la mise en œuvre d’un système de « court-circuit » pour que des documents confidentiels ne puissent pas être accessibles par les autorités lors de perquisitions.

Ces révélations arrivent alors qu’Emmanuel Macron, réélu pour un deuxième mandat en avril dernier, ne bénéficie pas d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale et que la mise en œuvre de ses réformes va dépendre d’accords politiques au cas par cas.

[Mise à jour à 11:52 : publication du communiqué d’Uber]