Emmanuel Macron attendra la nouvelle Commission pour présenter sa vision de l’agriculture
Lors d’une réunion avec les différents syndicats agricoles à l’Élysée, le Chef de l’État a assuré qu’il mettra en œuvre rapidement les mesures annoncées pour répondre à la colère des agriculteurs, mais qu’il détaillera son projet d’avenir après l'été, à l'aune des résultats aux Européennes, lors d’un grand discours à Rungis.
Lors d’une réunion avec les différents syndicats agricoles à l’Élysée, le Chef de l’État a assuré qu’il mettra en œuvre rapidement les mesures annoncées pour répondre à la colère des agriculteurs, mais qu’il détaillera son projet d’avenir après l’été, à l’aune des résultats aux Européennes, lors d’un grand discours à Rungis.
Le chef de l’État a rencontré les principaux syndicats agricoles ce jeudi (2 mai), à l’Élysée, pour conclure la phase de travail amorcée il y a plusieurs mois pour répondre à la colère des agriculteurs.
Lors d’une conférence de presse organisée à l’issue de la rencontre, la FNSEA, le syndicat majoritaire, a indiqué que le président de la République s’était engagé à prononcer un discours à Rungis, après l’été, sur sa vision de l’avenir de l’agriculture française et européenne.
En 2017, lors de l’ouverture des États généraux de l’alimentation, le chef de l’État avait défendu à Rungis une alimentation qualitative, durable, en misant sur le haut de gamme.
Une stratégie remise en question ces dernières années suite aux différentes crises, l’inflation alimentaire et la nécessité d’assurer une souveraineté alimentaire.
Poursuite du mouvement
Sur le plan national, Emmanuel Macron s’est engagé lors de cette réunion à concrétiser les 70 mesures annoncées par le gouvernement le 1er février, jusqu’aux plus récentes le 27 avril dernier.
Parmi elle, des fonds d’urgence, des mesures de simplification, ou encore une « pause » dans l’élaboration du plan de réduction de l’usage des pesticides.
Le président a proposé aux syndicats d’attendre les élections syndicales agricoles en janvier 2025 pour ne pas interférer dans la campagne. La FNSEA a clairement refusé et exigé ces mesures pour les agriculteurs le plus rapidement possible.
Benoît Rousseau, le patron du syndicat, a précisé le matin même que si l’ensemble des demandes n’aboutissaient pas avant l’automne, les manifestations pourraient repartir.
Les autres syndicats ont maintenu la pression. Le deuxième du pays, la Coopération agricole, a laissé entendre qu’elle allait continuer les actions qu’elle mène localement depuis le début du conflit. Quant à la Confédération paysanne, elle a exprimé à l’AFP que « cette réunion n’est pas de nature à clore complètement le sujet agricole. »
Emmanuel Macron a lui-même confié qu’il « ne croyait pas à la fin du mouvement » agricole étant donné son caractère « protéiforme » et ses multiples causes.
Prochaine Commission européenne
Sur le plan européen, le chef de l’État a reformulé son opposition à la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork), déclinaison agricole du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), qui conduirait le secteur dans la « décroissance » selon lui.
Il a assuré que cette stratégie « ne convenait pas à la France« , rapporte Benoît Rousseau.
Le discours de Rungis 2, permettra ainsi de revenir sur ce Pacte vert, et d’entériner le récent changement de cap de la politique agricole européenne.
Ces dernières semaines, l’UE a voté des simplifications de la Politique agricole commune (PAC), en particulier des allègements dans les conditionnalités de paiement afin de faciliter la vie des agriculteurs.
Le discours viserait également à « repositionner France et les agriculteurs dans les négociations internationales« , ajoute le patron de la FNSEA.
La lutte contre la concurrence déloyale, particulièrement dans le cadre des accords commerciaux de l’UE — comme avec le Mercosur ou le Canada (CETA) —, fait partie des engagements du président.
Ces lignes directrices qui seront présentées à la rentrée, après les vacances d’été, s’établiront à l’aune de ces élections européennes, car les résultats donneront « la direction » de ce changement de cap, d’après M. Rousseau.
Les échanges avec le président ont également porté sur le rôle du prochain commissaire européen à l’Agriculture, lequel devra avoir « une vraie vision de l’agriculture« . Le syndicat a d’ailleurs suggéré à M. Macron de « s’emparer » de ce sujet avec ses homologues européens.
Alors que les manifestations ont été un véritable « électrochoc » pour l’actuelle Commission européenne, « le message a été reçu à Bruxelles« , reconnaît Arnaud Rousseau.
Selon lui, c’est cette même Commission qui aujourd’hui a réalisé le plus rapidement des « inflexions majeures« , en remettant l’acte de production sur le devant de la scène.
La FNSEA appelle maintenant à un « alignement » des pays sur Bruxelles.
Après l’installation du nouvel exécutif de l’UE, le président devra porter « une vision dans laquelle il porte cette souveraineté alimentaire européenne », a terminé le patron du syndicat français.