Emmanuel Macron à VivaTech : l'ambition française dans l'IA et le renouvelable
La France investira davantage dans l’intelligence artificielle (IA) et les technologies vertes pour contrer la domination de la Chine et des États-Unis, a déclaré le président Emmanuel Macron mercredi.
La France investira davantage dans l’intelligence artificielle (IA) et les technologies vertes pour contrer la domination de la Chine et des États-Unis, a déclaré le président Emmanuel Macron mercredi (14 juin) en détaillant sa vision stratégique dans ces secteurs.
S’exprimant à l’occasion du salon annuel de l’innovation technologique VivaTechnology, vitrine de la tech française, européenne et mondiale, le président de la République a exposé ses plans visant à mobiliser des fonds pour soutenir le développement de l’IA, et a annoncé plus de 7 milliards d’euros supplémentaires pour les technologies de pointe françaises.
Les commentaires du président interviennent le jour même où la législation sur l’IA (AI Act), l’initiative phare de l’UE visant à règlementer la technologie en fonction de sa capacité à causer des effets de bords négatifs, est passée à l’étape finale du processus législatif.
Intelligence artificielle
En Europe continentale, les capitaux privés liquides alloués aux nouvelles technologies sont insuffisants, a affirmé Emmanuel Macron lors de l’évènement.
Les Français préfèrent placer leur épargne dans des investissements à faible risque, a-t-il noté, ce qui donne aux entités privées et publiques moins de force de frappe financière pour les investissements innovants.
À ce titre, le président a annoncé une série de nouveaux fonds pour les investissements dans l’IA et une mise à niveau des capacités françaises en la matière.
Il s’agit notamment d’une enveloppe de 500 millions d’euros pour créer entre cinq et dix « clusters » d’IA, de 40 millions d’euros pour attirer les investissements dans les IAs génératives et de deux subventions publiques de 50 millions d’euros et 500 millions d’euros chacune pour accélérer la capacité de supercalculateurs français et européen.
Emmanuel Macron a également présenté le programme « Tibi 2 », dans le cadre duquel les investisseurs institutionnels, qui gèrent 5 000 milliards d’euros d’épargne des citoyens français, se sont engagés à réorienter quelque 7 milliards d’euros de cet argent vers l’économie réelle.
En utilisant l’effet de levier de ces sommes auprès des fonds d’investissement, M. Macron espère créer 35 à 40 milliards d’euros d’investissements réels.
Législation sur l’IA
Ces annonces ont été faites le jour même où la législation européenne sur l’IA est passée à la dernière étape du processus législatif. Plus tôt dans la journée, le ministre de I’Économie numérique, Jean-Noël Barrot, avait déclaré qu’une règlementation trop stricte risquait d’entraver l’innovation dans le domaine de l’IA.
M. Macron a réitéré cette position en faisant référence à la législation sur l’IA actuellement débattue, expliquant qu’il était favorable à une règlementation « protégeant nos valeurs », qu’il a définie comme interdisant « les biais racistes ou antisémites ».
Arthur Mensch, fondateur de Mistral AI, qui a levé 105 millions d’euros, s’est fait l’écho des préoccupations de M. Macron concernant la législation sur l’IA. « En l’état, la règlementation risque fort d’entraver l’innovation », a affirmé M. Mensch.
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Réindustrialisation
M. Macron a ancré ses remarques dans ce qu’il a décrit comme un contexte mondial de protectionnisme, qui perturbe la concurrence mondiale. En effet, la Chine a été accusée de subventionner massivement ses industries vertes, tandis que les États-Unis ont adopté l’année dernière un vaste ensemble de subventions et d’allègements fiscaux, plus connu sous le nom de « loi sur la réduction de l’inflation » (Inflation Reduction Act, IRA).
Un rapport de la Commission européenne publié en février dernier indique que Pékin a mobilisé 260 milliards d’euros pour ses industries vertes, tandis que Washington a mobilisé 330 milliards d’euros. Par ailleurs, de nombreux poids lourds de l’économie mondiale subventionnent également la transformation écologique : le Japon, par exemple, aurait mobilisé jusqu’à 140 milliards d’euros.
En termes de subventions, « les Britanniques font un peu mieux que la France », a déclaré M. Macron, précisant que la France et l’UE dans son ensemble sont à la traîne par rapport aux États-Unis et à la Chine.
Il a ensuite présenté sa stratégie d’investissement et d’aide publique « France 2030 », d’une valeur de 54 milliards d’euros, dont 18 milliards ont déjà été engagés, soutenants plus de 2 800 projets d’une importance cruciale pour la souveraineté et la « stratégie d’autonomie » du pays.
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Talents et inclusion
Enfin, Emmanuel Macron a insisté sur l’exploitation des talents pour soutenir le développement des nouvelles technologies, mais n’a pas fait de grandes annonces.
Cela a déçu de nombreuses personnes, dont Caroline Ramade, fondatrice et PDG de 50inTech, une startup qui a développé une plateforme pour aider les entreprises à embaucher des femmes talentueuses dans le secteur de la tech, qui espérait entendre de nouveaux plans pour lutter contre le déséquilibre entre les genres dans le secteur.
Elle a averti EURACTIV des risques majeurs associés au codage de l’IA, dominé par les hommes, et aux bases de données sur lesquelles les IA s’entraînent, qui sont malheureusement souvent biaisées.
Mme Ramade espère que la Première ministre Elisabeth Borne fasse des annonces spécifiques sur l’équilibre des genres dans l’industrie technologique à VivaTech vendredi (16 juin).
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]