Émissions du transport maritime : le « non » risqué de von der Leyen à Trump
Cette semaine à Londres, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pourrait — pour la première fois — dire « non » à Donald Trump, en soutenant un accord de l’ONU visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre du transport maritime mondial.
Le week-end dernier, les États-Unis ont menacé de sanctions tout pays ou fonctionnaire public — y compris les membres de l’UE — qui soutiendrait un projet des Nations unies visant à réduire les émissions du transport maritime de 3 % du total mondial à zéro.
L’UE a rapidement réaffirmé, dans une brève déclaration, son intention de respecter l’accord. Des sources au sein de la Commission européenne ont indiqué à Euractiv qu’Ursula von der Leyen avait été consultée et qu’elle avait personnellement maintenu une ligne ferme, signalant ainsi une volonté de prendre des risques politiques qui avait sans doute fait défaut dans les récentes négociations sur un accord commercial avec Washington.
Si cela se confirme, ce serait la première fois qu’Ursula von der Leyen défie ouvertement la deuxième administration Trump, après une série de concessions, notamment dans le cadre de l’accord commercial dans lequel l’UE a accepté des droits de douane de 15 % sur la plupart des exportations vers les États-Unis.
Transport maritime à zéro émission nette
Jeudi 16 octobre, les gouvernements doivent adopter un nouveau cadre zéro émission nette au sein de l’Organisation maritime internationale (OMI), un organisme des Nations unies basé à Londres. Le Comité de la protection du milieu marin (MEPC) de l’OMI se réunit cette semaine pour entériner ce qui est considéré comme un accord conclu.
Ce cadre obligerait les exploitants de navires qui continuent à utiliser les carburants les plus polluants — et les moins chers — à payer un prix du carbone en augmentation, proportionnel à leur pollution excessive en CO2. Surtout, les émissions seraient mesurées sur l’ensemble du cycle de vie du carburant — de la production au transport —, ce qui affaiblirait l’argument selon lequel le gaz naturel liquéfié (GNL) est un carburant de transition « plus propre ».
Les États-Unis soutiennent que le GNL est un tremplin dans la transition énergétique, mais le cadre proposé donnerait la priorité aux alternatives bas carbone telles que l’hydrogène et les carburants de synthèse dérivés des énergies renouvelables. Cela favoriserait des pays comme la Chine, qui ont investi massivement dans ces technologies, ce qui place une fois de plus l’Union européenne entre Washington et Pékin dans un bras de fer géopolitique.
Deux camps opposés, ne reflétant pas les alliances mondiales traditionnelles sur le plan politique, ont émergé. D’un côté, on trouve un bloc mené par l’UE et la Chine ; de l’autre, un groupe mené par les États-Unis qui comprend la Russie, l’Iran, le Venezuela, l’Irak et plusieurs États du Golfe.
Au sein de l’UE, la Grèce, nation maritime, a initialement soutenu la position américaine. Cependant, des sources ont confié à Euractiv qu’Athènes ne devrait pas rompre l’unité européenne lors du vote final.
Les « fous » de l’environnement à Bruxelles
Dans la pratique, cependant, le « non » d’Ursula von der Leyen pourrait s’avérer largement symbolique, indépendamment de toute éventuelle riposte de la Maison-Blanche.
Des experts du secteur ont confié à Euractiv qu’il y avait peu de chances que l’accord, dans sa forme actuelle, puisse être mis en œuvre efficacement sans la participation des États-Unis, et von der Leyen en est consciente. Le cadre général devrait être suivi d’un ensemble complexe d’accords réglementaires, et les majorités fragiles actuelles pourraient ne pas tenir.
Dans le même temps, Ursula von der Leyen a promis à Donald Trump que l’Europe achèterait pour environ 750 milliards de dollars d’énergie américaine, y compris du GNL, afin d’éviter de nouveaux droits de douane américains.
Or, si l’Europe soutient l’accord de l’OMI, cet engagement pourrait être remis en cause. Les responsables américains ont averti que les navires battant pavillon des pays qui approuvent l’accord pourraient se voir infliger des taxes punitives, voire se voir refuser l’accès aux ports américains.
Et si l’UE ne respecte pas ses engagements en matière d’achats d’énergie, elle risque de se voir imposer une nouvelle série de droits de douane par Washington.
En coulisses, les tensions montent. Selon nos informations, les responsables américains accusent un groupe de « fous de l’environnement » au sein de la Commission européenne de promouvoir des politiques déconnectées de la réalité.
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(asg)