Elisabeth Borne appelle les députés à renouer avec une culture du compromis

Après avoir été investie le 16 mai dernier et avoir remanié le gouvernement lundi (4 juillet), la Première ministre Elisabeth Borne a prononcé le traditionnel discours de politique générale devant l’Assemblée nationale mercredi (6 juillet), placé sous le sceau du travail collectif.

/ Euractiv France
French Prime Minister Borne delivers speech in Parliament
La Première ministre prononce son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale mercredi 6 juillet. [EPA-EFE/Mohammed Badra]

Après avoir été investie le 16 mai dernier et avoir remanié le gouvernement lundi (4 juillet), la Première ministre Elisabeth Borne a prononcé le traditionnel discours de politique générale devant l’Assemblée nationale mercredi (6 juillet), placé sous le sceau du travail collectif.

Parmi les priorités qu’elle souhaite porter et les urgences que le gouvernement aura à traiter, Mme Borne a d’emblée annoncé des nouvelles mesures de soutien pour le pouvoir d’achat des Français, mis à mal par l’inflation galopante – bien que largement inférieure à celle des autres pays européens.

Un projet de loi dédié sera présenté en Conseil des ministres jeudi (7 juillet). Selon Mme Borne, il actera la continuation du « bouclier tarifaire » jusqu’au 31 décembre 2022 et la revalorisation « des retraites et des prestations sociales, notamment les allocations familiales, la prime d’activité, les APL [et] l’Allocation adultes handicapés ».

Le texte prévoit aussi « d’augmenter les revenus du travail et de mieux partager la valeur, en
baissant les charges sur les indépendants et en triplant le plafond de la
prime de pouvoir d’achat », prévu de longue date.

« Avec mon Gouvernement, nous serons à votre écoute et nous les amenderons quand des convergences émergeront », Mme Borne a-t-elle expliquée, ouvrant la porte à une « majorité de projet » alors que le gouvernement n’a pas de majorité absolue dans l’Hémicycle.

Transition écologique : « une affaire de tous »

La transition écologique est aussi un chantier de taille : « remplacer, dès que possible, nos dépenses en faveur des énergies fossiles ». L’objectif précisé par l’entourage de la Première ministre est ambitieux : que la France soit le premier pays à être « totalement décarboné ».

 « Nous gagnerons notre souveraineté grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables » a-t-elle ajouté. Le rôle de l’Etat doit être, selon la Première ministre, d’accompagner les citoyens dans le virage écologique qui s’impose.

C’est dans un souci de « mener dans les meilleurs délais des projets ambitieux et indispensables pour notre avenir énergétique » que Mme Borne a annoncé l’intention de son gouvernement de détenir 100 % du capital d’EDF. Emmanuel Macron en avait fait une promesse de campagne en avril dernier.

Enfin, faisant de la transition écologique « une affaire de tous », elle a souligné que la rémunération des patrons des grandes entreprises françaises « dépendra de l’atteinte des objectives environnementaux ».

Travail et égalité des chances

Enfin, la Première ministre a mis l’égalité des chances, qui « se construit dès la naissance », et l’émancipation personnelle au cœur de son action.

C’est dans cette optique qu’elle a annoncé une nouvelle « réforme en profondeur », à savoir la déconjugalisation de l’Allocation adultes handicapés (AAH).

Malgré la dégradation de la situation macro-économique, la Première ministre veut aussi « bâtir ensemble la société du plein emploi », alors que « le travail reste pour [elle] un levier majeur d’émancipation » , ainsi q’une « création de richesses [et] la liberté d’entreprendre ».

Confirmant la promesse de campagne de M. Macron, elle a par ailleurs expliqué que le pays « a besoin d’une réforme de son système de retraite », bien qu’elle n’ait pas évoqué un âge de départ précis – le nerf de la guerre. « Oui, nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps ».

« Compromis » et « compromission »

Face à des crises sans précédent, la Première ministre insiste : « le désordre et l’instabilité ne sont pas des options ».

Alors que la majorité absolue manque à l’exécutif, Elisabeth Borne appelle donc les parlementaires et le gouvernement à « redonner un sens et une vertu au mot ‘compromis’, depuis trop longtemps oublié dans notre vie politique ».

Exhortant les élus à ne pas confondre « compromis » et « compromission », elle les invite à « entrer dans l’ère des forces qui bâtissent, ensemble » – s’attirant les hués de la part des groupes d’opposition.

Un pouvoir qui « tâtonne », selon l’opposition

Les présidents des différents groupes ont ensuite pris la parole. Sans attendre, Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire d’extrême droite Rassemblement national, a attaqué un « pouvoir [qui] ne réfléchit plus, tâtonne, ne décide plus, improvise. Il n’agit plus, il titube ».

Les critiques allaient dans le même sens chez La France insoumise (LFI). « Vous faites l’aveu de votre faiblesse » a lancé Mathilde Panot, présidente du groupe, en référence au refus de Mme Borne de se soumettre à un vote de confiance des parlementaires.

« Pourquoi nous ferions-vous confiance, vous qui découvrez les profiteurs de guerre, mais ne faites rien quand Total engrange 16 milliards de bénéfices ? Vous qui présentez des mesures sociales inférieures au niveau de l’inflation ? » a-t-elle asséné.

Mathilde Panot avait annoncé plus tôt sur Twitter que l’intergroupe NUPES (composé de LFI, le Parti socialiste, les Communistes et les Verts) avait déposé une motion de censure commune. La droite et l’extrême droite ont déclaré ne pas vouloir la voter.

Discours moins tonitruants de la part des présidents des groupes Les Républicains et du Parti socialiste, Olivier Marleix et Boris Vallaud.

« Nous n’avons pas l’intention de tout paralyser, alors que notre pays a déjà pris trente ans de retard, faute d’une vision claire et d’une action résolue » a lancé le premier, expliquant qu’il ne sera « jamais » dans le « blocage stérile ».

Si M. Vallaud a quant à lui refusé de « mettre en place un programme aux projets libéraux », il estime porter des « propositions utiles à la vie des Françaises et des Français et nous sommes prêts à en débattre ici. Chaque fois que […] vous vous élèverez pour atteindre l’idéal de justice, vous nous trouverez à vos côtés ».