Électricité : le Celtic Interconnector, pièce maîtresse de la « nouvelle stratégie » de résilience européenne

La France et l'Irlande ont conclu vendredi un accord pour confirmer l'interconnexion électrique « Celtic Interconnector » qui permettra de raccorder le réseau irlandais au continent à l'horizon 2026.

Euractiv France
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La France et l'Irlande ont conclu vendredi (25 novembre) un accord pour confirmer l'interconnexion électrique « Celtic Interconnector » qui permettra de raccorder le réseau irlandais au continent à l'horizon 2026, « en 2027 au plus tard », a déclaré le ministre irlandais de l'Environnement lors de la cérémonie à l'Ambassade d'Irlande. [Euractiv ]

La France et l’Irlande ont conclu vendredi (25 novembre) un accord pour confirmer l’interconnexion électrique « Celtic Interconnector » qui permettra de raccorder le réseau irlandais au continent à l’horizon 2026, « en 2027 au plus tard », a déclaré le ministre irlandais de l’Environnement lors de la cérémonie à l’Ambassade d’Irlande.

Le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, est également venu à Paris pour assister à la signature des accords techniques et financiers entre les gestionnaires de réseaux français RTE et irlandais Eirgrid, en présence de la ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.

« C’est un projet européen » déclare-t-elle en début de conférence de presse post-cérémonie.

700 MW de capacités d’échange

1,623 milliard d’euros pour déployer 700 MW de capacités d’échange entre l’Irlande et le continent par 575 kilomètres de câbles de La Martyre en Bretagne au village de Knockraha dans le comté de Cork en Irlande. Les travaux devraient commencer courant 2023.

Outre de connecter plus étroitement l’Europe et de la rendre moins dépendante des flux énergétiques venant de l’extérieur, l’interconnexion Celtic va permettre à l’Irlande d’exporter son électricité issue de ses éoliennes off-shore.

« Au moment où ce câble sera mis sous tension, […] nous serons proches de 60 et 70% d’énergies renouvelables sur notre système » a déclaré en ce sens Eamon Ryan, le ministre de l’Environnement irlandais, en conférence de presse.

Par ailleurs, le sens du flux dépendra des signaux de prix confie le ministre, qui en va de sa théorie : « si nous commençons à développer notre éolien offshore à grande échelle, nous pouvons opter pour au moins 35 gigawatts, soit cinq fois notre utilisation actuelle ». En somme, l’Irlande disposera d’une électricité à bas coût dit-il, de fait plus facilement exportable vers un marché français qui, d’ici là, devrait pâtir de son parc nucléaire en berne et voir ses prix en interne augmenter.

Mme Pannier-Runacher se veut toutefois rassurante en assurant que les problèmes que connaît actuellement le parc nucléaire français « n’arrivent pas tous les jours », rappelant que la France relance son activité nucléaire, tout en préparant son avenir renouvelable. Mais le doute oblige à « bâtir une nouvelle stratégie pour être résilient » confie-t-elle.

Ainsi, cette « première interconnexion de l’Irlande avec l’Europe continentale (…) permettra d’importer et d’exporter suffisamment d’électricité pour alimenter 450.000 foyers », a indiqué le ministère dans un communiqué commun.

Brexit means Brexit ?

Cette liaison s’inscrit dans le contexte de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, alors que l’Irlande n’est jusqu’à présent reliée qu’à son voisin britannique.

Le projet permettra en effet à l’Irlande d’être moins dépendante du Royaume-Uni assure le ministre, ajoutant toutefois les interconnexions entre son pays et le continent se sont développées « avant le Brexit ».

Et aux journalistes insistant sur la potentielle dépendance de l’Irlande envers les sources énergétiques britanniques, le ministre répond finalement que le pays est « probablement en train d’exporter [de l’électricité] vers le Royaume-Uni en ce moment ».

Il précise en revanche que le Brexit n’est pas un catalyseur anti-britannique : « ce que nous devons commencer à penser maintenant, c’est de connecter le Royaume-Uni, la France et l’Irlande ensemble » avance-t-il.

Plus encore, le ministre rappelle l’importance du royaume pour la sécurité énergétique du continent, « seul moyen d’avoir un système efficace ».

Baisse des prix de l’électricité attendue ?

Actuellement, comme le reste de l’Europe, l’Irlande subit de plein fouet la hausse des prix de l’énergie. L’interconnexion pourrait donc permettre de faire baisser les prix, à condition que, avec les règles actuelles du marché, les prix du gaz baissent.

Or, « nous pensons que le gaz va rester cher pendant les 2 ou 3 prochaines années » avance M. Ryan, ajoutant que « cette guerre [en Ukraine] n’est pas prête de se terminer », elle qui a fait exploser les prix du gaz.

Le ministre déclare enfin que l’amélioration de la situation dépendra aussi de la volonté de la Commission européenne, « car nous nous penchons également sur la réforme du marché et nous nous demandons comment concevoir le marché pour ce scénario à forte intensité d’énergies renouvelables » affirme-t-il.

Les accords prévoient la construction avec Siemens Energy et Nexans, le fabricant français de câbles, et un apport financier de 800 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement, représentée vendredi par son vice-président, Ambroise Fayolle, la Danske Bank, Barclays et la BNP.

La volonté des parties de relancer ce projet n’est pas nouvelle, puisque le 10 novembre déjà, les deux régulateurs du marché de l’énergie, CRE côté français et CRU côté irlandais, l’avaient confirmé. Ce, alors même que sont coût avait été très sensiblement relevé, passant de 930 millions d’euros à 1,623 milliard en raison des difficultés d’approvisionnement en câbles et stations.

Mais « le projet présente un intérêt stratégique important » puisqu’il établit un lien direct entre les réseaux franco-irlandais « dans un contexte de sortie du Royaume-Uni de l’UE et de solidarité entre les États membres de l’Union. », notait la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

En outre, l’UE cofinance le projet à hauteur de 530 millions d’euros, ce que reconfirme également la CRE.

Cette interconnexion « emploiera une technologie CCHT (courant continu haute tension) 320 kV, empruntant un câble sous-marin de 500 km ainsi qu’un câble terrestre souterrain de 40 km en Bretagne et un autre de 35 km dans le comté de Cork », précise Nexans.