Elections présidentielles : les intentions de vote des agriculteurs
Le vote des agriculteurs est très convoité en France. Selon deux sondages récents, ils pencheraient vers Emmanuel Macron au premier tour après avoir longtemps plébiscité Valérie Pécresse.
Selon deux sondages récents, les agriculteurs pencheraient vers Emmanuel Macron au premier tour après avoir longtemps plébiscité Valérie Pécresse.
Le vote des agriculteurs est très convoité en France. En témoigne, tous les ans, la ruée des candidats vers le Salon International de l’agriculture. Une grand-messe dont seul Jean-Luc Mélenchon a tourné le dos cette année.
Tous, de l’extrême droite à l’extrême gauche, viennent y défendre la « ferme France » et cajolent avec force promesses et déclarations enamourées cet électorat très prisé. Sachant que les agriculteurs ne sont plus que 400 000 en France, difficile, de prime abord, d’y voir une stratégie électoraliste.
Et pourtant, si les exploitants ne représentent aujourd’hui qu’environ 1,5% du corps électoral, le monde agricole dans son ensemble pèse davantage. Si on tient compte de toutes les professions associées, les familles ou les retraités, nous serions plus proche des 8% d’après le sociologue François Purseigle.
Mobilisés
Cet électorat fait l’objet de sondages réguliers qui se multiplient à l’approche des élections présidentielles. Regardons les deux plus récents.
Une étude menée entre le 14 février et le 6 mars pour le Baromètre agricole Terre-net Datagri renseigne d’abord sur une donnée importante : la participation. Traditionnellement, la mobilisation électorale est plus importante chez les agriculteurs que dans le reste de la population française. Dans cette enquête, ils sont 94 % à avoir l’intention de se rendre aux urnes, plus que l’ensemble des français – 66% à la même période selon l’enquête électorale Ipsos-Sopra Steria.
De Pécresse à Macron
Qu’en est-il de leur inclination politique ? Historiquement plutôt à droite, les agriculteurs auraient voté sans surprise pour Valérie Pécresse au premier tour (30%) dans l’étude Terre-net Datagri réalisée fin février. Avec cependant une légère baisse par rapport à 2017 : le candidat de la droite François Fillon obtenait à la même période 41,5%, selon un autre sondage de Terre-net.
Mais la dernière enquête publiée par la FNSEA a rebattu les cartes. Fin février, alors que s’amorce la guerre en Ukraine, et qu’Emmanuel Macron déclare sa candidature (3 mars), ce dernier fait une percée spectaculaire dans la population générale mais plus encore chez les agriculteurs. Au point de se hisser en pole position avec près de 30% dans le sondage Ifop pour la FNSEA réalisé du 24 février au 14 mars 2022. Suivent Valérie Pécresse (13 %) puis Éric Zemmour (12 %) et Marine Le Pen (11 %).
Les extrêmes en peine
Si Mme Pécresse et M. Macron sont plébiscités par les agriculteurs, il en va différemment de l’extrême droite. Fin février, Marine Le Pen atteignait seulement 6% des intensions dans le Baromètre agricole Terre-net Datagri. Un mois plus tard, celle-ci ne dépassait pas les 11% alors qu’elle était à 23% dans la population générale.
Seul Eric Zemmour est parvenu à convaincre : il se plaçait même devant Macron fin février avant de retomber à 12% lors de la dernière remontée marconiste, en talonnant Valérie Pécresse (13%) en perte de vitesse. A noter que le candidat indépendant Jean Lassalle fait preuve d’une forte popularité auprès des agriculteurs. Ce dernier ne descend pas sous les 8% alors qu’il stagne en dessous de 3% dans les sondages généralistes. La gauche radicale ne s’en sort pas mieux : Jean-Luc Mélenchon par exemple ne dépasse pas les 10%, et perd 5 points.
Au second tour, Emmanuel Macron est maintenant largement favori. Il obtiendrait 65% contre 35% pour Valérie Pécresse, 70% contre 30% pour Marine Le Pen et 74% contre 26% pour Éric Zemmour.
Préoccupations
Si Emmanuel Macron semble bien favori quelques jours avant le premier tour, l’avis des agriculteurs sur l’action du gouvernement a fluctué au cours du mandat. Le sondage met également en exergue les trois principales préoccupations sur lesquelles les agriculteurs attendent des réponses : les conditions d’une meilleure rémunération, l’allégement des contraintes qui impactent la compétitivité de l’agriculture et l’accessibilité pour tous à la nourriture française.
En automne dernier un sondage publié par la FNSEA nous apprenait que 7 agriculteurs sur 10 « n’ont pas confiance envers les actions économiques du Gouvernement ». Quant à la question : « Diriez-vous que le Gouvernement prend en compte vos préoccupations d’exploitant agricole ? » 15% répondent par l’affirmative et 83% par la négative.
Un vote à la fois complexe, donc, et relativement stable. Avec une part inconnue d’autant plus importante du fait de la situation inédite de ces dernières semaines. En effet, le monde agricole fait partie des secteurs les plus touchés par les conséquences de la guerre en Ukraine.